Le chevalier qui faisait parler les cons et les culs

Voici ma traduction du chevalier qui fist les cons parler et les cus, de Garin, traduction qui respecte la forme poétique initiale des fabliaux du moyen âge : octosyllabes à rimes plates.

J’ai aussi respecté la tradition, en ceci et sans mal, que la rime est pauvre, le mètre incertain (n’appliquez pas les règles de Boileau pour la prononciation des « e » ou pour les diérèses !) J’ai pris la liberté d’employer de temps en temps des mots et des expressions contemporaines. J’ai pas eu peur non plus, de temps à autres, des enjambements et des phrases qui se terminent en plein vers. Mais dans ce cas, ça a une vertu mimétique : ça correspond à la folie ou à l’absurde ou au grotesque. Par exemple, le rythme haché d’une fée gotlibesque vient en contraste à celui d’une fée plus conforme. Deux ou trois fois, ne trouvant pas la rime, je me suis contenté d’une assonance.

culs-antipodistes

Dans le précédent billet i.con.ographie, vous trouverez les étapes de la recherche collective (voyez aussi les commentaires) destinée à trouver une illustration à ce billet-ci, sans être signalé, dépublié, censuré, voué aux gémonies. Il a paru au préalable dans l’édition au Club Dormant Boulevard des Mots Dits, où la fée Grain de Zèle veille sur le silence éditorial éternel, en rabrouant vertement tout prince maudit essayant de ranimer la gisante au moyen d'un bisou créatif.

 Pour un texte du moyen-âge, il y a souvent plusieurs manuscrits, copies faites à diverses époques, et plusieurs titres. Celui que le Livre de poche a adopté pour ses Fabliaux érotiques, dans sa collection Lettres gothiques, qui m'a permis de faire cette traduction, aidé par celle de Luciano Rossi, est Le chevalier qui fist parler les cons, traduit par Le chevalier qui faisait parler les cons. Comme je ne voulais pas que l'on confonde mon chevalier avec un animateur d'émission politique à la télé, j'ai préféré un autre titre, qui est celui de certaines copies, et qui d'ailleurs est plus pêchu, plus gaulois, et qui cadre mieux avec le conte.

 

 

Le Chevalier qui faisait parler les cons et les cus

C’est la mode des fabliaux.
Les dire peut rapporter gros.
Trouver, écrire, raconter
une petite fable bien troussée,
ça réconforte les chômeurs
aussi bien que les travailleurs.
Les angoissés, les malheureux,
s’en trouvent tout de suite mieux,
d’entendre un joli fabliau.
Deuil, chagrin, tracas, tous les maux,
tristes pensées, on oublie ça.


