Après l'interview de Benoît Hamon dans Libération

Problèmes posés à un sympathisant de Génération-s (et du PCF) par l'interview de B.Hamon dans Libération de ce jour.

Je vais essayer, dans les jours qui viennent, de tenir un journal de « mes » interrogations politiques. Quand je dis « politiques », j’entends balayer très large, mais sans me donner une dimension a priori. Ce serait seulement au gré des mouvements que l’actualité sociale et politique, nationale et internationale, telles que traitée par « mon » point de vue, engendrera.

Aujourd’hui par exemple, nous sommes à la veille d’une échéance importante, la « Marée populaire » de samedi 26, et au lendemain d’une journée nationale interprofessionnelle de la Fonction Publique (et non des « fonctionnaires » seulement, puisqu’il y a désormais presque autant de non-fonctionnaires que de fonctionnaires dans les services publics). Cette journée, favorisée par une météo agréable, présente un bilan contrasté. A Besançon, le cortège (réuni assez inexplicablement aux marges de la ville) était quantitativement moyen, en tout cas pas à la hauteur des enjeux. Mais il était profondément unitaire, et combatif. On capte (et on éprouve) une grande exaspération, mais aussi une sourde inquiétude. Comment cristalliser les mécontentements ? Comment combattre la résignation de la plupart de nos collègues et plus largement de nos relations quotidiennes ? Comment réduire le « macronisme passif » qui consiste à penser et dire que « Macron fait un sale boulot certes, mais un boulot nécessaire que ses prédecesseurs n’ont pas eu le courage de mener au bout » ?

Je pense à cette chanson de Colette Magny : « Les Gens de la moyenne » (https://www.youtube.com/watch?v=q5tZq_8UZUM   ), à la justesse de son propos, et à sa conclusion en deux temps : « Vous savez que sans vous, on ne peut rien du tout […] Savez-vous que sans NOUS personne ne peut rien du tout ? ».

Bien sûr on a envie, comme elle, d’insister sur la deuxième branche, mais…

J’ai longtemps voté « extrême-gauche » et je ne me suis jamais abstenu à un 2nd tour, même en 2002 et en 2017. J’ai voté « blanc » sur Maastricht et « non » sur le TCE en 2005. J’ai voté Hamon en avril 2017 et Macron en mai. Quand je discute avec les moins sectaires des militants de « France Insoumise », je peux me laisser ébranler sur le vote Hamon, ou plus exactement sur la pertinence du maintien de Hamon. C’est une discussion dont je continue de revendiquer la complexité, car les points de vue sont divers et inconciliables en matière de rétrospection. Je m’en expliquerai un jour prochain.

Après le désastre de mai 17, qui ne se limite certainement ni au score dérisoire de Hamon, ni à l’absence de Mélenchon du 2ème tour, je me suis intéressé au devenir des « frondeurs » du Parti Socialiste et j’ai salué leur départ et l’initiative de créer le M1J puis « Génération-s ». J’ai même rejoint le comité local, tout en restant membre du groupe des non-encartés du Front de Gauche à Besançon, devenu récemment, par constat du décès du FdG, « A gauche citoyens ! », et en adhérant aux « Amis de l’Humanité » pour manifester ma sympathie critique au PCF.

Ce matin, j’ai été amené à lire l’interview de Benoît Hamon dans Libération (http://www.liberation.fr/politiques/2018/05/13/benoit-hamon-nous-sommes-la-gauche-puisque-tous-les-autres-ne-le-sont-pas_1649765 ), et le cet entretien me pose un double problème, dès son entame. Primo, Hamon semble avoir d’ores et déjà fait l’impasse sur toute possibilité d’entente avec FI, et plus gravement, sur toute nécessité de proposer sans relâche cette entente, ce qui implique bien sûr un examen critique des positions respectives sur l’Europe et que cet examen ait lieu dans des arènes citoyennes – et non dans les bureaux parisiens. Il présente en revanche l’alliance quasi-exclusive avec EELV comme actée ou en voie de l’être, ainsi que le répercutent – et l’anticipent – les medias. Secundo, Hamon adopte une posture étonnamment personnelle, tant pour ce qui est de la responsabilité qu’il affirme assumer (être « la personnalité la plus populaire à gauche » - après JLM) et pour ce qui est de sa propension à développer publiquement des thèses qui sont loin d’avoir été discutées à fond et adoptées par son propre mouvement, disons par le mouvement qu’il a impulsé et co-anime.

Il y a là une fâcheuse symétrie avec FI, sur laquelle j’invite à réfléchir. Certes « il ne faut pas être naïf », mais ici le réalisme à court terme l’emporte sur les principes à moyen terme. Il en va de même du fonctionnement de ces deux mouvements, où je constate une forme d’horizontalité proclamée (jusqu’au fait de voir coexister sur le même territoire plusieurs comités ou groupes, coexistence dont on voit clairement qu’elle est au moins en partie due à des incompatibilités d’humeur ou, au mieux, à des sensibilités différentes, ce qui stérilise évidemment les débats internes, renforce l’atomisation, rejoint l’individualisme forcené de l’époque, etc), horizontalité en bonne partie factice, puisqu’elle laisse largement les mains libres aux « porte-parole » nationaux et plus globalement à une gestion verticale « top-down » où les militants apprennent par la presse les positions prises par leurs « leaders »…

Pour ce qui est du 26 Mai, on va scruter le ciel pour espérer la bonne météo qui conditionnera en partie le succès de cette journée. D’ores et déjà l’ampleur de l’alliance qui préside à la « Marée populaire » donne un peu d’espoir. Surtout en ceci qu’elle répond, me semble-t-il, à une aspiration très profondément ancrée dans « le peuple de gauche » au sens très large. Pour avoir participé à la réunion unitaire préparatoire locale, je témoigne que les responsables qui ne seraient pas spontanément soucieux d’unité sont visiblement sensibles à une pression unitaire qui monte d’un peu partout. J’en resterai là pour ce mercredi…

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