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Billet de blog 7 avr. 2017

CA d'EDF du 6 avril : une non-décision qui arrange tout le monde, surtout le lobby.

Jean-Marie Brom
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Cette après-midi, comme à son habitude, le Conseil d'Administration d'EDF a pris des décisions courageuses, véritables camouflets, mais consentis, au gouvernement.

-          En acceptant le principe de la mise à l'arrêt "définitif et inéluctable" de la centrale de Fessenheim, mais sans préciser aucune date. Merci donc à EDF de reconnaître que cette trop vieille centrale ne sera pas éternelle.

-          En soumettant l'arrêt de Fessenheim au démarrage de l'EPR, ainsi que l'avait déjà proposé le Président, suivi de sa ministre de l'Environnement il y  a plus d'un an. En renversant la lettre, sinon l'esprit de la loi de Transition Energétique(*). Merci donc à François Hollande de reconnaître que sa promesse ne sera pas tenue, et d'avoir indiqué à EDF comment faire, à moins de vouloir nous faire croire que l'annonce de la fermeture équivaut à la fermeture effective…

-          En annonçant la fermeture de la centrale de Fessenheim, à moins que ce n'en soit une autre .

Véritable "repli sur des positions prévues à l'avance", cette décision permettra au futur président de la République, s'il en a envie, de revenir sur la promesse de fermeture tout en garantissant la continuité de la décision de l'Etat.

Les deux parties tentent de nous faire croire qu'un bras de fer était engagé entre le gouvernement et EDF. La ficelle était un peu grosse… Cela fait déjà cinq ans que nous disons que si François Hollande avait vraiment voulu honorer sa promesse de 2012, la législation française le lui permettait : chaque décision de construction d'une centrale, chaque décision de démarrage a toujours été prise par décret. De même pour la mise à l'arrêt d'une centrale : rien dans la loi de 2006, même caviardée par Nicolas Sarkozy en 2012, ne permet de penser que seule EDF aurait le pouvoir de demander l'arrêt d'une centrale nucléaire.

Mais depuis le début du mandat, la Présidence a tout fait pour montrer sa complète soumission au lobby nucléaire, de promesse renouvelée à l'inaction la plus totale, en nommant 3 "délégués interministériels à la fermeture" sans jamais leur demander le moindre rapport, en engageant des pseudo-négociations sur les indemnités alors qu'il était déjà trop tard pour fermer durant le quinquennat.

Décidemment, dans cette affaire, force est de constater qu'au bal des faux-culs, gouvernement comme EDF ont joué la même partition…

Le plus piquant est de constater que cette non-décision intervient à un moment ou la centrale de Fessenheim est complètement à l'arrêt : le réacteur n°1 depuis le 13 juin 2016, en raison d'un générateur de vapeur suspecté de non-conformité, le réacteur n°1 depuis le 1er avril (!) pour une panne déguisée en "indisponibilité planifiée".

Et puisque visiblement, cette minable affaire s'inscrit aussi dans le cadre des élections présdentielles (il ne reste que Jean-Luc Mélenchon pour être réellement antinucléaire, puisque Hamon veut continuer l'EPR), souhaitons qu'un jour, depuis sa maison de retraite, François Hollande puisse dire : "je vous l'avais bien dit, elle fermera de mon vivant"...

(*) Avec la limitation de puissance installée à 63,2 GW, la loi TECV de 2015 prévoit qu'une nouvelle centrale ne peut démarrer sans en fermer une autre. Dans le cas présent, la traduction en est qu'on ne peut fermer une centrale sans en démarrer une nouvelle…

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