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Billet de blog 19 avril 2022

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LETTRE OUVERTE AU PARTI COMMUNISTE FRANCAIS (ET AUX AUTRES PARTIS DE GAUCHE)

J’irai donc déposer dans l’urne le 24 avril un bulletin Macron pour empêcher l’accession de Mme Le Pen à la Présidence de la République. J’irai la colère au ventre. Et je n'irais pas sans lâcher ma rancœur à l’égard des responsables du désastre du 10 avril : les 3 partis de gauche qui ont dispersé les voix, à commencer par le PCF.

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Comme des millions d’électeurs de gauche, j’irai donc déposer dans l’urne le 24 avril un bulletin Macron pour empêcher l’accession de Mme Le Pen au poste de Président de la République tel que défini par la Constitution de 1958.

J’irai la mort dans l’âme et la colère au ventre. Et je ne pourrais pas y aller si je ne lâchais pas auparavant ma rancœur à l’égard des responsables du désastre du 10 avril : les 3 partis de gauche qui sont allés au bout de leur politique de dispersion des voix. Pourquoi m’adresser nommément au PCF, plus ouvertement qu’à EELV et au PS ?

Quel est, quel était désormais, l'enjeu de cette élection présidentielle ?

Inutile de décrire en détail l'état social, moral, matériel du pays en 2022, ni le rôle destructeur qu'y ont joué les 4 derniers quinquennats et législatures, en particulier le dernier en date, sans dédouaner le précédent, sous François Hollande. Mais il y a plus : l'invention du quinquennat par Lionel Jospin, avec l'alignement des législatives derrière la présidentielle, donne au président élu une forme de pleins pouvoirs, tout en transformant cette élection, par la personnalisation à outrance, en une arène de cirque en bonne partie dépolitisée.

Malgré le bénéfice du prestige de l'homme providentiel face aux peurs des classes moyennes, celle du COVID renforcée par la crise d'Ukraine, Macron recueille à peine plus d’un quart des voix. Le vote contre Macron est un vote sinon de classe, du moins populaire, il suffit de regarder une carte, non seulement du pays entier, mais des arrondissements et quartiers des grandes villes (où Mélenchon est souvent largement en tête, surtout dans des régions où Macron est déficitaire : regardez Lille, Roubaix, Villeneuve d'Ascq, Strasbourg...). Le vote Macron est aussi, massivement, un vote de classe : alliance d’une partie des classes moyennes avec les possédants, repli de ces « gens de la moyenne »

https://www.youtube.com/watch?v=Zt1KjOfZPK0&ab_channel=Parsi%2Cparla  (le beau texte de Colette Magny, toujours d'actualité...)

sur leur peur des affrontements à venir, déguisée en critique des postures de Jean-Luc Mélenchon.

L'enjeu de l'élection était donc de la gagner à gauche pour mettre fin à la séquelle des contre-réformes, changer la constitution, et ouvrir l'avenir, en disputant à l’extrême-droite la représentation des classes défavorisées.

C'était possible, à condition de se rassembler derrière un-e candidat-e commun-e apte à inspirer confiance à l'électorat et à disputer le sien au RN. Deux personnalités me semblaient compatibles avec la fiche de poste : Christiane Taubira et Jean-Luc Mélenchon, de par leur statut. On ne réécrit pas l'histoire, même récente, et c'est JLM qui a su être le candidat crédible. C'était absolument prévisible dès lors qu'il s'était imposé sans discussion avec les autres partis.

Certains aspects de la personnalité de JLM, certaines de ses outrances, certains points du programme de "L'Avenir en commun" pouvaient nous rebuter ou faire divergence, mais les faits étaient là. Au vu de ses scores dans les sondages, il ne pouvait que se produire une agglomération de suffrages sur son nom dans les derniers jours avant le 1er tour et son score final, s'il est une surprise pour beaucoup, n'est en aucun cas un mystère a posteriori.

Malheureusement, il a manqué 500 000 voix pour qu'il se hisse au second tour.

Il est bien étrange que les mêmes analystes nous parlent du total des voix de gauche (30,7 %), pour minimiser (à juste titre) la prétendue "droitisation" du pays, mais se refusent à faire d'autres calculs. Par exemple, le total des voix de Mélenchon et de Fabien Roussel, qui agissaient de concert dans feu le "Front de gauche" et ont gardé, au plan programmatique, de larges proximités. Une grosse moitié au moins des suffrages qui se sont portés sur Roussel se seraient sans aucun doute portés sur Mélenchon si Roussel n'avait pas été candidat. Il est superflu de se casser la tête à propos des électeurs/trices de Jadot et Hidalgo. Il y a là de plus importantes divergences, qui n'auraient pas pu être réglées pour se mettre d'accord avec LFI (mais peut-être par une volonté générale d'unité, exprimée et actée dès 2021 au minimum). 500 000 voix de plus auraient suffi à JLM pour être au second tour.

Un peu de « politique-fiction »

Et là, c'était bien plus ouvert qu'on ne fait semblant de le croire ici et là. Ni Jadot ni Hidalgo n'auraient appelé à voter Macron, dont la réserve stable totale (lui + Pécresse) est de 32,6%. C'est l'électorat d'extrême-droite qui aurait fait l'élection (pas Le Pen et Zemmour : l'électorat, avec toutes ses caractéristiques complexes), et sans céder un pouce de terrain sur les principes Mélenchon aurait su leur parler. Macron aurait alors dû, lui, prendre le contrepied et flatter les composantes brunes. Il y aurait eu une très forte polarisation, et un retour de la politique...

Politique-fiction ? Non, car tous les éléments de cette situation étaient à la portée de notre analyse depuis des semaines, voire des mois de façon à peine moins aiguë. Politique-fiction ou analyse concrète de la situation concrète, versus imprévoyance, aveuglement, incapacité à faire des plans ?

Voilà pourquoi on peut affirmer que le PCF et Fabien Roussel portent une responsabilité historique : avoir privé le pays d'une autre expérience électorale que celle, désastreuse, qui s'offre à nous désormais. Et tout cela pour quoi ? L'argument du PCF était que sa renaissance était une condition de la reconstruction de la gauche... Résultat, lui aussi parfaitement prévisible : un parti humilié et une gauche plus que jamais en morceaux. Un parti replié sur son dernier noyau et une gauche impuissante. Un parti et une gauche dont nous aurions le plus grand besoin, dans un meilleur état.

Est-il encore temps de se ressaisir pour offrir un front commun aux législatives ?

PS : Jean-Luc Mélenchon est attaqué jusque dans L'Humanité (qui ose parler de "cabotinage") pour s'être refusé à lancer un appel à voter Macron le 24 avril, contrairement aux autres candidats de gauche. Le fera-t-il après avoir "consulté sa base" ? N'oublions pas qu'il s'adresse ici aux trois-quarts des électeurs de gauche. N'était-il pas plus lucide de faire en sorte de ces électeurs ne soient pas de simples supplétifs, et d'engranger, avant de s'engager, les concessions que le candidat de l’ « en même temps » est amené à faire aux refus de l'électorat de gauche, sa seule - ou presque - "réserve de voix" ? Peut-être, au fil des sondages, va-t-il être amené à plus encore, mais le refus de Mélenchon a déjà gagné les atermoiements sur la retraite à 65 ans. Peut-être est-il plus lucide que d'autres...

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