Garin nous dit, qui ne ment pas,
l’aventure d’un chevalier
qui eut inouïe destinée.
C’est vérité pure, écoutez :
il forçait les cons à parler !
il n’avait qu’à les appeler !
Et même les culs, de leur côté,
donnaient réponse au chevalier.
Ce pouvoir-là lui fut donné
l’ année de son adoubement,
je vais vous raconter comment.
Au départ sans grande fortune,
Assez vite il fut sans une thune.
On le tenait pour avisé,
mais il était panier percé,
et n’avait ni vigne ni terre,
ne rêvant que tournois et guerre.
Hardi et preux, plein de vaillance,
il maniait fort bien sa lance.
Or à cette époque, il advint
que partout la guerre prit fin.
Plus personne pour s’entre-attaquer,
et les tournois sont annulés.
Le chevalier n’avait plus rien,
gagés ou vendus tous ses biens,
manteau d’hermine, cape fourrée,
plus rien qui ne vaille un denier.
Sur un point fut encore moins sage :
pour boire et manger, mit en gage,
armure, équipement, harnais.
À cette époque il séjournait
dans une ville fortifiée,
où il dépensait sans compter,
et très chère, autant que Provins,
où il buvait de très bons vins !
il y vécut, jusqu’à ce jour
où l’on annonce aux carrefours
qu’un grand tournoi va avoir lieu.
Tous les chevaliers fiers et preux
doivent se rendre sans délai
tout droit en Touraine à La Haie !
Fou de joie, le chevalier
informe Huet, son écuyer :
« Nous allons de nouveau jouter !
— Voyons ! À quoi bon en parler ?
Tout votre équipement est au clou !
— Huet, par Dieu, toi qu’as du chou
trouve-moi donc une bonne idée.
Tu m’as toujours bien conseillé.
J’aurais mieux fait de t’écouter.
Comment je vais récupérer
mon équipement pour le tournois ?
Fais quelque chose, parce que moi,
je ne vois pas de solution. »
L’écuyer, après réflexion,
ne trouve qu’une chose à faire,
vendre la seule chose chère :
le palefroi du chevalier !
Voilà l’idée qu’il a trouvée.
Il s’acquitte bien de la vente,
ne laisse aucune dette en attente,
et reprend tous les gages en main !
Les deux se mettent en chemin,
sans personne qui les accompagne.
Ils vont à travers la campagne.
Le chevalier demande à Huet
comment il a récupéré
ses gages. « Beau Sire, par ma foi,
j’ai vendu votre palefroi,
j’avais que ça à monnayer.
Contentez-vous du destrier.
— Il nous reste combien d’argent ?
— Sire, il nous reste seulement
douze deniers à dépenser.
— Alors il ne faut plus trainer. »
Un peu plus tard dans la journée
ils arrivent dans une vallée.
Le chevalier est rêvassant
et Huet cavale devant,
au galop sur sa haridelle,
quand une fontaine très belle
et très claire lui apparaît
saine et pure au milieu d’un pré.
Y prend naissance un grand ruisseau,
et tout autour des arbrisseaux
verts et feuillus et magnifiques,
poussent comme en été. Féerique !
Dans la fontaine trois pucelles,
sages et avisées, et belles
comme des fées, se sont plongées.
Sous un arbre, elles ont déposé
chemises brodées de fil d’or,
riches robes, somptueux trésor !
On n’a jamais rien vu de tel.
En voyant ces femmes si belles,
ces chairs dénudées et si blanches,
ces corps, et ces bras, et ces hanches
si bien faits, il se précipite.
Il ne dit rien, mais il fait vite :
il s’empare de leurs vêtements,
et les laisse dans un grand tourment.
En voyant qu’elles sont détroussées,
la plus âgée est effondrée,
car il détale ventre à terre
sans regarder en arrière.
Les pucelles sont désolées,
elles crient, elles sont éplorées,
et dans cette souffrance vive,
C’est le chevalier qui arrive.
L’une des pucelles le voit :
« Voyez venir à cheval, là,
le seigneur du sale écuyer
qui nous laisse déshabillées.
Demandons-lui sans plus attendre
qu’il veuille nous les faire rendre.
S’il est courtois, il le fera ! »
L’une lui dit leur embarras.
