Dictée Titeuf

Bien sûr, il faut se gaffer, quand-même. Je ne me souviens plus dans lequel des petits livres Titeuf doit tenir compagnie à la fille d’une amie de sa maman, et jouer à la poupée avec elle. Ken et Barbie. Devinez le gros scandale ? Ça, je peux pas le choisir pour une dictée. Et il y a d’autres pièges.

Titeuf, comme d’autres BD, est transcrit en petits livres. Dans la bibliothèque rose ! Je me demande ce qu’en aurait dit la Comtesse (Non, pas celle de Joël, celle d’Eugène). Les malheurs de Titeuf ! Bien sûr, la lecture de Titeuf est moins savante que celle de Sophie. En fait, la bibliothèque rose avait une assez forte hétérogénéité. Oui-Oui et Ségur, c’est l’alpha et l’oméga. De nos jours, Hachette a créé deux bibliothèques roses. Une vraiment rose niveau Oui-Oui, et une plus dans les bordeaux pour de plus grands enfants. D’ailleurs étrange de penser que rien de tout ça dans la bibliothèque verte (je rappelle que la rose était censée être pour les filles, et la verte pour les garçons). Pourquoi verte, d’ailleurs ? Il y a eu la bibliothèque de la jeunesse chez Hachette, autre forme pour les mêmes titres, avec les mêmes illustrations, mais où le nom de la collection est en bleu. Le corpus de la bibliothèque verte est d’un niveau de lecture plus recentré, disons à partir de dix ans. Tirez vous-mêmes la conclusion... Toujours est-il que des parents intelligents, ont pu faire lire Ségur aussi aux garçons. D’ailleurs, l’univers décrit par la Comtesse est mixte : comme il ne s’agit pas d’école, mais de la maison, des vacances, de la campagne aussi, les enfants ne sont pas séparés par sexe.

Pour faire des dictées, Titeuf, c’est vraiment bien. L’enfant raconte sa vie, familiale ou scolaire, sociale, au passé composé ! Y aura donc des imparfaits ! En plus des auxiliaires et participes… Il raconte en style oral, mais plus soutenu cependant que celui des bulles. Le reproche que beaucoup de parents font à Titeuf BD, celui d’un langage border line, n’existe plus. Juste le clin d’œil du « pô » à la place du « pas ». Et juste une ou deux images extraites de la BD en guise d'illustration.

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Ce matin-là, Corinne est arrivée à l'école avec un cocard.

Moi j'ai tout de suite pensé qu'elle faisait de la boxe ou quelque chose du genre, mais Hugo, lui, il veut toujours faire croire qu'il en sait plus que moi.

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D'après lui c'était pô du tout la boxe : c'était son père qui la battait. Il avait vu ça à la télé.

Pôv' Corinne !

Moi, si mon père me mettait un cocard, je téléphonerais à la police ou je le dirais à ma mère ou à la maîtresse.

En tout cas, je me laisserais pô faire comme ça !

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Comme Hugo avait pô d'idée, j'ai pris sur moi de filer un coup de main à Corinne.J'ai trouvé qu'un seul moyen, c'était d'aller lui parler pour lui dire de se défendre.

J'étais assez fier de moi, j'avais trouvé les mots qu'il fallait dire à Corinne :

Elle avait l'air vachement étonné.

Elle m'a dit des trucs qui n'avaient rien à voir, que « attention, j'insultais son père ».

En fait, elle avait pô l'air content du tout.

Quand je pense que c'est à cause d'Hugo que j'en suis là ...

Heureusement que les autres regardent pô la télé ...

Hormis le « pô » que je dicte « pas », je dicte le texte tel qu’il est, sans le « ne » des négations. Mais avant de passer à la phrase suivante, les élèves doivent énoncer la bonne phrase en le rétablissant. Tout cela donne un côté très ludique à la dictée. D’autant plus qu’elle se déroule vraiment sous forme de jeu : tour à tour, chaque élève passe au tableau et écrit la phrase que je dicte, pendant que les autres élèves écrivent sur leur feuille. Quand il a fini sa relecture, il se rassoit, et les autres élèves interviennent, soit pour affirmer telle ou telle faute et proposer leur orthographe (donc en espérant gagner un point s’ils ont raison, mais en risquant d’en perdre un s’ils ont tort), soit pour poser une question correspondant à un doute. Dans ce cas, c’est neutre, sans risque ni espoir de gain. Mais cette question posée peut provoquer des affirmations d’autres élèves. La discussion qui s’ensuit amène souvent la résolution du problème et l’établissement de la bonne écriture. Chacun peut s’aligner sur la proposition d’un autre, ou la réfuter : toujours au risque de perdre ou de gagner un point. Quand je corrige, j’attribue d’abord tout ou partie des cinq points mérités par l’élève au tableau s’il n’a fait aucune faute, perdant un point par faute, puis j’attribue ou retire les points suscités par la discussion. Éventuellement, je mets d’autres points en jeu pour l’élève capable d’expliquer par la règle l’orthographe en question. C’est un travail d’équipe qui conduit à l’amélioration de chacun. Les gosses adorent. Comme c’est le hasard qui alloue la phrase à l’élève, ce n’est pas forcément le meilleur qui gagne. Car les phrases varient, bien sûr, en longueur et en nombre de difficultés.La semaine dernière, pendant que je regardais ailleurs, un gosse a pris le livre que j’avais posé ouvert, retourné, sur la table. Puis il a dit qu’il fallait écrire « pô » ! En plaisantant.

Bien sûr, il faut se gaffer, quand-même. Je ne me souviens plus dans lequel des petits livres Titeuf doit tenir compagnie à la fille d’une amie de sa maman, et jouer à la poupée avec elle. Ken et Barbie. Devinez le gros scandale ? Ça, je peux pas le choisir pour une dictée. Mais il y a d’autres pièges. La semaine dernière j’ai été sauvé par le gong. J’avais ouvert le livre au hasard, pas vu le titre… Juste regardé les phrases. Ça me bottait, ça parlait de BD. Deuxième phrase, je tourne la page, et je percute. J’ai ajouté des considérations grammaticales et orthographiques pour aller jusqu’à la fin de l’heure. C’est bête, tous les élèves sont pas passés au tableau.

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