La PPE selon Macron : la promesse… d'en faire le minimum, et le plus tard possible.

Macron et de Rugy ont présenté les grands lignes de la PPE aujourd'hui. Au-delà de la communication, la lecture du dossier sur le site du ministère est éclairante...

La PPE selon Macron : la promesse… d'en faire le minimum, et le plus tard possible.

Au-delà des effets d'annonce il faut se pencher sur la PPE, non pas telle qu'elle a été annoncée par le président, mais telle qu'elle a été publiée sur 33 pages et 4 objectifs. Et là, force est de se rendre compte que l'essentiel est de bouger le moins possible, le plus tard possible, en prétendant suivre les accords de Paris et la trop timide stratégie de la loi sur la transition de 2015, tout en préservant le vieux modèle économique qui nous entraîne à la catastrophe…
Que ce soit pour "réduire la consommation énergétique" ou "tourner le dos aux énergies fossiles", les promesses séduisantes de rénovations de logements, de remplacement de chaudières au fioul, de voitures électriques ou autre réduction de des émissions de gaz à effet de serre devraient être effectives en 2023 (au mieux), sans que l'on puisse avoir la moindre idée des moyens à mettre en œuvre… Tout au plus, on évoque jusqu'à plus soif les "objectifs", les "incitations", la "promotion" sans jamais expliciter…
La meilleure illustration du manque de sérieux de la PPE actuelle, c'est que l'ensemble des objectifs chiffrés (de baisse de la consommation finale d'énergie ou des émissions de GES, de la production d'énergies renouvelables, des emplois, du PIB, du revenu disponible…) le sont pour 2023 (au mieux), voire 2028, 2030 ou plus tard encore. Sans que l'on sache comment y arriver. Autrement dit : on verra dans le mandat suivant ce que l'on aura pu faire. De ce point de vue, Macron a été bien formé par Hollande : promettre n'importe quoi, en repassant la patate chaude aux suivants… On retrouve la patte des rédacteurs de la loi de 2015… Il ne faudrait pas oublier qu'en 2015, Macron était déjà ministre.
Mais le cœur de cette PPE, bien évidemment, concerne la production d'électricité et le nucléaire. Passons rapidement sur la promesse (renouvelée) de fermer les 4 dernières centrales à charbon en 2022 (mandat suivant) en rappelant simplement que depuis une bonne demi-douzaine d'années, la production de ces centrales avoisine les 3% de l'électricité produite, et qu'il serait possible de les fermer demain sans même que l'on s'en rende compte, en économisant en plus les 8 millions de tonnes de charbon importées annuellement. Mais il est vrai qu'EDF a développé son "plan charbon 2035"…
Et que dire du nucléaire ? Sur le mandat actuel, les 2 réacteurs de Fessenheim (promesse de 2012) pour lesquels, de toute façon, EDF n'envisage pas de dépasser 40 ans. Un silence embarrassé sur l'EPR (dont plus personne ne doute que s'il arrive à fonctionner, le coût de son électricité dépassera de loin celui des renouvelables d'aujourd'hui). Quant au reste : entre 2025 et 2028, 4 réacteurs, (c’est-à-dire sur 2 mandats présidentiels), puis une dizaine pour la période 2028-2035. Qui peut encore accorder la moindre crédibilité à une telle promesse, lorsque l'on mesure qu'il aura fallu 10 ans pour fermer les 2 trop vieux réacteurs de Fessenheim ?.. D'autant que la porte n'est pas fermée au nucléaire, puisqu'en 2021 (fin du mandat ?) on se prépare à décider de nouvelles constructions, ce qui bouleversera ce plan. Soyons sérieux : via Hulot, Macron reproche à Hollande n'avoir rien fait sur son mandat, et s'apprête à l'imiter…
En d'autres termes, sur le nucléaire on promet n'importe quoi pour l'avenir en se gardant bien de rien faire qui puisse affaiblir le dogme de la France nucléaire et seule en Europe. Quel que soit le coût, quels que soient les risques, quelles qu'en soient les conséquences…

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.