NICOLAS HULOT : IL AURA QUAND MEME BIEN SERVI LA MACRONIE…

Nicolas Hulot est parti. On voudra ne voir que la réaction d'un homme désillusionné, victime des lobbies, usé. Mais il faudra aussi retenir qu' il aura fidèlement servi la stratégie écologique macronienne de dire sans faire, de repousser les échéances, de promettre sans tenir, avant de convenir que l'écologie ne serait jamais soluble dans le libéralisme actuel...

C'était il n'y a pas si longtemps, en 2011, quand à Strasbourg Nicolas Hulot est venu nous annoncer que la catastrophe de Fukushima lui avait ouvert les yeux et que désormais la sortie du nucléaire était "la priorité absolue".  Dans la foulée, il annonçait sa candidature à la primaire des écologistes. Cela aurait pu être une bonne idée, mais insupportable à certains des dirigeants d'EELV, (Dany et José en tête), qui ont réussi à renvoyer Nicolas à ses chères études… Histoire encore à écrire, mais qui a en tout cas creusé un fossé définitif entre Hulot et – à minima – certains écologistes patentés.

En 2017, face au vide absolu de son programme pour ce qui est de l'environnement, le président Macron faisait de Nicolas Hulot un ministre d'Etat, chargé d'abord de porter la bonne parole écologiste vers le bon peuple pour l'assurer que les crises environnementales (climat, énergie, biodiversité…) allaient enfin trouver leur solution.

Il faut bien reconnaître Nicolas s'est coulé à merveille dans ce rôle : un "plan climat" dès septembre 2017, relançant bien des chantiers avec promesses de réalisations… pour le mandat suivant… Puis quelques annonces bien enveloppées, mais sans réel effet comme la fin des exploitations pétrolières sur le sol français (mais sans empêcher les "recherches"), la fin programmée de l'usage du  glyphosate (demandée depuis une dizaine d'années) mais en laissant aux entreprises le temps de liquider leurs stocks, et surtout la remise en question de la réduction en 2025 de la part du nucléaire , repoussée en tout cas à l'après second mandat potentiel du président Macron. Avec en prime quelques reculades face aux lobbies de tous poils, sur l"huile de palme, sur la Montagne d'Or notamment.

Mais tout ceci, probablement, parce que Nicolas Hulot ne voulait voir d'abord que la crise climatique, et espérait encore peut être que ses collègues politiques étaient capables d'avoir une vision à long terme. Et pourtant, depuis 2007 qu'il s'agitait dans le marais politique, il aurait pu comprendre…

Il est vrai que pour qui connaît un peu Ncolas Hulot, ce dernier est d'abord un homme de conviction, qui a cru longtemps, trop longtemps peut-être, être capable de convaincre ses collègues au gouvernement, et Macron en tête, que face aux dérèglements de toutes sortes, il était plus que temps de changer leur vision du monde. En d'autres termes, de voir dans l'expression "développement durable" autre chose qu'un développement du passé que l'on espère voir durer le plus longtemps possible…

Alors aujourd'hui, s'il est certain que Nicolas Hulot en est arrivé au bout de sa capacité de compromissions, il n'en reste pas moins que depuis un an, il aura bien servi la Macronie, en montrant que la politique de l'environnement pouvait se résumer à quelques promesses à la marge des vrais problèmes, que la seule stratégie envisagée était de contrer les effets des crises écologiques sans s'attaquer aux causes réelles.

De ce lundi, on voudra peut-être ne retenir que le fait que Nicolas Hulot, après un an, a jeté l'éponge face aux lobbies et l'inertie de ses collègues. Mais sera-t-on capable de retenir aussi le fond de son intervention : que la crise écologique actuelle n'est que le résultat d'un système basé sur la prédation tant naturelle qu'humaine, le profit à court terme, et la course jamais arrêtée à l'accroissement des richesses (?) pour quelques-uns au détriment du plus grand nombre et de la planète toute entière ? Tant que cette évidence ne sera pas prise en compte, les ministres de l'environnement, quelles que soient leurs qualités, ne pèseront pas bien lourd.

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