Rabelais, Voltaire, Joanne Kathleen Rowling.

Politique, philosophie, psychologie enseignées aux enfants de 7 à 777 ans. Amuser en instruisant. Instruire en amusant.

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Les écrits savants et le métier de médecin de François Rabelais se vendant peu, il voulut se faire un peu de thune, en continuant Les Grandes Chroniques du grand et énorme géant Gargantua, colportées un peu partout, très prisées du bon peuple gaulois, et qui se vendait comme des petits pains. Ce fut Pantagruel, le fils, et il finit par revenir sur Gargantua. Comme ces gauloiseries n’auraient rien valu à sa réputation de savant, il publia sous le pseudonyme d’Alcofribas Nasier. (anagramme)
Rabelais se lance donc dans la farce, dans la gaudriole, dans le fantastique, dans le monde des géants. Mais il ne peut s’empêcher de coller dans ses histoires de turlurons des idées qui le turlupinent. Beaucoup, sur l’éducation. La vie très horrificque du grand Gargantua aurait bien pu avoir pour titre Gargantua à l’école des géants. C’est le début d’une mise en abime qui ne va jamais cesser : des histoires d’écoliers utiles aux écoliers.

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Dans les contes de Voltaire, c’est surtout Candide qui représente cette philosophie initiatique. Et là encore, une forme d’humour, de burlesque, d’ironie, permet de s’instruire en s’amusant. Fable, apologue, utopie, satire. Il disait que si vous vouliez que les chambrières ne fassent pas des cocottes en papier de vos écrits, vous deviez y mettre du salé ! Si Voltaire, lui aussi, utilise un pseudonyme, c’est parce qu’il ne respecte pas son père, Arouet, notaire (il pensait même n’être pas son fils). Parmi les explications possible du pseudo choisi par François-Marie Arouet, j’ai retenu celle-ci : Arouet L. J. (le jeune — V et U sont lettre identique en latin, ainsi que I et J —).

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Mais il fallait mettre à jour le logiciel. Parce que Rabelais et Voltaire, pour nos moujingues, ça se fait tard. Depuis vingt ans, il n’est pas complètement infréquent de voir des loustic.ques de 8 ans plongé.es dans un bouquin de 1000 pages ! (le plus long de la série est le numéro 5, Harry Potter et l’ordre du Phénix). C’est parce qu’elle veut tenter d’écrire sans pression sur ses épaules d'auteure des jours d'Harry Potter qu’elle va adopter ensuite un pseudonyme, Robert Galbraith. Mais pour nous, elle est et reste Joanne Rowling.

Ah ! La petite mort du lecteur ! Keskonvalir quand on referme le dernier tome ? J’ai pas encore fait l’expérience de reboucler sur le tome 1 tout de suite après avoir fini le tome 7 ! En général, j’attends un an ou deux. Aujourd’hui, je viens de reterminer le tome 4, Harry Potter et la coupe de feu.

L’extrait que je propose est un cours sur notre monde, sa politique, sa géopolitique, sa presse, ses fortunes et infortunes.

Harry vient de revenir à Poudlard avec le corps de son ami Cedric assassiné par Voldemort. Il raconte ce qui s’est passé entre leur soudaine disparition, due au trophée truqué par le traître Barty Croupton au service de Voldemort, et leur retour. Voldemort a retrouvé une existence charnelle minimale grâce au sang de Harry, et a appelé ses derniers fidèles. Il a voulu le mettre à mort devant eux en combat singulier, et il lui a redonné sa baguette. Harry a résisté et a pu revenir.

Mais Voldemort, le Seigneur des Ténèbres, qui a terrorisé le monde une quinzaine d’années plus tôt, est de retour.

À Poudlard, on démasque l’esclave de Voldemort qui avait pris l’apparence d'un professeur. Barty Croupton est le fils du directeur du service de la coopération magique internationale.  Il a été accusé d’être un partisan de Voldemort, ce qui a freiné la carrière de son père, qui l'avait pourtant condamné lui-même à Azkaban, la prison gardée par les Détraqueurs, épouvantables créatures néanmoins utilisées par la société sorcière. Où il a passé de longues années.  Il s’est évadé, a tué son père, et a passé toute l’année scolaire à Poudlard comme professeur ! Le ministre de la magie, (chef de l’exécutif), Cornélius Fudge, qui a bénéficié de la disgrâce des Croupton, n’a rien trouvé de mieux, pendant que Dumbledore et ses professeurs recevaient le témoignage de Harry, de faire donner le baiser d’un détraqueur au fils Croupton : pire que la mort ; extraction de l’âme. Ce n’est pas que Fudge est lui aussi à la botte de Voldemort. C’est juste pour cacher la merde au chat. Fudge nous fait un beau déni. En tout cas, comme l’a fait remarquer Dumbledore, Croupton ne pourra plus témoigner.

