Éloge de la vieillesse

Les exploits de papier : Emmanuel Macron a fûmé tout le monde politique et a conquis le pouvoir à 39 ans. Laurent Brosse, LR, s’est emparé de la mairie de Conflans Sainte Honorine, à gauche depuis Rocard, à 28 ans. Sagan, écrivain, connaît le succès à 18 ans avec Bonjour tristesse. Puis elle s’abime dans la vitesse, dans la drogue et l’alcool.

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J’aurais peut-être pas écrit cet article « au temps de ma jeunesse folle » ! C’est un peu à cause des avatars de la démocratie française, qu’elle soit locale ou nationale. Je devrais pas non-plus, ainsi zapper Donald le Connard, 27 ans à verlan. Et généraliser hâtivement (pléonasme) ; tous les jeunes, c’est clair, ne sont pas arrogants, incapables et sots. Et tous les vieux ne sont pas sages. M’enfin ! Comme dit Nietzsche,  « je n’attaque que ce qui est victorieux ». Attaquer le gâtisme ! enfoncer des portes ouvertes. Alors, attaquons le jeunisme. Il n’y a guère que dans notre société de consommation que les vieux périclitent, qu’on ne les garde pas chez soi, qu’on ne les écoute pas. Ailleurs, ils sont la mémoire, l’expérience et la sagesse. « Un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle ». Peut-être d’ailleurs cela a-t-il à voir avec notre système totalitaire* et infantilisant : l’autodafé et le bûcher sont des outils de la tyrannie. Faire taire les vieux, c’est cacher une vérité.
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Voici un court conte sénégalais, une des merveilleuses histoires qui ont bercé mon enfance, merci maman de m'avoir offert ce livre
quand j'étais enfant.

La peau de la génisse

 Il y avait autrefois dans la région de Podor un village très riche, peuplé par les plus nobles familles du fleuve Sénégal. Comme ils vivaient dans l’aisance, les jeunes gens de ce village étaient très émancipés et même vaniteux. Ils ne voulaient plus écouter les conseils de sagesse des Anciens, se moquant de leurs habitudes. Les jeunes ne respectaient plus les coutumes les plus sacrées. Un jour, le fils d’un grand seigneur, qui était le chef des adolescents et leur âme damnée, les décida tous à quitter le village pour aller, à quelques lieues de là, vivre à leur guise, sans souci des radotages des Anciens. La population, émue, alla trouver le vieux chef et proposa de ramener les adolescents à la raison par quelque bonne volée de bois dur.

— Laissez, dit le vieux chef, c’est l’expérience qui instruit. Qu’ils aillent où il leur plaît d’aller.

Voilà donc nos adolescents libres d’en faire à leur guise. Ils ont emporté vivres et vêtements pour subsister et commencent une vie de loisirs qui les comble d’aise. Or un jour, le jeune homme qui était leur chef vit une génisse dont le pelage était particulièrement beau :

— Mes amis, dit-il, voilà le costume que je voudrais ! Celui que porte cette génisse.

Ce désir fut satisfait sur-le-champ. On dépeça la pauvre bête et on appliqua sur le jeune homme la peau encore fumante. Ce déguisement fantaisiste eut un tel succès, que le pauvre vaniteux ne le quitta plus, tant que dura la fête, c’est-à-dire deux jours et deux nuits. Au matin du troisième jour il dit à ses amis :

— Ôtez-moi cette peau et redonnez-moi mes vêtements de cérémonie.

Mais ôter la peau était un problème. Elle avait séché, rétréci, et collait si bien au malheureux que tous les efforts pour l’arracher demeurèrent vains. Le jeune homme poussait des hurlements de douleur à chaque tentative. D’heure en heure la peau l’enserrait, l’étouffait au point qu’il en perdait le souffle ; et surtout, son humiliation était des plus grandes. Le soir, n’y tenant plus, gémissant et misérable, il dit à ses amis :

— Ramenez-moi au village de mon père.

Il arriva dans ce triste équipage, suivi de ses amis consternés. Les Anciens étaient réunis sur la place, et le père du jeune homme fit venir son fils devant lui :

— Père, dit-il, je vous en supplie, délivrez-moi de cette horrible peau dont je ne puis me défaire.

— Comment ! dit le père, toi qui sais tout et te moques du radotage des Anciens, tu ne peux résoudre un problème aussi simple ? Mais n’importe quel homme du village te donnera la solution.

Pour mieux humilier son fils, le père appelle un misérable cordonnier, homme de caste, et le plus méprisé du village :

— Dis à mon fils et à ses amis comment se défaire de cette peau.

— Qu’il aille se jeter dans le fleuve, répondit le cordonnier.

Ainsi fut fait. Au contact de l’eau, la peau reprit sa souplesse et ses dimensions primitives et quitta d’elle-même le corps qu’elle emprisonnait. Le jeune homme devint alors le meilleur des fils et depuis, au Sénégal, on respecte toujours les Anciens.

 

*Oui ! J’en reparlerai.

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