Le chevalier est fort peiné.
Des pucelles, il a grand pitié.
Il éperonne son cheval
et rejoint l’artisan du mal :
« Donne-moi vite ces atours,
et que Dieu te vienne en secours !
Les voler serait vilenie,
la honte infligée, infamie !
Huet répond : — Soyez pas ivre !
Ces robes valent bien cent livres,
Même après quatorze ou quinze ans
vous gagnerez jamais autant,
Même en faisant moultes tournois ! »
Le chevalier répond : « Ma foi,
je n’ai cure de vaincre ainsi.
Je veux gloire et honneur aussi !
Je leur rapporte leurs habits.
— Eh bien restez donc démuni,
vous le méritez ! » s’emporte Huet.
Le chevalier prend les effets
et les rapporte aux trois pucelles,
qui sont très charmantes et belles.
Elles sont aussitôt vêtues,
car elles souffraient d’être nues.
Le chevalier, sans tarder, part.
Alors, une pucelles parle :
« Ce chevalier est très courtois !
Vous l’avez bien vu, par ma foi.
Au lieu de rendre les habits,
L’autre allait tout vendre un bon prix.
Le chevalier est fort honnête,
Et nous avons donc une dette.
Il nous faut le récompenser.
Il est si pauvre ! Il est fauché !
Envers lui, ne soyons pas chiche,
Travaillons à le rendre riche. »
Les autres y ayant consenti,
elles l’appellent à forts cris,
alors il revient auprès d’elles.
La plus savante des pucelles,
prend la parole au nom des trois.
« Sire chevalier, par ma foi,
vous nous avez rendu la vie.
vous ne pouvez partir ainsi.
Nous ne le voulons pas, vraiment.
Vous avez agi noblement,
Nous sommes sauvées pour de bon.
Je vous ferai un riche don,
qui ne fera jamais défaut :
jamais en ville, champs ou château
vous n’arriverez en un lieu
sans que chacun soit chaleureux.
Chacun par vous étant en joie,
vous offrira tout ce qu’il a.
Vous ne serez plus démuni.
— C’est un beau présent, grand merci !
— Le mien aussi sera très beau,
chevalier. » ajoute aussitôt
la deuxième pucelle. « Partout
où vous vous trouverez, si vous
voyez femme ou bête femelle,
à la seule condition qu’elle
ait deux yeux par dessous le front,
quand vous appellerez son con,
il devra donner la réplique :
tel est votre pouvoir magique,
que n’eut jamais ni roi ni comte. »
Le chevalier rougit de honte
et tient la pucelle pour folle.
La troisième prend la parole :
« Savez vous ce que je vais dire ?
Il sera bien juste, beau sire,
si par aventure le con
était empêché pour de bon,
et qu’il lui était impossible
de vous faire réponse audible,
à sa place le cul répondrait
si vous l’appeliez, sans délai,
quiconque en soit importuné ! »
Le chevalier, fort vergogné,
est sûr qu’on se paye sa tête,
et qu’on le prend pour une bête.
Il tourne bride et puis s’en va.
« Elles se sont jouées de moi,
celles du pré. » dit-il à Huet.
Il lui conte en riant les faits.
Huet répond : « Bien fait pour vous,
par Saint Germain, il est bien fou
celui qui jette bêtement,
ce qu’il tenait bien fermement !
— Huet, je crois que tu dis vrai… »
Entre temps, un prêtre apparaît,
seul, monté sur une jument.
C’est un prêtre riche et puissant,
mais avare, chiche et radin.
Il va pour prendre le chemin
qui mène à une autre ville.
En voyant le chevalier il
dirige sa jument vers lui ,
saute à terre et lui dit ceci :
« Vous êtes le bienvenu, Sire !
Je vous prie d’avoir le désir
de loger aujourd’hui chez moi.
Je vous servirai sous mon toit.
Ce que je possède est à vous.
Soyez-en assuré surtout ! »
Le chevalier est étonné
de se voir ainsi inviter
et prier par un inconnu.
Huet lui dit, tout éperdu :
« Sire, les fées vous ont dit vrai !
ce qu’a dit la première s’est fait.
Maintenant, on peut s’y fier.
Je suis sûr que vous entendrez
le con de la grande jument,
si vous l’appelez librement.
— D’accord, je te crois, c’est bon. »
