Un avenir radieux pour le nucléaire mondial ?

Malgré sa qualité, le rapport Pompili sur la sûreté et la sécurité nucléaire n'a pas réussi a échapper à la légende du renouveau annoncé du nucléaire dans le monde;.. Le point sur ce qui n'est qu'un espoir désespéré

Au-delà de sa qualité réelle, à tel point qu'il sera vraisemblablement enterré – et on y  reviendra -  le rapport  de Barbara Pompili sur la "sûreté et la sécurité nucléaire"  entend ne  pas se prononcer pour ou contre le nucléaire.

 Mais quand même, dans l'introduction, on trouve les habituelles incantations françaises à la renaissance du nucléaire  : " … l'Agence Internationale de l'Energie (AIE) prévoit  […] un doublement à l'horizon 2050 du marché du nucléaire qui passerait de 400 GW  à 930 GW, notamment grâce aux réacteurs construits en Chine et en Inde", joint à la timide reconnaissance de son contraire " … plusieurs pays nucléarisés ont annoncé leur intention de sortir du nucléaire, ou  du moins d'arrêter d'installer de nouveaux réacteurs (Allemagne, Belgique, Etats-Unis…)".

 Sur la renaissance glorieuse du nucléaire :

Ce qui est amusant, c'est que l'Agence Internationale de l'Energie (basée à Paris…) n'a aucune compétence dans le domaine de la fission… C'est le boulot de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA – Vienne). Un mauvais point pour le rapport… D'autant que pour l'AIEA, fin 2017, les choses étaient claires :

- Les 448 réacteurs officiellement en activité représentent 391 GW de puissance installée,  soit 11 % de l'électricité mondiale

- Depuis le début de l'ère nucléaire, 166 réacteurs ont été définitivement arrêtés, correspondant à 66 GW

- Il y a aujourd'hui 59 réacteurs en construction pour 60 GW, dont certains depuis…1987…

- 86 réacteurs sont officiellement "planifiés" (c’est-à-dire sans aucune date de démarrage du chantier) pour 79 GW. 31 réacteurs pour la Chine, 22 pour la Russie), ainsi que 9 pour le Japon (cela date d'avant Fukushima…). Et pour l'Inde, 9 réacteurs également, mais aucune trace des 6 EPR – il est vrai que les négociations traînent depuis 2010…)

Pour ce qui est de l'année 2050,  l'AIEA évalue 2 scenarios :

 - Le scénario haut, qui envisage une capacité de production nucléaire à 874 GW en 2050, soit 6,8 % des capacités  mondiales en électricité

- Un scénario bas, qui prévoit un déclin, puis un redressement de cette production au niveau  actuel (400 GW) pour 2050 (3% de l'électricité mondiale)

On rappellera qu'en 2017, le nucléaire représentait 11% des capacités de production électrique, selon l'AIEA… Comme on peut en juger, on est assez loin de l'envolée escomptée…  On est plutôt dans le souhait (n'oublions pas que le siège de l'AIE est à Paris, capitale nucléophile s'il en est…) que dans la prévision.

 Sur ceux qui sortent et ceux qui restent :

Quant aux plusieurs pays nucléarisés ayant "l'intention" d'en sortir à plus ou moins long terme, il n'y a qu'à voir ce qui se passe en Europe : sur les 27 pays de l'Union Européenne, il n'a que 4 pays qui ont encore un programme de construction : Finlande, France, Slovaquie, Royaume-Uni. Et les autres ? Ils ne sont jamais entrés dans le nucléaire (Autriche, Danemark, Grèce…), en sont déjà sortis (Italie) ou comptent arrêter avec la fin de leurs centrales actuelles (Belgique, Allemagne, Espagne, Hollande, Suède…). On pourrait même y rajouter notre voisin suisse… En d'autres termes, sur 28 pays européen, 24 ne comptent pas sur le nucléaire pour leur électricité future.

Un déclin inéluctable… sauf chez nous ?

Si l'on ajoute à cela le coût de l'électricité nucléaire qui ne va que croissant, les perspectives peu rassurantes sur l'état de vétusté du nucléaire mondial, on ne peut que constater qu'il n'y a guère que dans notre beau pays que l'on veut encore croire à un avenir pour le nucléaire. En plein débat sur le Plan Pluriannuel de l'Energie, il semble bien que la méthode Coué reste  pour nous le dernier argument en faveur du nucléaire.

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