Cinéma de quartier

Le cinéma dans le quartier, aux deux sens du terme

Insertion préliminaire d’un peu de poésie

 

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Cinémas de quartier

Voix off. À l’arrière-plan, une toile de Marie Laurencin montrant Apollinaire lisant.

"Nous avons donc vu que not’ Maît-Maire veut démolir le quartier Paul Brard, en particulier cette curieuse Arche, sous laquelle passe l’avenue, telle le pont Mirabeau, sous lequel coule la Seine Et nos amours  ; nous avons vu qu’il a déjà procédé au génocide des Tilleuls des bords de Seine ; Faut-il qu’il m’en souvienne La joie venait toujours après la peine »

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La scène se passe devant le Cinéville, rue Arnoud Crapote. À la différence des tilleuls, notre petit cinéma n’est pas encore abattu. Dialogue entre vot'serviteur et les gens qui attendent la prochaine séance.

— Mais ce n’est pas tout. Dans le désir effréné de tout raser, sont condamnés un gymnase et un cinéma de quartier.

— Le gymnase sera reconstruit. Mais on se demande pourquoi casser et non pas améliorer ?

— Bien vrai. Et le cinéma, lui, ne le sera pas. Il périclitait, et on l’accuse en outre de nécessiter des travaux très coûteux.

— Très coûteux si on les donne à faire aux amis de la bédiérie. En vérité, moi qui ai fait à la librairie-école les travaux que vous savez, je sais bien qu’il y a des solutions peu onéreuses. Mais comme pour Paul Brard, son implantation géographique (ici, c'est carrément en plein centre ville) le condamne pour cause d’une perspective de profit foncier et locatif.

— Pourtant, des cinémas de quartier qui fonctionnent, on connaît, dans le secteur : on a la chance d’avoir six salles Utopia à Pontoise et Saint-Ouen l’Aumône, ainsi que Pandora à Achères, sur le même concept que celui d’Utopia : 10 € l’entrée, 50 € l’abonnement de 10 entrées, utilisables sans contrainte de durée, 3 € pour les groupes de plus de 30 personnes ; programmation mixte art et essai et cinéma « commercial » (de qualité cependant). Pourquoi n’avoir pas marché sur les traces d’Utopia ou n’avoir pas cherché à convaincre les gens d’Utopia ou de Pandora ? Ce concept marche. Il est imitable. Mais la municipalité n’a jamais rien fait pour redynamiser le cinéma de la rue Arnould Crapote. Là encore, la méthode a été  de laisser-pourrir.

Nouveau parallèle saugrenu avec la piscine

Plan large sur un conférencier, et ses auditeurs. Dialogue.

— Sur la communauté de communes de Cergy-Pontoise, les « petites » piscines (profondeurs environ 1 m et 2 m) d’Osny, Éragny, Saint-Ouen l’Aumône, Jouy le Moutier, Saint-Christophe sont fermées au public, sauf en juillet (mais pas en août). Or la natation est extrêmement bénéfique sur le plan de la santé, sur celui de l’éducation aussi. Si les collectivités dont elles relèvent, que ce soit les communes ou les communautés de communes, avaient investi dans la promotion de l’acte individuel d’aller nager, ne peut-on penser qu’elles auraient été plus fréquentées ?

— Si.

— Mais alors pourquoi n’y a-t-il rien eu de fait ?

— Parce que le bien apporté se place sur un autre plan que local. Les économies de la sécu, ça ne concerne pas les communes.

— Oui, mais l’éducation ? Si les jeunes découvrent les bienfaits, les plaisirs de la nage, ça fait une raison de moins de virer racaille  !

— Oui c’est vrai, j’avoue.

— Alors les équipes territoriales ne sont pas seulement des cyniques économico-libéraux, ce sont aussi des cons ?

— Oui j’avoue.

Cinéma de quartiers

Petite leçon de politique

Scène de rue. Rêve.

Pas de circulation sur l’avenue Paul Brard. Des gens assis sur les bancs à l'ombre des arbres du mail. Le petit stade est plein d'enfants. Voix off.

"Ce dimanche-là, tout semblait baigner dans l’huile. Papa faisait sa sieste. Nous, on jouait au foot dans le petit stade. Et tout à coup, le bruit et la fureur : des crétins à motos, sans casques, faisaient des roues arrières sur l’avenue, à grand renforts de coups de gaz inutiles. Papa a pas pu dormir. Nous on est venus voir, parce qu’on est petits, et que quand les grands font les cons, on peut pas s’empêcher de regarder. C’est comme ça qu’on deviendra peut-être, nous aussi, des crétins. Parce qu’on ne voit pas que c’est bête. On voit juste que ça décoiffe. On sait pas que ça a commencé avec des as comme Kenny Roberts, qui faisait ça, pas pour emmerder le monde, mais parce qu’il venait de gagner un grand prix et qu’il exprimait ainsi sa joie, en offrant encore un peu de spectacle. Ils étaient des as, pas parce qu’ils faisaient des roues arrières, mais parce qu’il avaient gagné. La semaine suivante, ça a recommencé. Mais Maman avait eu une idée : la chaine humaine. Elle en avait parlé à d’autres personnes."

 Plan large.

Ça y est ça recommence ! Encore un rodéo. Mais... quelques personnes d’abord, ensuite plein de monde, descendent dans l’avenue Paul Brard faire une chaine humaine et ainsi barrer le passage aux crétins. C’est la fin des rodéos avenue Paul Brard. On a trouvé la bonne méthode.

 

Nos problèmes

Vot’serviteur se tient devant la librairie-école : il discute avec la Maman qui a trouvé la solution, et ses amis.

— On peut pas toujours se décharger sur les institutions. Moi, j’avoue que la police a répondu présent quand j’ai été en difficulté avec d’autres crétins. Mais il faut essayer de régler les problèmes entre nous.

— Surtout que là, vaux mieux pas appeler. C’est mon fils qui fait l’idiot. Je veux pas que les flics le poursuivent sur la moto, sans casque.

 

 

 

 

 

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