L'école des Moldus

L’école devrait estomper l’inégalité sociale. Dès la maternelle, on devrait gérer les différences d’aide familiale. Et après avoir fait le possible pour donner ses chances à tout le monde, mené le plus haut possible les facultés de chaque enfant (notre potentiel étant à la fois inné et acquis), sélectionner : tout le monde ne peut être ingénieur, footballeur ou guitariste.

Pourquoi je jette à la corbeille les notions de droite et de gauche, et donc celle de parti politique, N° 2.

Après avoir testé ma méthode sur la question de la prison :

https://blogs.mediapart.fr/jean-max-sabatier/blog/181218/la-prison-et-la-perpette

je vais tirer des bordées vers le profil d’une utopie, l’intelligence et le savoir pour tous.

À gauche toute
Tiemoko a deux boulots. Un seul, ça suffit pas. « Moi, j’ai pas fait d’études. Mais les enfants, ils vont en faire. » (Tiemoko sait lire et écrire.) Il y a deux ans, je me suis occupé de Balla, que j’avais fait passer dans un niveau supérieur, car il est doué. Cette année, il est en cinquième, et Tiemoko me l’a de nouveau confié. Il trouve que ses résultats sont un peu limite.
Balla, s’il était Gaulois de Gaule, et de parents idem, il irait aux études supérieures, et il les réussirait. Il en a le potentiel, et aussi cette

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intelligence tout court qui lui fait comprendre entre autre que l’école c’est important et qu’il peut en bénéficier. Tout lui est ouvert, je le sais. Il est matheux et littéraire. Je lui ai mis dans les mains Harry Potter à l’école des sorciers, et il s’est tapé les sept tomes (dans les 4 ou 5000 pages). J’ai dû rassurer son père, il trouvait que c’était pas sérieux.  Je lui ai dit ce que je pensais de Harry Potter : c’est ce que j’ai lu de mieux dans ma vie. Que le thème de l’œuvre n’est pas la sorcellerie, mais l'école, et aussi la politique, et aussi la vie, l’humanité, la science et la technique, etc.

La barre un poil à droite

Et aussi, je lui ai dit ça : si on veut que l’enfant réussisse à l’école, il doit être bon lecteur. Et pour être bon, il faut s’entraîner. Travailler. Cette analogie sportive est pas dure à faire passer !

La barre un poil à gauche

Et pour s’entraîner, il faut y prendre du plaisir.

Après, quand je discutais avec Balla de tel ou tel épisode, et que je me rendais compte qu’il avait bien tout goûté, j’avais presque l’impression que c’est moi qui avais écrit le truc ! Les apprentissages ne sont pas que des efforts à accomplir, les récompenses allant aux plus courageux. La réussite passe par le jeu, le plaisir, la rencontre intellectuelle. Ce n’est pas Racine qu’il faut proposer, c’est Molière. Ce n’est pas Balzac, c’est J.K.Rowling, qui fouille autant si ce n’est plus la nature humaine, en y mettant le fun que déjà Voltaire savait être nécessaire pour susciter l’intérêt pour les choses savantes.

Par la suite Tiemoko a même offert à son garçon L’enfant maudit, qu’il ma prêté après l’avoir lu !
Vous me direz : donc y a pas à s’en faire ! Notre école fonctionne.
Pour Balla, oui. Jusqu’à présent. Mais attention : aux mauvais professeurs, aux mauvais copains, au mauvais sort, à la mauvaise république, qui pour l’instant a un mauvais ascenseur social.

La barre à droite

Tiemoko a aussi un garçon qui vient d’avoir le bac. Tous les deux, ils songeaient à l’université. On en avait parlé. Je l’avais un peu douché : l’université, ouverte à tout le monde, liberté intégrale (essentiellement de n’assister aux cours que quand on veut), taux d’échec impressionnant en première année. Le droit de l’homme dans toute sa splendeur, sans la notion de devoir. L’égalité, la liberté, et la fraternité. De pacotille. On a parlé de sélection. Tiemoko et moi, on est d’accord : c’est normal, la sélection. Il faut être con, et très jeune, ou alors gauchement de gauche, pour ne pas comprendre ça.
En fin de compte, le grand va en fac. En éco - droit. Ça attire les phalènes. Et ça ne mène pas vraiment quelque part, ni l'étudiant, ni la société, car une société qui ne fabrique que des gestionnaires, des économistes, des juristes (d’entreprise), ne produit plus. Tout le monde se voit en costard à gagner du fric à faire bosser les autres. Et les autres, il n’y en a pas.
Balla, lui, il songeait aux dernières nouvelles à être roboticien. C'est vraiment sorcier. Ce que je voudrais qu’il réussisse !

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