Nous sommes au bord du précipice. Nous allons donc faire un grand pas en avant.

Ce matin, j’ai bien rigolé. Le député LREM Olivier Véran chez Marc Fauvelle sur France Info : « faire une conférence sociale ça veut dire tout stopper pour prendre le temps de réfléchir. Or je pense que nous n’avons pas le temps de réfléchir. »

Moi qui arrête pas de répéter aux enfants : réfléchir avant d’agir ! Qui me mets la cervelle en pas de vis pour les en convaincre. En utilisant des ruses de sioux. Exemple : tu dois multiplier 344 par 7 / 8. Sans calculette, bien sûr. Si tu cherches à réduire avant de multiplier, ça donne ça : 344 x 7 / 8 = 43 X 8 x 7 / 8 = 43 x 7 = 301. il a fallu diviser 344 trois fois par deux.
Si tu réfléchis pas, ça donne ça : 344 x 7 / 8 = 2408 / 8 ; et peut-être que tu t’arrêtes là ! Que t’auras pas tous les points ! parce que la fraction est pas réduite ! et que même si tu y penses, à réduire, il te faut faire trois divisions plus difficiles.
J’utilise la métaphore de la pizza : « L’école, c’est le contraire de la pizza. Ceux qui aiment la pizza, ils prennent du rab. Ceux qu’aiment pas la pizza, ils prennent pas de rab. L’école, c’est le contraire. » Et les maths, c’est comme l’école en général. Ou plutôt, l’école, c’est comme les maths.


Pour convaincre les enfants des catastrophes que peut causer le manque de réflexion, je leur montre même cet épisode de mes travaux :

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Si vous arrivez à comprendre tout le travail que j’ai dû me taper à cause de ma sottise, vous avez droit à un coup de beaujolais.

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Alors voilà maintenant ce blanc-bec qui assène, sans honte, ce « On n’a pas le temps de réfléchir ! » Quand je pense que c’est un adepte de la pensée complexe ! Comment peut-on être à ce point si peu perçant ?


Je me suis bien fatigué à transcrire ça sur le site de France Info. Grosse galère. Le site est pas du tout prévu pour ça. La prochaine fois, je crois que je vais essayer d’enregistrer le son, je sais pas comment on fait, mais ça doit être possible. Il faut que j’y réfléchisse. Avant d’agir.

Il y a d'abord  un reportage sur l'anniversaire, avec micro-trottoir. Puis cet entretien :

— On est à un peu plus de deux semaines maintenant de ces manifestations du 5 décembre, on assiste à une multiplication des revendications des gilets jaunes, l’hôpital les étudiants les cheminots ; est-ce que c’est le scénario noir qui est en train de se dessiner pour vous ?

— Moi je ne crois pas à la convergence en tout cas pas à cette convergence-là. J’écoutais le heu la les gilets jaunes, là, dans votre reportage, qui disaient « nous sommes en lutte pour changer le système qui est trop inégal. » heu la réforme les manifestations du 5 décembre elles visent avant tout la réforme des retraites or cette réforme des retraites elle vise justement à changer un système qui est trop inégal,(voix qui se marre) à passer de quarante et quelques systèmes de retraite à un seul, à avoir un système par point pour qu’il soit justement plus équitable entre les Français vous savez heu y a une grande différence aujourd’hui entre une auxiliaire de vie scolaire ou une aide-soignante à l’hôpital et quelqu’un qui va bénéficier d’un régime spécial des retraites c’est que l’auxiliaire de vie ou l’aide-soignante va partir plus tard à la retraite avec une retraite plus faible et avec un niveau de salaire qui n’est pas celui aujourd’hui qu’on peut trouver dans certaines professions que nous allons heu réformer. Donc je ne crois pas que la convergence sur le fond s’entende et puis la convergence sur la forme ; moi je n’ai jamais peur d’un mouvement social, parce que c’est fondamentalement démocratique en revanche ce que je redoute ce sont les violences urbaines ce sont les actes de guérilla comme ceux auxquels on a pu assister encore ce samedi en plein Paris c’est la violence qui elle cette violence n’est jamais vraiment sociale mais toujours radicale donc qu’il y ait des mouvements sociaux qu’il y ait une contestation etc. c’est dans le fonctionnement de notre pays c’est pas nouveau et c’est pas la dernière manifestation et c’est pas la première par contre attention à la convergence des violences qui n’est pas celle des gilets jaunes qui veulent manifester pour le pouvoir d’achat mais qui accompagnent systématiquement ces mouvements on l’a encore vu ce samedi dernier.

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— Olivier Véran des élus du centre vous demandent désormais d’organiser au plus vite une grande conférence sociale avant le 5 décembre prochain pour notamment augmenter les salaires en France est-ce que vous y êtes favorable ?
— Alors à titre personnel plutôt non. Parce que ce n’est pas le choix de la méthode heu que je ferais heu pourquoi parce que lorsque vous dites faire une conférence sociale ça veut dire tout stopper pour prendre le temps de réfléchir. Or je pense que nous n’avons pas le temps de réfléchir. D’abord parce que la conférence sociale cette grande conférence sociale nous l’avons menée et la menons toujours c’est le grand débat national qui se passe dans tous les territoires auprès des Français et qui continue d’ailleurs aujourd’hui sur la question des retraites et qui mobilise jusqu’au président de la république …
— et qui s’éternise un peu.
— … et au premier ministre c’est une conférence sociale qui est directement en contact avec les citoyens. C’est une méthode assez nouvelle certes mais qui a plutôt très bien fonctionné en termes de mobilisation. Bah elle s’éternise mais elle ne retarde pas les réformes. Une grande conférence sociale ça veut dire on arrête de réformer le pays mais on n’a pas le temps regardez la question du pouvoir d’achat nous sommes en train de voter de façon définitive le budget qui va rendre 10 milliards d’euro de pouvoir d’achat aux Français en baissant les impôts sur le revenu de 5 milliards d’euros par exemple.
— MM.
— C’est le budget de la sécu qui va renouveler et amplifier la prime exceptionnelle cette prime qui a permis a des millions de salariés en 2019 de…
— Ce qu’on avait appelé la prime Macron…

Voilà. J’ai arrêté là.

Je vous mets quand-même le lien du sujet. Comme ça vous aurez vraiment tous les heu, que je ne suis pas sûr d'avoir fidèlement transcrits. Et puis vous aurez aussi tous les avalages de salives, nécessaire aux avalements de couleuvres. De l’avoir transcrit permet aussi d’analyser une savoureuse langue de bois, articulée entre cette grande conférence que demandent les centristes, et le déjà fameux grand débat. Comme je suis un peu feignant, et que j’ai déjà mon taf, on peut à plusieurs faire une analyse participative des contradictions, et surtout des conclusions à tirer : en gros, d'après moi, dans l' « esprit » d'Olivier Véran, réfléchir et écouter, c’est perdre son temps. Légiférer et parler, voilà ce qu’il faut faire.

C’est à 7 h11, « Gilets jaunes : nouvelles violences un an après le début du mouvement. (notez que ce titre ne reflète pas la vraie teneur du sujet.)

Cliquer d'abord sur 7/9 Marc Fauvelle.

7 minutes à 7 heures 11

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