Quatre gros Noirs hilares

Si on rigolait un peu ? Pour oublier un peu la tête de l’enfant fracassée à coup de matraques et de rangers. Après avoir prié le vide pour qu'elle se remette et pour que ses bourreaux payent. On va d’abord évoquer la connerie raciste des comptines anglaises, puis la lolification des esclaves consolés de leur triste sort par les baffes des Gaulois Réfractaires.

Au siècle dernier (39 ans plus tôt, ç’aurait été au siècle d’avant), paraissait Dix petits nègres d’Agatha Christie. Dix petits nègres, en fait, c’est une comptine ! qui doit remonter à Victoria. En effet. Dix enfants noirs dont les disparitions successives sont destinées à amuser les enfants. Dix enfants qui vont, dans l’esprit d’un assassin illuminé, correspondre à dix personnes à punir, et à tuer.
Je pardonne d’autant plus à Agatha Christie d’avoir été inspirée par cette comptine, qu’elle en fait ressortir le côté criminel.
Par contre, comment comprendre que des profs de lettres des XX° et XXI° siècles mettent l’œuvre au programme, la fasse étudier par des collégiens ? D’accord, y a juste le titre, et le texte de la comptine qui est odieux. Le roman ne l’est pas. Agatha est un auteur humaniste. Mais à cause de ce titre et de cette comptine, il est stupide d’imposer aux Noirs l’achat du livre par les parents et son étude par les enfants. Vous trouvez qu’il n’y a pas assez de contentieux colonial, de haine du système, dans la question scolaire française ?

Aujourd’hui j’ai besoin de rigoler. Pour faire passer, un peu, ce que j’ai vu sur mon media participatif : une tête d’enfant fracassée par des matraques et des rangers, un crâne enfoncé, un destin endommagé. Par des flics, donc par l’état. Pas par l’état victorien. C’est bien pire. Il y a quelques jours, Loiseau, qui va s’affronter à Le Pen pour les européennes, affirmait, pour montrer le sexisme à l’ENA, qu’elle avait l’impression d’être une « romanichelle ». Vintage racisme ordinaire et inconscient. Niaiserie ordinaire de nos élites dirigeantes.

Professeurs de lettres et députés européens : halte à la sottise !

Allez on va faire risette. Comme ces quatre gros Noirs dont je vais vous parler.

Le bouclier arverne se passe en Auvergne, normal. Faisant fi de la linguistique diachronique, Goscinny rigole en collant aux Romains des noms en « us » qui se prononcent « uche » : Fanfrelus, Coquelus, Perrus, Ballondebaudrus…

Chocs successifs entre les cultures romaine, africaine et gauloise.

La scène se passe à Gergovie.

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Devinez ce qui se passe au cours de cette ellipse temporelle ?

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Fanfrelus est allé rendre compte de sa mission d'inspection à Jules Chéjar César. Qui le renvoie illico à Gergovie avec mission de retrouver le bouclier de Vercingétorix. De retour au pays fatal, Fanfrelus et ses porteurs retombent sur les mêmes réfractaires.

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Puis chacun retourne à ses occupations. Les Gaulois chez leur hôte Alambix, Fanfrelus chez son préfet.

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Bien sûr, on trouve des clichés surannés dans la représentation des Noirs. Les grosses lèvres rouges, venues en droite ligne de Razibus Zouzou, le pote de Bibi Fricotin, font un peu pleurer les fesses. C’est comme les Chinois peints en jaune dans Lucky Luke. Uderzo comme Morris n’avaient pas encore éliminé ces scories. Je me demande ce qu’en pensait Goscinny ? À part ça, les porteurs, je les aurais pas faits obèses. L’obésité convient à la décadence romaine, moins aux esclaves travailleurs de force, qui à mon avis étaient plutôt athlétiques. Un avantage quand-même à cet embonpoint : ça les rend encore plus sympas. L’obésité du corps contribue à celle du rire.

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