L'assemblée du prophète

Dans une église ou une mosquée, des gens se réunissent et prient. J'ai d'abord eu l'idée de mettre dans ce billet deux photos, une église du Christ, une mosquée. Entre Osny et Conflans, tous les jours, je traverse en vélo un bois de chênes qui abrite la mosquée d'Éragny sur Oise. J'en ai trouvé une photo avec des vitraux, comme dans mes églises. Y aura donc qu'une photo !

Moi, je ne prie pas, car je n'y crois pas. Mais je sais que c'est précieux pour ceux qui le pratiquent.

mosquee-eragny

La nouvelle ville martyre s’appelle Christchurch. L’église du Christ ? Church, en anglais, c’est le bâtiment dans lequel les fidèles s’assemblent. Je ne sais pas si ça veut dire aussi « assemblée ». En latin, ecclesia est aussi bien l’assemblée que le temple. J’ignore, en araméen, puis en grec, si le mot a déjà le double sens. C’est tout à fait possible, puisque l’on passe de l’un à l’autre par métonymie.
Enfin bref. C’est pas ça l’important. Aujourd’hui, je veux juste comparer deux types de dingues, ainsi que leur affiliation.

Ce matin, quand j’ai entendu qu’une mosquée (assemblée) avait été prise pour cible, j’ai cru à un attentat islamiste. C’est le plus souvent le cas. Quand on massacre son prochain, que ce soit au XVI° siècle en Europe, ou au XXI° de par le monde, on fait avec ce qu’on a sous la main, c’est-à-dire avec les voisins. Et au fond, la haine, c’est surtout envers les gens qu’on a autour de soi, logique. L’amour aussi d’ailleurs. Enfin, on n’a pas de sentiments envers les gens qu’on ne connaît pas. Le World Trade Center, Charlie, c’est un peu des exceptions : on est venu d’ailleurs pour tuer. Le 24 août 1572 à Paris, on traversait juste le palier. Ou la rue. Au Pakistan, en Afghanistan, on traverse peut-être un district.

En tout cas, la furie se propage bien. Paradoxal : les nazillons du jour s’inspirent des Arabes ! Cette propagation est déjà dans la Bible, avec la loi du talion. J’espère que les Hébreux l’appliquaient justement : je n’ose imaginer qu’un éborgné ne s’en fut pris à une autre personne que celle qui l’avait éborgné, appliquant la vengeance à n’importe qui. De nos jours, c’est ce qui se passe : je veux venger les Palestiniens persécutés et assassinés, alors je persécute et j’assassine n’importe-qui. En fait, ça a toujours été un peu ça, la vengeance : la victime devient bourreau, pas nécessairement de son bourreau à elle. Et puis, faut dire que c'est moins dangereux de s'en prendre à des innocents, plutôt qu'aux vrais coupables.

Malgré tout, je vois une certaine logique dans les exactions islamistes. Leurs cibles, c’est l’Occident qu’ils jugent diabolique, corrompu, dépravé, impérialiste, et les Musulmans qui se font ses complices. Et surtout, le meurtre est un des concepts positifs de leur religion. Il est appliqué à qui ne veut pas embrasser l’Islam, comme le montre cet extrait de la Sira (la biographie du prophète Muhammad) :

Les ennemis juifs

Ibn Ishâq dit : Alors les rabbins juifs se remplissaient d'animosité contre l'Envoyé d'Allâh, animés qu'ils étaient par l'iniquité, l'envie et la rancune parce que Dieu a réservé aux Arabes le choix de son Prophète de parmi eux. S'y ajoutèrent des hommes parmi les 'Aws et les Khazraj qui restaient fidèles à leur religion anté-islamique : c'étaient des hypocrites qui en fait restaient fidèles à la religion de leurs ancêtres, à savoir : le polythéisme et la négation de la résurrection ; mais ils furent vaincus par la manifestation de l’Islam et la conversion à l'Islam de leur peuple. Alors en public ils se montraient comme musulmans, se protégeant par-là du meurtre, mais en secret ils n'étaient pas musulmans, et se penchaient vers les juifs, parce que ceux-ci accusaient l'Envoyé d'Allâh de mensonge et avaient refusé l'Islam. Les rabbins juifs se mettaient à poser des questions à l'Envoyé d'Allâh, cherchaient à l'embarrasser, et à l'induire en confusion, afin de camoufler le vrai par l'erreur. Du Coran fut descendu pour répondre à leurs questions, mais quelque questions au sujet du licite et de l'illicite étaient posées par les musulmans eux-mêmes.

Donc, le meurtre des mécréants, des infidèles, est un concept de l’Islam tel qu’il se révèle dans le Coran, et dans la Sira. Les assassins musulmans sont fidèles à leur religion. Bon, d’accord, ce que je dis est un peu gros : primo, les fidèles réunis ce matin dans cette mosquée ne sont pas des terroristes, ni des islamistes. Secundo, l’Islam a évolué, et un Musulman moderne ne cherche certainement pas à tuer qui ne partage pas sa foi.

Par contre, chez des nazillons, qui ont leurs racines dans le christianisme, qu’il soit protestant ou catholique, le meurtre est un blasphème. La Sira chrétienne, c’est-à-dire les Évangiles, mettent en scène un prophète bien différent de celui qui naîtra quelques siècles plus tard. Au lieu d’inciter au meurtre, Jésus incite à la paix, à la non-vengeance, à la non-violence. Les assassins chrétiens sont donc hérétiques ! En désaccord avec leur prophète ! Bon, d’accord, ce que je dis est un peu gros : primo, les nazillons ne sont peut-être pas chrétiens ; crétins, certes, mais pas chrétiens. Secundo, dans l’histoire, les assassins chrétiens sont légions, et en général, ils sont du bon côté de l’hérésie, du côté de la question, du côté du bûcher, de l’incendie, du massacre, de l’ethnocide.

D’ailleurs, ce massacre a eu lieu en Nouvelle Zélande, territoire conquis au détriment du peuple Maori. Et c’est au nom d’une idéologie de rejet des immigrants que les assassins se sont déchainés. Alors que les Maoris sont les légitimes propriétaires du pays, et que ce sont eux qui ont été remplacés par l’invasion blanche ! Absurdité et cynisme culminent.

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