Fonctions publiques

Pourquoi je jette le clivage gauche-droite à la corbeille N°3 : le travail et l’entreprise, le mérite et la justice, le public et le privé. L’industrie et la consommation raisonnées et régulées. Navigation dans la clarté.

 

poil-a-babord

La barre à gauche

L’épisode sarkosien de la privatisation des autoroutes représente pour moi le summum de la stupidité économique.

C’était une source de revenu pour l’état. Le revenu couvrait l’entretien et le développement. C’était un service public, payé par ses seuls utilisateurs. L’autoroute, c’est un pactole. Peu de frais. Des infrastructures déjà en place, peu d’investissement à prévoir, à cause du respect de l’environnement et de l’émergence des ZAD. Et c’est vraiment juteux. Le concept se vend tout seul : vitesse et sécurité.
Eh bien ce faisan de Sarkosy les a privatisées ! Il y a du cul et chemise là-dessous, c’est clair. On l’a vendu aux copains pour boucler un budget, de la même façon qu’un fils de famille dévoyé vend les bijoux pour payer ses débauches.

Mais plus en arrière, souvenez-vous : EDF-GDF. La tragicomédie de la SNCF. À chaque fois, la même vessie : le réseau reste d’état, l’utilisation est privatisée. Quelle connerie ! Tout ça pour respecter un dogme libéral. Vous savez, celui qui a corrompu le concept même de construction européenne ? Tout ça parce qu’une très ancienne Novlangue (années soixante) prétend que le communisme est mort.

La barre à droite

Oui, le communisme crétin et cruel de Staline, Krouchtchev, Brejnev est mort. Déjà quand l’URSS en pleine pénurie redécouvrait la vertu du lopin individuel.

La balle au centre !

Le capitalisme comme le communisme pèchent par dogmatisme.

Dans un système comme dans l’autre on ne veut pas comprendre qu’il y a des choses qui devraient appartenir à l’état : grosse industrie, services à grosse infrastructure, transports, FAI et téléphonie, distribution d’énergie centralisée (avec les nouvelles énergies, par contre, cela peut basculer dans le secteur privé), et d’autres qui relèvent de l’initiative individuelle et donc de l’économie privée.

À gauche toute
Les PDG milliardaires et les parachutes dorés illustrent l’absurdité de ce que j’appellerai la giga-entreprise privée. Il devrait y avoir un seuil à partir duquel le créateur vend ses parts à l’état et va créer autre chose. À moins qu’il ne veuille être recruté par l’entreprise nouvellement privatisée. Peut-être Steve Job aurait-il ainsi vécu plus pépère et plus longtemps !
Un salaire monstrueux est monstrueux. Si les profits sont conséquents, l’argent doit être distribué aux… fonctionnaires ! De la même façon, dans l’économie privée, la participation devrait exister vraiment.

Prenons l’exemple de la voiture. La régie Renault se portait très bien quand les socialistes l’ont privatisée. Née au début du 20ième siècle comme entreprise individuelle alors que l’automobile était une aventure familiale, nationalisée en 1945, son essor justifiait de toute façon le passage à l’économie d’état, et justifierait de nouveau la nationalisation.

Ce n’est pas parce que l’économie d’état a été sabotée par l’URSS qu’elle est impossible.
L’industrie automobile pourrait appartenir à l’état. Cela résoudrait d’ailleurs une autre absurdité : la fabrication de voitures surdimensionnées et surpolluantes. Il s’agirait de produire raisonnable ; la recherche du profit ne serait plus le seul but, il n’y aurait plus d’obsolescence programmée, etc. C’est le libéralisme qui pollue. C’est la liberté laissée aux gros de vendre à des plus petits qu’eux des tas de chrome et de plastique, en faisant travailler à la chaine les encore plus petits. Dans le mot « libéral », la racine « liberté » ne concerne que les faisans.
Ma théorie du ruissellement à moi : il y aura un peu moins de pognon créé, puisqu’on vendra des voitures plus petites, moins coûteuses, plus solides et qu’on renouvellera moins souvent, mais le profit ira directement dans la poche de nombreux travailleurs, et non dans celles d’une poignée de faisans.

À droite toute
Et pour que production, recherche et innovation aient le même dynamisme que dans le secteur privé, il suffit d’une seule chose : la fin de l’emploi à vie des fonctionnaires. Par quelle autre fatalité l’économie d’état devrait-elle être moins performante que l’économie privée ?

La santé d’une entreprise dépend de la motivation et de la compétence de ses employés (j’englobe dans « employés » cadres et dirigeants). En URSS, non seulement les fonctionnaires l’étaient à vie, mais en plus ils n’étaient recrutés que par copinage et partisanisme.

Le RIC pour rétablir la peine de mort, non. Mais...

À gauche toute

Mais pour proposer cette idée : limitation de la puissance et de la cylindrée des voitures ; obligation d’une conception axée sur la fiabilité et l’usage ; plus d’obsolescence programmée ; obligation de fournir les pièces détachées indéfiniment, à des prix non scandaleux.

Vous croyez vraiment que c’est le « non » qui l’emporterait ? Quant à l’Europe, c’est vraiment pas difficile : elle n’a qu’à rejeter le libéralisme et s’aligner. Pourquoi la France ne redeviendrait-elle pas un exemple comme cela lui est arrivé par le passé ?

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