Jean-Marie Brom
Physicien. Directeur de Recherches CNRS
Abonné·e de Mediapart

32 Billets

0 Édition

Billet de blog 14 juil. 2020

Académie des Sciences et Fessenheim

Depuis 2012, l'Académie des Sciences ne s'était pas exprimée sur la problématique du nucléaire en France. Le 7 juillet, sous le titre "Fermer Fessenheim et d’autres réacteurs est un contre-sens", voir https://www.academie-sciences.fr/fr/Communiques-de-presse/communique-academie-sciences-fessenheim.html. Académie ou café du commerce ?

Jean-Marie Brom
Physicien. Directeur de Recherches CNRS
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Ttrès tardif plaidoyer en faveur du nucléaire, et geste parfaitement indigne et scandaleux venant d'une Académie des Sciences  censée "encourager et protéger l'esprit de recherche, et contribuer aux progrès des sciences et de leurs applications"

Indigne parce que truffé d'inexactitudes ou de contre-vérités : selon l'Académie  le MOX (mélange de Plutonium et d'Uranium appauvri) n'existerait que pour se débarrasser des stocks de plutonium générés par le nucléaire français ? Non seulement la centrale de Fessenheim ne fonctionne pas au MOX (dont la réactivité est plus délicate à contrôler), mais l'Académie semble ignorer que le problème des stocks de Plutonium est la conséquence directe de la politique de retraitement  - issue du programme militaire. Sans retraitement, pas de problème de stocks de Plutonium à gérer (on peut rappeler que le MOX est mille fois plus radioactif que l'Uranium enrichi). Et pour l'Académie, le problème de la sismicité de la plaine d'Alsace ne se pose pas, puisque le tremblement de terre de référence (celui de Bâle en 1356) n'aurait eu qu'une magnitude de 6,2. Mais l'Académie est-elle si engourdie qu'elle ignore que depuis plus de 10 ans cette estimation a été revue à la hausse, et par l'IRSN elle-même (jusqu'à 6,9) ?

Indigne parce que faisant la part belle aux vieilles lunes de nucléocrates : prendre exemple sur le système de régulation américain pour prétendre que Fessenheim pourrait fonctionner jusqu'à 60 ans et s'aveugler au point d'ignorer que selon EDF, les centrales étaient prévues  pour une durée e vie de 40 ans, et que l'IRSN impose des condition nouvelles au passage de la 4eme visite décennale… Et indigne aussi parce que prétendre que les " réacteurs de Fukushima-Daichi n’étaient pas équipés de sûretés comparables à celles des réacteurs français" sans aucune preuve n'honore pas une assemblée supposée  rechercher la vérité scientifique…

Enfin, scandaleux parce que l'Académie des Sciences, hors de toute déontologie, se permet de prendre position sur le plan économique et financier, ce qui n'est pas son rôle, en ânonnant le fait que grâce au nucléaire notre électricité serait la moins chère d'Europe, bêtise contredite par les études de la Commission Européenne et par la Cour des Comptes se penchant sur les dérives financières de l'EPR et ses conséquences sur le coût du kWh. Tant il semble vrai que pour l'Académie, le coût et le prix sont des notions trop compliquées…

Il fut un temps où l'Académie des Sciences recevait Henri Becquerel, puis Marie et Pierre Curie à propos de la découverte de la radioactivité. Aujourd'hui, l'Académie des Sciences ne s'honore pas en prétendant entrer dans le champ politique, surtout avec des arguments aussi faibles, aussi faux…

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — International
En Pologne, le calvaire des exilés
Dans notre émission ce soir, reportage aux portes de l'Union européenne, où des migrants et des migrantes sont toujours retenus dans des conditions inhumaines. En plateau : Anaïs Vogel, qui a fait cinq semaines de grève de la faim pour dénoncer le traitement des exilés à Calais, et Catherine Wihtol de Wenden, directrice de recherche émérite au CNRS. 
par à l’air libre
Journal — France
La candidature de Zemmour prend une mauvaise tournure
L’ancien éditorialiste de CNews et du Figaro a officialisé, mardi, sa candidature à l’élection présidentielle dans un clip reprenant toutes ses obsessions identitaires. Sur le terrain, sa campagne est devenue particulièrement compliquée.
par Lucie Delaporte
Journal — France
Pour Pécresse et Bertrand, une campagne aux airs de pénitence
Après avoir claqué la porte du parti Les Républicains, ils ont repris leur carte pour obtenir l’investiture présidentielle. Pendant des mois, Valérie Pécresse et Xavier Bertrand ont remis les mains dans le cambouis partisan et arpenté les routes de France pour convaincre.
par Ilyes Ramdani
Journal — France
Les macronistes s’offrent un rassemblement de façade
Divisée avant d’être officiellement unie, la majorité présidentielle s’est retrouvée, lundi soir, pour tresser des louanges à Emmanuel Macron et taper sur ses adversaires. Un exercice poussif qui ne risque pas de « marquer l’histoire ».
par Ellen Salvi

La sélection du Club

Billet de blog
La beauté fragile d'un combat
« Nous ne combattons pas le réchauffement climatique, nous nous battons pour que le scénario ne soit pas mortel. » Parfois, par la grâce du documentaire, un film trouve le chemin de l’unisson entre éthique et esthétique. C’est ainsi qu’il faut saluer « L’hypothèse de Zimov  », western climatique, du cinéaste Denis Sneguirev, à voir absolument sur Arte.
par Hugues Le Paige
Billet de blog
Les Œillades d'Albi : « Retour à Reims (fragments) » de Jean-Gabriel Périot
Autour de l’adaptation du livre autobiographique du sociologue Didier Éribon « Retour à Reims », Jean-Gabriel Périot avec l’appui de nombreuses archives audiovisuelles retrace l’histoire de la classe ouvrière de 1950 à nos jours.
par Cédric Lépine
Billet de blog
La nullité pollue
Il y a peu, vautré devant un énième naufrage filmique d’une plateforme de streaming, j'ai réalisé que ces plateformes avaient entrainé une multiplication délirante des navets qui tachent à gros budget. Fort bien. Mais quand va-t-on enfin parler de l’empreinte écologique démente de ce cinéma, cet impensé dont on ne parle jamais ? Ne peut-on imaginer des films plus sobres -tels ceux de Carpenter ?
par Mačko Dràgàn
Billet de blog
« Ailleurs, partout » : d’autres images des migrations
« Ailleurs, partout », d’Isabelle Ingold & Vivianne Perelmuter, sort le 1er décembre. Le documentaire offre une passionnante réflexion sur les paradoxes de la géographie contemporaine, entre fausse ubiquité du cyberespace et vrais obstacles aux migrations. Rencontre avec les deux réalisatrices. (Entretien avec Nashidil Rouiaï & Manouk Borzakian)
par Géographies en mouvement