Et sur le champ il s’adresse au con :
« Sire con, où va votre maître ?
Dites-moi tout sur ce beau prêtre.
— Ma foi, il va voir son amie. »
fait le con, « Elle aura mardi
de belles fringues à acheter,
et il lui porte des deniers,
dix livres de bon or très pur,
qu’il a serrées dans la ceinture. »
Le prêtre en est terrorisé,
il s’imagine ensorcelé :
« Un con qui parle ! Pour me trahir ! »
Il détale, et pour mieux courir,
arrache son manteau fourré,
en perdant ceinture et deniers
juste en plein milieu du chemin.
Il s’enfuit, laisse sa jument.
Huet l’appelle avec grands cris,
Mais le prêtre se tait et fuit.
Pour cent marcs, il ne reviendrait !
Le chevalier prend la monnaie,
Huet prend le manteau fourré,
et la jument, bien harnachée.
Ils rigolent de l’aventure,
et ils s’en vont à toute allure.
Le chevalier est très enjoué.
Il donne à Huet les deniers,
il y en a bien pour dix livres.
Il dit : « J’aurais bien été ivre,
si tout à l’heure j’avais laissé
les nobles pucelles avisées
toutes nues en les dépouillant !
Elles m’ont fait de beaux présents.
Je le vois bien, c’étaient des fées !
Avant d’avoir tout dépensé
Nous serons déjà remboursés
car quelqu’un pour nous va payer,
qui ne s’en doute pas encore !
Huet, si je gagne un trésor
au moyen d’une vilenie
je ne gagne rien, mon ami.
Je souille et ternis mon aura.
Jamais on ne racontera
sur moi de beaux dits à la cour.
Plutôt qu’avoir cru tes discours
J’aimerais mieux être pétrifié
Ma renommée serait tachée. »
Ainsi se poursuit le voyage,
l’écuyer écoutant le sage.
Ils parviennent à un château,
très bien situé, fort et beau.
Vivent là un comte et sa femme
très belle et estimable dame,
et plus de trente chevaliers.
Le chevalier qui fait parler
les cons et les culs, aussitôt
entre à cheval dans le château.
Tous accourent pour le saluer,
on l’accueille, on veut l’honorer,
lui faire fête dans la joie,
et il s’en réjouit comme un roi.
Il y a au centre du domaine,
des jeux, des joutes et des scènes
pour divertir la foule en liesse.
Il y a le comte, la comtesse
qui ne parle que justement,
dames, chevaliers et sergents,
pucelles, pages, écuyers.
Et voici que le chevalier,
et Huet qui le suit, s’avancent
Au plus fort des réjouissances.
Sitôt qu’on voit le chevalier
on va vers lui pour l’embrasser.
Même le comte, comme un fou
va pour se jeter à son cou
et pour l’embrasser sur la bouche !
la comtesse elle aussi le touche,
le prend et l’embrasse et le baise
elle le ferait vingt fois à l’aise,
plus volontiers qu’aller à messe,
mais le comte lui aussi s’empresse !
Le chevalier va vers les gens
il n’y a noble ni manant
qui ne le salue de grand cœur.
Dans la grande salle du seigneur,
avec bonheur ils le conduisent.
Et sans tarder, tous les convives,
les vassaux et les chevaliers,
tous fous de leur bel invité,
prennent place autour du souper.
Puis on parle d’aller coucher,
car la nuit est noire et épaisse.
Consciencieusement la comtesse
va loger son bel invité ;
pour cela on peut la louer!
Dans une chambre somptueuse,
elle lui donne couche spacieuse :
tout seul il va s’y reposer.
Mais elle appelle peu après
la plus belle de ses suivantes,
la plus douée,la plus aimante,
et elle lui ordonne : « Ma chère,
que cela ne vous pèse guère,
allez tout de suite vous coucher,
auprès de notre chevalier
qui nous fait grâce de sa présence.
Avec douceur, avec aisance,
couchez-vous nue à ses côtés,
et s’il veut vous le servirez.
J’irais moi-même volontiers
dormir auprès du chevalier,
je n’en aurais pas du tout honte,
si mon gentil seigneur le comte
était endormi à cette heure. »
La pucelle va à contrecœur,
car elle n’ose pas refuser,
dans la chambre du chevalier,