Cornélius Fudge a rejoint les amis de Harry qui le veillent près de son lit, à l’infirmerie. Les « histoires à dormir debout » dont va parler Fudge sont les fake news de la journaliste Rita Skeeter. Les familles de « sang pur » sont celles où ne figure aucun Moldu. (Hermione est de parents moldus, les grands-parents maternels de Harry étaient Moldus, sa tante Pétunia Dursley est Moldue).

 

 — Écoutez ! J'ai vu Voldemort revenir ! s'écria Harry.
Il essaya de sortir de son lit mais Mrs Weasley le força à se rallonger.
— J’ai vu les Mangemorts ! Je peux même vous donner leurs noms ! Lucius Malefoy…
Rogue fit un brusque mouvement mais, lorsque Harry le regarda, il tourna à nouveau les yeux vers Fudge.
— Malefoy a été innocenté ! protesta Fudge, visiblement offensé. C'est une très vieille famille… Ils ont fait de nombreux dons pour soutenir d'excellentes causes…
— Macnair ! poursuivit Harry.
— Lui aussi a été innocenté ! Il travaille pour le ministère, maintenant !
— Avery, Nott, Crabbe, Goyle…
— Tu ne fais que répéter les noms de ceux qui ont été acquittés il y a treize ans ! s'exclama Fudge avec colère. Tu aurais pu trouver ces noms-là dans d'anciens comptes rendus des procès ! Pour l'amour du ciel, Dumbledore, ce garçon a déjà raconté des tas d'histoires à dormir debout l'année dernière. Ses affabulations sont de plus en plus invraisemblables et vous persistez à les avaler. Allons, Dumbledore, comment pouvez-vous encore croire ce qu'il dit ?
— Espèce d'idiot ! s'écria le professeur McGonagall. Cedric Diggory ! Mr Croupton ! Ces assassinats ne sont pas l'œuvre d'un simple fou qui frappe au hasard !
— Je n'en vois aucune preuve ! répliqua Fudge, le visage violacé de fureur. J'ai l'impression que vous êtes tous décidés à provoquer un mouvement de panique qui va déstabiliser tout ce que nous avons construit au cours de ces treize dernières années !
Harry n'arrivait pas à croire ce qu'il entendait. Il avait toujours considéré Fudge comme un personnage bienveillant, un peu hâbleur, un peu grandiloquent, mais une bonne nature pour l'essentiel. A présent, ce n'était plus qu'un petit sorcier fulminant qui refusait tout net l'idée de voir son monde confortable et bien ordonné subir la moindre perturbation. Il refusait de croire au retour de Voldemort.
— Voldemort est revenu, répéta Dumbledore. Si vous acceptez ce fait tel qu'il est et si vous prenez les mesures nécessaires, nous avons encore une chance de sauver la situation. La première décision, la plus importante, devrait être de retirer aux Détraqueurs le contrôle de la prison d'Azkaban…
— Ridicule ! s'écria Fudge. Enlever les Détraqueurs ! Je serais démis de mes fonctions si je faisais une telle proposition ! La plupart d'entre nous n'arrivons à bien dormir que parce que nous savons que les Détraqueurs montent la garde à Azkaban !
— Et nous, Cornelius, nous dormons beaucoup moins bien en sachant que vous avez confié la surveillance des plus dangereux partisans de Lord Voldemort à des créatures qui se rangeront à ses côtés dès qu'il le leur demandera ! répliqua Dumbledore. Elles ne vous resteront pas fidèles, Fudge ! Voldemort peut leur offrir beaucoup plus de possibilités que vous d'exercer leurs pouvoirs et de satisfaire leurs désirs ! Lorsque les Détraqueurs et ses anciens partisans l'auront rejoint, vous aurez bien du mal à l'empêcher de retrouver la puissance qui était la sienne il y a treize ans !
Fudge ouvrait et fermait la bouche comme si aucune parole ne pouvait répondre à pareil outrage.
— La deuxième mesure que vous devriez prendre, et tout de suite, poursuivit Dumbledore, ce serait d'envoyer des émissaires aux géants.
— Des émissaires aux géants ? s'écria Fudge qui avait soudain retrouvé sa langue. Qu'est-ce que c'est que cette folie ?
— Tendez-leur la main de l'amitié dès maintenant avant qu'il ne soit trop tard, dit Dumbledore, ou alors ce sera Voldemort qui saura les convaincre, comme il l'a déjà fait auparavant, que lui seul est en mesure de leur rendre leurs droits et leur liberté !
— Vous… vous ne parlez pas sérieusement ! balbutia Fudge en reculant encore d'un pas. Si la communauté des sorciers apprenait que j'ai approché les géants… Tout le monde les déteste, Dumbledore… Ce serait la fin de ma carrière…
