Chaussettes hurlantes

La chaussette dans la littérature ; tricotage et détricotage

Les cadeaux, dans Harry Potter, c’est forcément grave. Déjà, il y a les cadeaux de haine offerts par la très réticente famille d’accueil de Harry Potter pour son anniversaire : une pièce de 50 cts, un cure-dents, je ne sais plus quoi encore.
Ensuite et par opposition, il y a les cadeaux de Noël d’amour de Madame Wesley, toujours à Harry. Bien que Ron en ait marre d’avoir toujours le même pull tricoté main, violet je crois, pour Harry, c’est l’émotion. Dès la première année, en est en pleine philo : le bonheur, sa relativité, sa définition : quand on est heureux, on n’en a pas conscience ; et on peut être malheureux sans savoir que c’est anormal.
Plus généralement, il y a tout ce que les parents envoient à Poudlard, généralement par hibou. Vaut-il mieux ne rien recevoir, ou recevoir une « beuglante » ? Qui va hurler dans tout le réfectoire les récriminations parentales, déclenchant consternation et rires ? Vaut-il mieux pas ne pas avoir de parents ?
Le rapeltout offert à Neville par sa grand-mère est un pensum automatique. Le scrutoscope offert par Ron à Harry permet de détecter la présence d’ennemi à proximité, mais peut-on lui faire confiance, ou est-ce un gadget inefficace ? En fait, il est très efficace. Il détecte en Croûtard, le rat malade, Oscar Pettitgrow, suppôt de Voldemort (excusez-moi). Et personne ne va savoir interpréter son signal.

Mais le pompon, c’est les chaussettes hurlantes. Quand leurs effluves se font trop sensibles, elles se mettent à hurler, de plus en plus fort, en proportion des méfaits olfactifs. Réminiscence des scouts, des regards méprisants de la sœur adressés aux frères, de la maison pue-pieds comme dit San-Antonio, de casernes ! Quel bonheur ! Ces chaussettes hurlantes sont une métaphore vivante : l’odeur de pieds surmenés est une sorte de hurlement. Hurlements la nuisance, l’incommodité. Qui donne envie de hurler ! C’est marrant, comme concept : pourquoi ajouter un « hurlement » à d’autres hurlements ? Probable, c’est la nature du « hurlement » : le message en passant par le sens de l’ouïe est en quelque sorte renouvelé, affermi, et rompt une sorte de tabou. Ça pue, on ne dit rien, mais si ça gueule, on réagit. Ce sont les chaussettes détricotées des pseudo-historiennes de Mediapart qui m’on fait hurler, et rappelé cette trouvaille de Joanne.

Mentionnons encore les vieilles chaussettes et nippes dont s’affuble Dobby. Pour les elfes de maison, le cadeau, c’est vraiment pervers : de la part de son maître, offrir à un elfe de maison des vêtements, c’est lui accorder sa liberté. Mais les elfes de maison étant gravement conditionnés pour non seulement accepter, mais encore révérer leur servitude, faire un tel don à son elfe le met dans une détresse sans nom ! Autre leçon de philo, discours de la servitude volontaire. Dobby est le premier elfe de maison qui parvient à s’affranchir de son conditionnement. L’amour et le respect que lui portent les enfants Harry et Hermione a déclenché un processus qui le conduira à juxtaposer sur sa tête tout un tas de tricots déposées par Hermione (elle, au lieu de détricoter, elle tricote), pour essayer d’affranchir les elfes (mais les autres n’y toucheraient pour rien au monde, et c’est Dobby qui rafle tout).
On le voit, la chaussette, c’est fort.
Et le tricot, c’est de l’amour.
Rappelons aussi que, devant le miroir du Riséd, dans lequel Harry voit son père et sa mère, défunts, mais vivants et qui lui sourient, quand Harry demande à Dumbledore ce que lui, il y voit, celui-ci répond : « Une bonne paire de chaussettes de laine ».
Il y a aussi un film, The Rose, où Bette Midler, star du Rock, en neuvaine avec un jeune chauffeur de maître au chômage, l’écoute raconter sa vie, son engagement dans l’armée : « Mes chaussettes bien roulées tous les jours dans mon armoire », avaient ainsi justifié cette expérience.

Enfin, voici la genèse d'une méga-chaussette dans La caravane.

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