Consonnes muettes

L’expression est rigolote, si on y pense. Oxymorique : si ça sonne, ça peut pas être sans son ! L’orthographe est, parmi d’autres (économie, politique), un art d’avoir raison tout en ayant tort.

kankre
L’expression est rigolote, si on y pense. Oxymorique : si ça sonne, ça peut pas être sans son ! On répète ça, du style : « le passage au féminin permet d’entendre les consonnes muettes » sans se rendre compte de l’absurdité sous-jacente. Faut dire qu’on est en France, pays maudit au même titre que les pays anglophones, par une orthographe ubuesque. On s’est donc acclimaté à la foutaise. L’orthographe est, parmi d’autres, un art d’avoir raison tout en ayant tort.

Les doubles consonnes sont une autre occurrence du même problème : à part certains mots avec double « r », (« il parcourra la steppe ») on ne gémine pas : « attaque ! » se prononce [atak] et non pas [attak].

Éloge de la paresse
Face à l’incertitude, je prône l’usage de la solution la plus courte. Si vous ne savez pas s’il faut deux « t » ou un seul, n’en mettez qu’un. Si pour le son [o] vous hésitez entre « o », « au » ou « eau », mettez « o ». etc. Vous aurez plus souvent raison que tort.
« Il a fini sa soupe ? », « Tu fini ton travail !». Vous savez pas ? Mettez pas de « s », pas de « t ».
1 faute sur 2 possibles.
« Il a finit sa soupe ? », « Tu finis ton travail !».
1 faute sur 2 possibles.
Vous voyez qu’en choisissant la paresse, on a aussi bon qu’en choisissant l’hypercorrection (défaut consistant à mal parler ou mal écrire en cherchant à bien faire).
En bref, une « moteau » est une faute stupide.
Un « bato » est une fote intelligente, économique en fatigue et en énergie, donc écologique.

Bien sûr, le mieux, c’est d’avoir bon aux deux. Si vous voulez que je vous explique, je fais payer. Adresssez-moi un messsage. Paiement en fonction du temps passé, deux options : discount, juste la correction de votre texte ; premium : la correction, + l’explication des fautes et des règles en question.


Pourquoi sommes-nous gouvernés par des cons ?
D’abord parce que nous en sommes.
Ensuite parce que l’école sélectionne les cons en croyant que l’orthographe est une question d’intelligence : c’est juste une servitude inepte. Paradoxe classique et jacobin : ce sont des esclaves qui gouvernent. (je crois qu’à une certaine époque, en Grèce, on a pris des esclaves pour exercer les corvées du pouvoir.)
Mais ça se lézarde : regardez l’orthographe des « élites » : ce n’est plus ce que c’était.
Il y a eu un glissement « disciplinaire » : ce sont les dogmes économiques, à présent, qu’on fait avaler aux futurs cadres. Pour avoir raison tout en ayant tort, c’est pas dif, y a qu’à être économiste.

Sophistique

Cela me fait penser aux sophistes : ce sont les ancêtres de nos avocats. Ils étudiaient l’art d’avoir raison même quand on a tort, par la tchatche. C’était forcément très lucratif. Ça l’est toujours. On a eu beaucoup d’avocats au pouvoir. Deux présidents qui me viennent à l’esprit, Mitterrand et Sarkosy. Et notre mait’maire, à Conflans. Un paltoquet au centre d’une équipe d’amateurs, ignorant par exemple qu’on ne peut placer deux pharmacies à moins de 50 mètres l’une de l’autre. Hélas, aussi, un faisan faisant fi des gens. Au milieu d’une équipe de faisans faisant fi des gens. Mais servis par une mécanique puissante, bien huilée, fondée sur l’individualisme et donc l’isolement des gens, petites surtout. Fondée aussi sur le non-engagement des citoyens. Des siècles que ça dure, sous les rois, sous les directeurs, sous les empereurs, sous les présidents. Le citoyen qui n’a aucun droit, parce qu’il n’a aucun devoir. Le citoyen bâté et battu, qui s’épuise à glisser un bulletin dans une urne (ou pas), et qui laisse faire. C'est la détention de quelques fausses sciences qui détermine le pouvoir. La civilisation est partie en couille quand les sophistes ont pris le pas sur les philosophes et les savants.

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