— Vous êtes aveuglé par l'amour de votre fonction, Cornelius ! lança Dumbledore, le regard flamboyant.
Il avait haussé la voix et l'aura de puissance qui émanait de lui devenait si intense qu'elle était presque palpable.
— Vous accordez beaucoup trop d'importance, comme vous l'avez toujours fait, à la prétendue pureté du sang ! Vous refusez de reconnaître que ce qui compte, ce n'est pas la naissance, mais ce que l'on devient ! Votre Détraqueur a supprimé le dernier membre d'une des plus anciennes familles de sang pur et voyez ce que cet homme avait choisi de faire de sa vie ! Je vous le dis maintenant : prenez les mesures que je vous ai suggérées et vous laisserez le souvenir, dans votre administration et ailleurs, de l'un des plus courageux et des plus grands ministres de la Magie qu'on ait jamais connus. Renoncez à agir et l'histoire se souviendra de vous comme de l'homme dont la faiblesse aura donné à Lord Voldemort une deuxième chance de détruire le monde que nous avons essayé de reconstruire !
— Complètement fou, murmura Fudge en reculant encore d'un pas. De la démence…
Il y eut alors un grand silence. Madame Pomfresh était figée au pied du lit, les mains sur la bouche. Mrs Weasley, toujours penchée sur Harry, le tenait par les épaules pour l'empêcher de se lever. Bill, Ron et Hermione regardaient fixement Fudge.
— Si votre obstination à fermer les yeux vous mène aussi loin, Cornelius, reprit Dumbledore, nous avons atteint la croisée des chemins. Vous agirez comme vous le jugerez bon. Et moi aussi, j'agirai comme je le jugerai bon.
La voix de Dumbledore n'avait rien de menaçant. Elle donnait l'impression d'une simple constatation, mais Fudge se raidit comme s'il l'avait menacé de sa baguette magique.
— Maintenant, écoutez-moi bien, Dumbledore, dit-il en agitant un index accusateur. Je vous ai laissé la bride sur le cou. Toujours. J'avais beaucoup de respect pour vous. Parfois, je n'étais pas d'accord avec certaines de vos décisions, mais je ne disais rien. Il n'y en a pas beaucoup qui vous auraient permis d'engager un loup-garou comme professeur ou de garder Hagrid, ou encore de fixer le programme scolaire sans en référer au ministère. Mais si vous vous opposez à moi…
— Le seul auquel j'ai l'intention de m'opposer, l'interrompit Dumbledore, c'est Lord Voldemort. Si vous êtes contre lui, Cornelius, nous resterons du même côté.
Apparemment, Fudge ne savait pas quoi répondre. Il oscilla d'avant en arrière sur ses petits pieds en faisant tourner son chapeau melon entre ses mains.
— Il ne peut pas être de retour, Dumbledore, dit-il enfin, d'un ton qui avait quelque chose de suppliant, c'est impossible…
Rogue s'avança alors vers lui en passant devant Dumbledore. Il releva la manche de sa robe et mit son bras sous le nez de Fudge qui tressaillit.
— Voilà, dit Rogue d'un ton brusque. Vous voyez : la Marque des Ténèbres. Et encore, elle n'est pas aussi nette. Il y a une heure, elle était devenue noire. Mais vous pouvez quand même la voir. Lord Voldemort a gravé cette marque par le feu dans le bras de chaque Mangemort. C'était un signe de reconnaissance et un moyen de nous faire venir auprès de lui. Lorsqu'il touchait la Marque d'un Mangemort, nous transplanions immédiatement à ses côtés. Cette Marque que vous voyez là est devenue de plus en plus visible au cours de l'année. Celle de Karkaroff également. Pourquoi pensez-vous que Karkaroff a pris la fuite, cette nuit ? Tous les deux, nous avons senti la Marque nous brûler, et tous les deux, nous savions qu'il était de retour. Karkaroff redoute la vengeance du Seigneur des Ténèbres. Il a trahi trop de ses camarades Mangemorts pour être bien accueilli s'il revenait au bercail.
Fudge recula devant Rogue comme il avait reculé devant Dumbledore. Hochant la tête, il ne semblait pas avoir assimilé le moindre mot de ce que Rogue venait de lui dire. Il se contentait de regarder avec dégoût l'horrible Marque sur son bras. Enfin, il se tourna à nouveau vers Dumbledore et murmura :
— Je ne sais pas à quoi vous jouez, vous et vos collègues, Dumbledore, mais j'en ai entendu assez. Je n'ai rien d'autre à ajouter. Je vous recontacterai demain pour parler un peu de la façon dont cette école doit être dirigée. Pour l'instant, je dois retourner au ministère.

 

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