L’an 020 : on efface tout le monde et on recommence

Le plan anti-pauvreté de la mairie de Conflans Sainte Honorine. Les Shadocks sont de retour : pour éliminer les fauteurs de trouble, on n’a qu’à éliminer tout le monde.

 

La mécanique

On casse les maisons des gens, on les expédie ailleurs (ci-possible une autre commune).

Comme les gens, dont beaucoup sont d’origine étrangère, ne maîtrisent pas forcément la langue française, ni les arcanes juridiques et administratifs,

comme ils seront naturellement réticents à s’exprimer, encore plus à s’opposer, craignant une sanction sur le plan de leur relogement,

comme une frange de l’électorat (RN, LR côté Wauquiez, Dupond-Dupont-Aignan) est en phase avec le simplisme et la radicalité du projet,

dupont-dupond-virage-dangereux

comme les commerçants, à qui on propose des locaux neufs et un quartier plus huppé, peut-être plus peuplé, sont forcément d’accord,

comme les gens susceptibles de s’indigner ne s’engageront pas spontanément,

le crime contre la dignité s’accomplira sans anicroche.

Le grain de sable

C’est un commerçant qui est un faux commerçant ! Décroissant et non pas vénal ! Professeur et non pas épicier ! Qui a foi en l’amélioration des choses, qui, auprès des sots, passe pour un fou depuis sa venue dans le quartier, parce que pour défendre la dignité de son environnement, il cherche à faire comprendre certaines choses, à éduquer en quelque sorte : ne pas laisser tourner son moteur inutilement, ce qui pollue et nuit à la santé ; ne pas rester devant sa vitrine à fumer et même vendre des stupéfiants, ce qui nuit à l’éducation et à l’image de marque ; ne pas cracher par terre, pisser contre le rideau métallique, jeter ses ordures, etc. Alors, quand il entend que cette équipe de Gribouilles va tout démolir pour remédier, sans qu’il n’ait jamais reçu aucun soutien de ladite équipe, et qu’en plus il apprend cela par la rumeur publique, le papillon part en guerre. 

Credo

 Je crois que la sottise n’est pas fatale. Que la lâcheté n’est pas la règle. Qu’il faut vivre dangereusement. Que s’exposer quand il est temps, c’est ne plus avoir à le faire quand ce sera trop tard : je ne sais pas si j’aurais cette attitude à Aulnay sous Bois ou dans les quartiers nord de Marseille. Mais ici, à Conflans, à Paul Brard, je n’ai pas perdu tout amour ni tout respect ni tout espoir pour ces pauvres sots grâce auxquels on en est là.

Je crois que le battement d’aile d’un papillon peut faire battre d'autres ailes de papillon. Nous sommes des sortes de singes. Très mimétiques. C’est parce qu’il y a des ordures partout que nous en jetons d’autres. C’est parce qu’il y a de la pollution que nous polluons. Il y va presque de notre honneur : si lui le fait, pourquoi pas moi ? Mais c'est idiot : c’est exactement à l’envers qu’il faut dire : si notre planète, notre ville, sont sales, c’est parce que nous les salissons. Et c'est le mimétisme qui peut nous sauver : on peut imiter aussi les bons exemples. C'est parce qu'il y a eu des gens comme Luther King, ou Gandhi, ou Jésus, pour ne citer que les plus célèbres, qu'on peut espérer. Le Mal est contagieux, certes. Mais le Bien aussi. Et si on ne devient pas célèbre, on peut même espérer ne pas être assassiné.

Je crois qu’un professeur qui punit toute la classe pour un méfait dont il ne parvient pas à identifier le coupable, est un sot, doublé d’un sale type. La plupart des erreurs judiciaires sont le même fait de préférer punir l’innocent plutôt que de ne pas punir.

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.