Le renard et le scooter

Voici le premier des Contes de la bécane, nouvelles structurréalistes, par Guide Malpassant.

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Le renard et le scooter

Un renard poursuivi par les gendarmes a déboulé dans la rue Minant et il court depuis une heure à fond et il est très très très fatigué et il en a carrément plein le dos de courir comme ça comme un fou comme un dératé.

Il décide de s’arrêter, quelques instants, pour se reposer, caché derrière un camion, de pompiers, garé sur le trottoir. 

“Ah là là là là là là là là là ! Qu’est-ce que j’en ai marre ! Qu’est-ce que je suis fatigué !” pense-t-il, accroupi, en regardant par dessous le camion, si les gendarmes arrivent ou pas. Pour l’instant, ils ne sont pas en vue. 

Après avoir repris son souffle, il commence à regarder à côté de lui. À droite, il y a un bar-tabac-restaurant-PMU, avec des mobylettes, des motos, des scooters et des vélos attachés devant. 

“ Si je pouvais piquer un scooter ! Je pourrais partir à toute vitesse et échapper aux gendarmes, sans avoir le coeur qui bat comme un dingue ! ”

Mais tous les deux-roues sont solidement attachés, avec des grosses chaînes en fer, à des lampadaires. Renard tire une drôle de babine en voyant ça.

Tout-à-coup, une pétarade se fait entendre. Un nouveau scooter arrive, ralentit, monte sur le trottoir et vient se ranger à côté des autres engins. Renard n’hésite pas une seconde : il se précipite vers le nouvel arrivant, et se présente : “ Bonjour, je suis un renard employé par le patron du PMU-restaurant-tabac-bar, pour que les scooters puissent être accrochés après moi.”

Il tend la jambe vers le scooteriste, qui le regarde, très étonné. 

— Accroche ta chaîne après ma patte, après je la repose par terre, et personne ne peut plus emmener le scooter !

L’autre est complètement baba : 

— Mais je n’ai jamais entendu parler de ça ! J’ai jamais vu quelqu’un attacher son scooter après un renard !

 — Oui, mais as-tu déjà entendu dire qu’on ait volé un scooter attaché après un renard ? lui répond le renard avec un petit sourire fin.

— C’est vrai, j’ai jamais entendu dire ça ! avoue la pauvre andouille.

— Parce que c’est impossible de voler un scooter attaché après un renard. Tu peux me croire.

Alors l’autre n’hésite plus, convaincu par le raisonnement du renard. Il accroche sa chaîne à la patte du renard, et entre dans l’établissement pour rejoindre ses amis, avec qui il va jouer aux fléchettes.

Le renard lève la patte, relève la chaîne et la coince dans le guidon, puis appuie sur le démarreur et vroum, vroum, se barre à toute vitesse. Il était temps : les gendarmes arrivaient pile juste après !

— Pauvre tranche de cake, rigole-t-il en pensant au propriétaire du scooter. Pour la première fois, on vient de voler un scooter attaché après un renard. Même que c’est le renard le voleur ! Gnak, gnak, gnak, gnak, gnak ! ( Il a un drôle de rire à cause de la forme de son museau. )

En ressortant, le malheureux scooteriste se met à crier comme un âne, puis il va chez les gendarmes, pour déclarer le vol et dénoncer le renard. Mais comme les gendarmes sont déjà en train de courir après le renard ( pour avoir volé une poule qui lui était attachée ), il n’y a personne à la gendarmerie, et il l’a dans le baba.

La suite de cette histoire, L'arbre et le vélo, paraîtra bientôt dans cette édition.

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