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Billet de blog 7 août 2022

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6 et 9 août 1945 : Hiroshima, Nagasaki et de Gaulle...

Les 6 et 9 août 1945, les premières bombes atomiques explosaient, rasant deux villes et causant la mort (immédiate ou différée) de plus de 300 000 morts.. Moins de 3 mois plus tard; de Gaulle fondait le CEA et embarquait la France dans l'aventure nucléaire.

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Hiroshima, ville de 340 000 habitants, le lundi 6 août 1945. A 8h16, la première bombe atomique larguée sur une cité explosait à 600 mètres d'altitude, rasant l'essentiel de cette ville, et causant la mort d'environ 140 000 personnes, immédiatement et dans les 4 mois qui ont suivi. Cinq ans après l'explosion, le bilan s'établit 200 000 morts. La Bombe atomique à l'uranium enrichi, nommée "Little Boy" (petit garçon) avait une puissance estimée à 12,5 kt (équivalent à 12 500 tonnes de TNT). Le nombre des victimes ne sera jamais exactement connu, ce jours –là plusieurs milliers de villageois des alentours étaient réquisitionnés pour abattre des habitations en vue d'allées pare-feu en cas de bombardement aérien : depuis mars 1945, plus de 66 villes japonaises de 100 000 avaient subi des bombardements incendiaires.

Trois jours plus tard, le 9 août à 11h02, "Fat Man" (l'homme gras), bombe au Plutonium, était larguée sur Nagasaki (200 000 habitants), avec un bilan de 70 000 morts (en 4 mois) et environ 140 000 décès dans les cinq ans. La puissance estimée de Fat Man était de 22 kt, la géographie du lieu – vallée et collines expliquant les "moindres" effets (destructions et morts) de Nagasaki.

Le 15 août, l'empereur Hiro-Hito annonçait la capitulation inconditionnelle du Japon, qui sera signée le 2 septembre, juste à temps pour que la France soit comptée parmi les vainqueurs.

Et pourtant, dès le mois de juillet 1945, par Staline (l'URSS n'était pas en guerre contre le Japon) et la Croix-Rouge, le Japon – déjà exsangue- proposait de capituler à la seule condition que la personne de l'empereur ne soit pas inquiétée. Proposition refusée à la conférence de Postdam (USA –URSS – GB), quelques jours après le premier test nucléaire réussi du 16 juillet, avec la déclaration de Postdam (signée par les USA, le Royaume-Uni, la Chine) exigeant une capitulation sans conditions pour éviter une "destruction complète, [une] dévastation totale"…

Officiellement, les deux bombes auraient permis d'épargner un grand nombre de morts militaires et lors de l'invasion du Japon à partir de novembre 1945. De 200 000, on est arrivé à parler de plus d'un million de victimes évitées. Mais à l'été 1945, l'aviation et la marine japonaises n'existaient plus, l'énergie et les matières premières manquaient en raison du blocus, la famine n'était pas loin. Les historiens, y compris les américains, estiment que le Japon aurait difficilement pu résister au-delà de l'année 1945, même sans invasion.

Les bombardements d'Hiroshima et Nagasaki peuvent être analysés comme des expériences scientifiques :

  • Alors que 66 cités japonaises avaient été victimes de bombardements  incendiaires, quatre villes (Hiroshima, Kokura, Nagasaki, Niigata) avaient été délibérément épargnées, afin de pouvoir mesurer l'effet réel des bombes atomiques sur des cités intactes
  • La hauteur de l'explosion avait été calculée afin de maximiser l'effet de souffle
  • Images et mesures devait être optimales : les 6 et 9 août, une heure avant les explosions, 4 avions avaient survolé les villes-cibles afin de vérifier l'absence de nuages
  • Les groupes de bombardement ne comprenaient que 3 B-29s : un appareil porteur de bombe, un autre chargé d'instruments de mesures, le troisième pour filmer et photographier. Aucune escorte, et donc aucune alarme, aucune population pouvant se mettre à l'abri…
  • Après la capitulation, les forces d'occupation américaines ont installé des centres d'études sur les effets des rayonnements. Des milliers de personnes ont été suivies – et sont décédées durant plusieurs années, sans aucun soin médical américain…
  • Deux bombes, pour comparer les mérites de l'Uranium235 et du Plutonium…

Le 8 août, Staline déclarait la guerre au Japon, ce que les USA réclamaient depuis la chute de l'Allemagne nazie. Mais après le "succès" de Hiroshima, l'affaire était entendue. Staline n'était plus nécessaire, bien au contraire. La 2ème bombe était donc là pour forcer la décision de capitulation avant que Staline ne puisse en tirer trop d'avantages. En outre, ces bombardements montraient à "l'allié" soviétique que les USA possédaient la bombe – ce que Staline savait déjà à Postdam – et surtout qu'ils n'hésiteraient pas à s'en servir… Le début de la guerre froide.

Musée d'Hiroshima © JM Brom

Enfin, dès le 18 octobre 1945, 73 jours après Hiroshima, le Général de Gaulle, chef du gouvernement provisoire, imposait le dogme nucléaire français en signant le décret de création du Commissariat à l'Energie Atomique (CEA) "en vue de l'utilisation de l'énergie atomique dans les divers domaines de la science, de l'industrie et de la défense nationale"

Et de fait, la première réalisation du CEA sera la "pile atomique" ZOE (Zéro énergie, Oxyde d'Uranium, Eau lourde) en 1948. Comme son nom l'indique ZOE ne servira qu'à produire le Plutonium utilisé pour la Bombe A française de 1960.

En ce mois d'octobre 1945, la France entrait dans cette aventure nucléaire qui perdure encore aujourd'hui.

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