Leonardo Vetra est prêtre, mais il est aussi un physicien précoce, génial, qui va arriver à dominer et exploiter l'antimatière. Là, les ceusses qui ont des bases en science savent déjà qu'on est en pleine fiction. Bien vu. En effet, Vetra est un personnage d'Anges et démons, de Dan Brown. C'est de la littérature un peu niaise, mal écrite et mal traduite, tirée par les cheveux scientifiquement, mais qui traite d'une question sympa, les liens, d'adéquation ou d'opposition c'est selon, qui existent entre religion et science, ce qui n'est pas nouveau, mais aussi entre dieu et science, ce qui est plus complexe et radicalement différent, et pour le coup devient passionnant, même si l'auteur se prend parfois les pieds dans les tapis bibliques.
Mais là n'est pas mon propos aujourd'hui. Aujourd'hui, c'est pour dire mon indignation devant la perversité de ce religieux envers une fillette de 8 ou 9 ans, qu'il manipule odieusement, pour la faire manger ou pour la brancher sur les maths .
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Rencontre à l’orphelinat
Peu d'enfants pourraient dire qu'ils se rappellent le jour où ils ont connu leur père, Vittoria, elle, le pouvait. Elle était âgée de huit ans et vivait là où elle avait toujours vécu, à l'Orfanotrofio di Siena, un orphelinat catholique des faubourgs de Sienne. Ses parents l'avaient abandonnée à la naissance.
Il pleuvait ce jour-là. Les sœurs l'avaient appelée deux fois pour le dîner, mais, comme toujours, elle avait fait semblant de ne pas entendre. Allongée dans le petit jardin, elle fixait les gouttes de pluie, sentait chacune d'elles s'écraser sur son corps, se demandant où la prochaine atterrirait. Les sœurs l'appelèrent de nouveau, la menacèrent de pneumonie, une pneumonie qui ferait ravaler à cette sale petite entêtée sa curiosité des choses de la nature.
Je ne vous entends pas, pensait Vittoria.
Elle était trempée jusqu'aux os quand le jeune prêtre vint la chercher. Elle ne le connaissait pas. Il était nouveau ici. Vittoria s'attendait à ce qu’il la traîne bon gré mal gré à l'intérieur. Mais non. À son grand étonnement, il s'allongea au contraire à côté d'elle, étalant sa soutane autour de lui.
— On m'a dit que tu posais beaucoup de questions, fit le jeune prêtre.
Vittoria se renfrogna.
— C'est mal de poser des questions ?
Il éclata de rire.
— Encore une question !
— Que fais-tu ici ?
— La même chose que toi, je me demande pourquoi il y a des gouttes de pluie qui nous tombent sur la tête.
— Je ne me demande pas pourquoi elles tombent, je le sais déjà.
Le prêtre lui jeta un regard étonné.
— Ah bon ?
— La sœur Francisca prétend que ce sont les larmes des anges qui tombent pour effacer nos péchés.
— Ah bon ? répliqua-t-il, l'air sidéré. Alors c'est ça l'explication...
— Pas du tout ! rétorqua la petite fille. Les gouttes de pluie tombent parce que tout tombe ! Tout. Pas seulement la pluie !
Le prêtre se gratta la tête, l'air encore plus perplexe.
— Tu sais, jeune demoiselle, tu as raison. C'est vrai que tout tombe. C'est sans doute la gravité...
— La quoi ?
Il lui adressa une moue étonnée.
— Tu n'as pas entendu parler de la gravité ?
— Non.
Le prêtre haussa les épaules tristement.
— C'est dommage, la gravité répond à beaucoup de questions...
Vittoria se redressa et s'assit.
— C'est quoi, la gravité ? demanda-t-elle. Explique-moi !
Il lui fit un clin d'œil.
— Et si je te le disais après le dîner ?
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Le prêtre a adopté l’orpheline.
— Papa ! Papa !
Leonardo Vetra, rayonnant, riait de bon cœur, à côté d'elle.
— Quoi, mon ange ?
— Papa ! s'esclaffait-elle en venant se serrer contre lui. Pose-moi une question !
— Une question ?
— Oui, demande-moi ce qui ne fonctionne pas.
— Mais, ma chérie, pourquoi te poserais-je une telle question ?
— Pose-la-moi, tu verras bien. Il haussa les épaules.
— Qu'est-ce qui ne fonctionne pas ?
Elle éclata aussitôt de rire.
— Qu'est-ce qui ne fonctionne pas ? Il n'y a rien qui ne fonctionne pas. Les rochers, les arbres, les atomes, même les marmottes, tout fonctionne !
Il rit de plus belle.
— Mon petit Einstein...
Elle fronça les sourcils.
— Il a l'air d'un hippie, j'ai vu sa photo.
— Mais il a une expression intelligente. Je t'ai parlé de ses découvertes, non ?
Les yeux de la petite fille s'écarquillèrent de crainte.
— Papa, non ! Tu avais promis !
— E = MC2 ! (Il la taquina d'un ton joyeux :) E = MC2 !
— Pas de maths, je te l'ai déjà dit, je déteste ça !
— Et j'en suis très heureux parce que, de toute façon, les filles n'ont pas le droit de faire des maths.
Vittoria se figea sur place.
— Comment ça, pas le droit ?
— Bien sûr que non. Tout le monde sait ça. Les filles, ça joue avec des poupées. Ce sont les garçons qui font des maths. Pas de maths pour les filles, je ne devrais même pas t'en parler.
— Quoi ? Mais c'est pas juste !
— C'est comme ça. Pas de maths pour les petites filles.
Vittoria prit un air horrifié.
— Mais les poupées, c'est ennuyeux !
— Je suis désolé, ma chérie, je pourrais te parler des maths, mais si je me fais pincer...
Il jeta des regards nerveux autour de lui. Vittoria semblait de plus en plus intriguée.
— Bon d'accord, alors tu n'as qu'à parler tout doucement.