Être ou ne pas être contre l’agression du Rojava!

"On se bat avec des kalachnikovs contre des avions"! Des froncements de sourcils n’arrêteront pas l’armée d’Erdogan. L’Europe absorbe près de la moitié des exportations turques. Les manifestants seront-ils assez nombreux pour imposer un usage de l’arme économique? La livraison d’armes au Rojava?

Face à une armée turque de 400 000 hommes, la deuxième de l’OTAN, les Forces démocratiques syriennes, FDS, du Rojava ont besoin d’armes, de missiles anti-aériens portatifs contre les avions sophistiqués d’Erdogan, fournis par les États-Unis: "on se bat avec des kalachnikovs contre des avions" rapporte, lundi 14 octobre, Raphaël Lebrujah, l'envoyé spécial de Mediapart. Les FDS manquent aussi de missiles anti-tanks contre les véhicules blindés, vendus par les pays européens (les chars Léopold II, les Mangusta etc.). Souvenons-nous qu’armés de missiles Stinger, les guérilleros afghans mirent en déroute l’armée soviétique.

L’armée d’Erdoagan est surarmée et, comme le soutient La Repubblica,  « un éventuel embargo européen sur les ventes d'armes à la Turquie n'aurait pas beaucoup d'effet sur l'invasion de la Syrie ». S’il s’agit pour les leaders européens de regretter de l’avoir armée, il est trop tard. Et, rester neutre serait faire bon marché des dettes à honorer.

De nombreux manifestants ont rappelé que nous devons beaucoup aux FDS, aux kurdes et aux démocrates arabes du nord de la Syrie. Nous leur devons l’espoir du municipalisme dans le chaos de la guerre civile syrienne. Nous leur devons d’avoir sauvé par les armes les Yazidis menacés de génocide par les planificateurs de l’ISIS, l’Émirat islamique, alors que les forces spéciales américaines et françaises restaient en arrière.

Les manifestants des villes d’Europe ont-ils à rappeler aux dirigeants que les prisons du FDS sont emplies d'une dizaine de milliers de partisans des tueries du Bataclan et de l’aéroport de Bruxelles ? Vendredi 11 octobre, la prison de Qamishli a été bombardée par un avion turc et cinq soutiens de l’ISIS se sont enfuis. Dimanche 13, « des centaines de partisans de l’État islamique fuient au milieu de frappes aériennes turques », rapporte le New York Times. Combien s’enfuiront dans les semaines qui viennent alors que les bombardements s’intensifient et que les milices des vaincus de Bachar el Asad, rassemblées par Erdogan, exécutent les prisonniers du FDS ?  La Vanguardia, dimanche 13 en soirée, décrit déjà « un bain de sang » et le New York Times, lundi 14, "un carnage sanglant".

Erdogan a l’aplomb de nous expliquer qu’il lutte « contre les groupes de la terreur » en liquidant les militants du FDS !

Il lutte plutôt pour sa survie. Son parti, qui vient de perdre la mairie d’Istanbul, une métropole de dix millions d’habitants, sort la carte usée de l’aventure militaire pour surfer sur des pulsions nationalistes en escomptant une victoire à peu de frais. Malheureusement, aux frais des petites gens et des intellectuels  de Turquie.

Pour sortir de cette spirale morbide, les manifestants d’Europe ont quelques cartes. L’Union européenne absorbe 42% des exportations turques. Combien de temps le parti d’Erdogan pourrait-il supporter un blocage partiel? Les manifestants peuvent-ils imposer l’arrêt progressif des échanges avec la Turquie ? Le gel des avoirs financiers des dirigeants du parti d’Erdogan ? L’armement du Rojava ? Si nous sommes assez nombreux, sans doute. À combien les dirigeant européens s’y résoudront-ils ? That’s the question. To be or not to be !

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