Les bijoux de famille indiscrets

Non. Ce n’est pas du tout ce que vous croyez. Je ne viens pas parler aujourd’hui des bourses. Plutôt des MINOUS de famille. Et plutôt de LA bourse. À l’origine de mon mécontentement, une expression « vendre les bijoux de famille » indûment utilisée pour parler de privatisations, qui comme toute personne de bon sens le sait, ne sont qu'appauvrissement de l'État et de la République.

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Le roman libertin de Diderot trouve son origine dans un fabliau du moyen âge, Le chevalier qui fist les cons parler. Diderot profite du concept pour créer un comique de situation, les minous des dames bavardant à tort et à travers, apportant transparence et franchise là où ne règnent d'ordinaire qu'hypocrisie et puritanisme.

Mais après ce préambule littéraire, venons-en au fait.

Vendre les bijoux de famille, ce n’est pas s’appauvrir, sauf dans le cas où on se fait avoir à la revente, hypothèse que j’écarte. Vous aviez des bijoux de famille, vous aviez donc une certaine richesse y correspondant, vous les vendez, cette richesse s’est juste transformée, elle a changé d’état. Elle est maintenant à l’état liquide.

L’état s’apprête à liquider ADP. Et d’autres entreprises prospères. Ce n’est ni de gauche ni de droite. Mitterrand a commencé. Chirac, Sarkosy, Hollande, ont continué. En revanche, c’est le Conseil National de la Résistance qui avait nationalisé Renault en 1945. Et vous voulez encore qu’il y ait une droite et une gauche ?

Comme toute personne de bon sens, je m’insurge contre cette vente, non-pas des bijoux de famille, mais des outils de famille. Car c’est le sujet de ma protestation, ce sont des outils qu’on s’apprête à vendre, non-pas des bijoux. Et qui vend des outils s’appauvrit. Telle Fantine, dans Les Misérables, vendant ses dents, la France s’appauvrit à vendre des entreprises. Car une entreprise rapporte. En tous cas, celles que l’on vend. Car qui, hormis des faisans comme Tapie un euro symbolique, voudrait acheter des entreprises en mauvaise santé ?

Non. Quand Fantine vend ses dents de devant, elle s’appauvrit. Elle les vend une misère, mais elle s'appauvrirait même en les vendant une fortune. Elle vend des outils de nutrition, d’image et de respect de soi, de séduction et d'amour, de plaisir. Elle vend sa joliesse. Ce sont les Misérables qui sont contraints de vendre leurs outils. Mes outils me permettent de retaper des vélos, de construire des meubles, de réparer motos, autos, etc. Ils me permettent d’économiser ou de gagner de l’argent. Le jour où je serai contraint de les vendre, c’est que je serai dans la plus grave des misères.

En 2019, « misérable » a changé de sens. Aujourd’hui, un misérable, c’est un salaud. Un grave salaud. Par exemple, le patron qui donnait de l’ouvrage à Fantine, et qui a pu casser encore les salaires en faisant travailler des tolardes. Le pourvoyeur de misère ? Ou bien le désespéré contraint au crime par la misère ? Déjà dans le Littré de 1878, « misérable » possède tous les sens actuels : 1) celui qui est dans la misère; 2) ce qui ne vaut rien ; 3) celui qui mérite haine ou mépris.
Aujourd’hui, les misérables, ce sont, et comme d’habitude, celles et ceux qui songent à vendre les outils de la nation.

Encore un mot. Les aéroports, le voyage en avion. On est bien obligé de subir ça. À chaque fois qu'un avion atterrit, il compisse les forêts, les

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champs, les villes. Sécurité oblige, faut vider le kérosène avant de risquer l'atterrissage. Tout le monde accepte ça. Même ceux, dont je fais partie, qui ne prennent jamais l'avion. Ce que les pauvres peuvent être cons !  En tout cas, ce scandale ordinaire, je préfère encore qu'il profite à l'État et à la République, plutôt qu'aux amis des misérables dont je parlais à l'instant, au sens 3).

 

 

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