entre en tremblant comme une feuille,
très vite elle se déshabille,
s’étend nue à côté de lui.
En la sentant tout contre lui,
le chevalier se désommeille,
et très étonné, s’émerveille :
« C’est qui ? — Sire, pardonnez-moi.
Ce n’est pas ma faute, je suis là
car la comtesse le voulait.
Je suis une de ses pucelles. »
Elle est sereine, doux est son corps.
« Je ne vous ferai aucun tort,
au contraire, je vais vous masser.
— Ma foi, c’est une bonne idée ! »
fait le chevalier. Il l’enlace,
et puis sur la bouche il l’embrasse,
et sur le visage, les seins,
blancs, qu’il éveille de la main.
Puis il met la main sur le con,
et dit : « Parlez-moi, Sire con !
Dites-moi pourquoi votre dame
est venue me donner ses charmes ?
— Sire, pitié, répond le con,
C'est la comtesse qui fait ce don,
elle vous fait joie et plaisir,
de le taire je n’ai désir. »
Quand elle entend son con parler,
elle est toute terrorisée :
toute nue, elle saute du lit
elle prend sa chemise et s’enfuit.
La comtesse la voit et l'appelle,
et lui demande des nouvelles :
« Pourquoi as-tu quitté le chevalier
qu’hier nous avons hébergé ?
— Ma dame, je vais vous le dire
je me suis couchée, sans mentir,
toute nue avec lui, c’était bon !
Mais il a appelé mon con !
Il l’a fait longtemps discuter.
Tout ce qu’il lui a demandé,
mon con l’a dit exactement ! »
Incrédule, la comtesse entend
cette histoire à dormir debout
Elle dit qu’elle n’y croit pas du tout.
La pucelle jure et jure et jure
que ce qu’elle raconte est sûr.
Quand le chevalier se réveille,
on voit déjà haut le soleil.
Il dit à Huet qu’il est temps
de préparer l’équipement.
Apprenant qu’il veut s’en aller
sans avoir même déjeuné,
la comtesse quitte son lit,
descend dans la cour et lui dit :
« Sire, par Dieu, ne partez pas
sans avoir pris un bon repas !
— Ma dame, que Dieu me protège,
mais j’ai à faire un long voyage
aujourd’hui, je dois me hâter,
sauf si ça doit vous contrarier.
— Prenez donc le temps de manger
vous ferez bien votre journée ! »
L’autre n’a plus qu’à obéir.
Il voit bien qu’il faut consentir.
Il reste donc. Après la messe,
tous les chevaliers, la comtesse,
le comte, prennent place à table.
Après le repas délectable,
on parle de sujets divers.
La comtesse ne peut se taire :
« Seigneurs, j’ai ouï bien des fois
des chevaliers ou des bourgeois,
des écuyers, des serviteurs,
qui racontaient leurs aventures,
mais aucun ne se peut vanter
d’une aventure qu’on m’a contée
au beau milieu de cette nuit !
Car un chevalier est ici,
qui tous les surpasse en pouvoir !
C’est un sorcier vous allez voir.
Il force le con à parler !
Un tel homme doit être loué,
sachez qu’il est, par Saint Hilaire,
le chevalier qui vint hier. »
Les chevaliers sont stupéfaits
ils doutent que cela soit vrai.
Ils demandent au chevalier
de confirmer ou de nier.
« Cela est vrai sans aucun doute ! »
Le compte en rit, et aussi toute
la compagnie. Un peu songeuse
la comtesse est silencieuse.
Elle n’est stupide ni folle,
et enfin reprend la parole :
«  Sire chevalier, avec vous
je gage que mon con n’est fou
ni ivre au point de prononcer
un seul mot. Et je veux parier
soixante livres. — Ah si j’avais
soixante livres, je les jouerais
bien volontiers, Dame, que Dieu
m’en soit témoin ! Ce que je peux
seulement gager à cette heure,
en guise de contre-valeur,
c’est le cheval et l’équipement.
— D’accord, dit-elle vivement.
Soixante livres pour vous si
vous emportez notre pari.
N’y manquera pas un denier.
Mais sinon, vous irez à pied,
vous laisserez l’équipement. »
Et le chevalier y consent.
Puis ils discutent du pari :
« Dame, en trois appels au maxi,
votre con parlera pour de bon. »
En cela il a bien raison.
« Faites même donc sept essais,
et même plus si ça vous plaît.
Mais avant le premier appel,
je dois aller me faire belle. »
Cette demande est accordée,
les deux parieurs peuvent toper.
Qu’est-ce que la comtesse veut faire
dans sa chambre, qu’est-ce qu’elle espère ?
elle prend une livre de coton,
et s’en remplit bien tout le con.
En tassant elle bouche le trou,
le con n’est plus libre du tout !
Une fois son con bâillonné,
par le coton bien étouffé,
elle rejoint la compagnie.
Au sire qui tient le pari
elle annonce qu’il peut appeler
son con, pendant toute une année,
mais qu’il ne répondra jamais,
et toujours restera muet.
Le chevalier appelle le con :
« Sire con, racontez-moi donc,
pourquoi votre dame était-elle
dans sa chambre et qu’y faisait-elle ? »
Mais le con ne peut pas répondre,
tellement il est plein d’encombres.
Premier échec. Le chevalier,
entendant qu’il n’a pas parlé
appelle le con de nouveau.
Mais il ne peut dire un seul mot !
Voyant cela, le chevalier
se tourne vers son écuyer.
Il est angoissé, très confus
Il a peur d’avoir tout perdu.
Mais Huet vivement lui dit :
« Sire, n’ayez aucun souci !
Avez-vous oublié le don
de la plus jeune ? Si le con
ne peut pas parler, c’est le cul !
— Par ma tête, béni sois-tu !
Huet, tu dis vrai ! » dit en riant
le chevalier qui sur le champ
appelle le cul à voix forte,
le prie le conjure et l’exhorte
à lui révéler la raison
du silence obstiné du con.
« Parler lui est impossible,
dit le cul à voix très audible,
car le con a la gueule pleine,
de coton de lin ou de laine,
que ma dame lui a fourré
tout à l’heure quand elle est allée
dans sa chambre. Si on l’enlève
il pourra remuer les lèvres,
et je sais bien qu’il parlera ! »
Le chevalier en entendant ça,
demande au comte avec émoi :
« Sire ! par la foi que je dois,
la comtesse n’a pas bien agi
en se bouchant le con ainsi.
Il aurait forcément parlé
s’il n’avait pas été bouché. »
Le comte ordonne à la comtesse
de s’aller ôter les compresses.
Elle n’ose pas refuser,
et s’en va pour se déboucher.
Elle retire de son con,
avec un crochet, le coton.
Elle regrette de l’avoir mis !
Elle revient et pense au pari
qu’elle a conclu étourdiment !
elle a perdu beaucoup d’argent !
Le chevalier appelle le con
et lui demande pour de bon
pourquoi il n’a pas répondu.
« Je le voulais, je n’ai pas pu
car ma dame m’avait encombré
de coton qu’elle avait tassé. »
D’entendre ça, un con qui parle,
et conte en quel cas il ne parle,
le comte et tous les chevaliers
rigolent à s’en étouffer.
Tout le monde tombe d’accord
que la comtesse est dans son tort,
et qu’elle a perdu son pari.
Au chevalier elle sourit,
et lui paye ce qu’elle doit,
que l’autre reçoit avec joie,
car il en a l’utilité,
et qu’il a le don d’être aimé
de tout le monde. C’est un bien
très précieux, qui resta le sien
tant qu’il vécut. Il était né
verni, l’homme à qui fut donné
un si magnifique destin.
Et de ce conte c’est la fin.

 

Bien sûr, une traduction permet de comprendre ! Mais quel dommage. Quelle trahison. Quelle perte. Même en vers, quel prosaïsme ! Pour parfaire ce voyage dans le temps, comme avec une histoire sans fin, reprenons, juste le début, et dans la langue de la peuplade que nous venons de visiter. Romane, française, et très gauloise.

 

Flablel sont or mout encorsé :
maint denier en ont enborsé
cil qui les content et les portent,
quar grant confortement raportent
as enovrez et as oiseus,
quant il n'i a genz trop noiseus;
et nes a ceus qui sont plain d'ire,
se il ooent bon flabeau dire,
si lor fait il grant alegance,
et oublier duel et pesance
et mauvaitié et pensement.

Ce dist Garin qui pas ne ment,

...

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.