J'ai commencé à écrire en 1996 et en faisant du ménage dans mes tiroirs, j'ai retrouvé 3 lettres; l'une à Lionel Jospin, une autre à Bernard Guetta et la dernière à Jean-Claude Petit.. Il n'y eut ni traversée de la mer Rouge, ni volet social au traité de Nice, ni abrogation des lois "Pasqua-Debré".
Monsieur Lionel Jospin,
Laissons monsieur CHIRAC, Noé des temps modernes, s'enliser avec sa politique, tel un capitaine à la dérive dans ce déluge GATTeux.
Le Moïse que vous proposez d'être, monsieur JOSPIN, sauveur se frayant un chemin dans ce raz de marée, devra annoncer plus clairement la couleur comme Churchill: des larmes et du sang.
La zone "DOLLAR" n'admettra jamais la création du nouveau bloc "EURO". Elle usera de tous les leviers pour mettre au pas nos sociétés démocratiques garantes d'une protection sociale (pour combien de temps?) et faire capoter tout projet susceptible d'entraver son expansion mondialiste et néocolonialiste. Elle a jeté une tête de pont à la City de Londres, quelques éclaireurs en Allemagne, et corrompu par l'argent facile une grande partie de nos élites.
Déclarez la guerre le premier.
Depuis 1992 avec le "GATT", tels Chamberlain et Daladier abusés, la vraie et nécessaire mondialisation a été dévoyée et la construction européenne anéantie.
COURAGE ET REALISME. Les français et les européens doivent savoir que le conflit économique, deviendra violent; prétendre le contraire serait malhonnête. Proposez des solutions radicales pour mettre la mondialisation au service des peuples, de tous les peuples. La croissance tant attendue n'a pas de sens dans un monde où la pauvreté s'accroît.
Monsieur Jospin, ayez du charisme et de l'autorité pour éradiquer la corruption qui ronge votre parti: cette fameuse "gauche caviar" qui veux retrouver ses pouvoirs et ses privilèges, coûte que coûte.
Vous aurez peut-être cinq nouvelles années historiques pour réussir, avant le vrai déluge nationaliste. Ne perdez ni votre âme ni votre temps.
Jean Mézières le 20 novembre 1996
------------------------------------------
Bernard GUETTA
Le Nouvel Observateur
Je souscris partiellement à vos propos sur "Les allemands et nous" dans l'Obs. du 28.
Un grand projet commun est une nécessité absolue. La pénurie de nouvelles figures politiques est effectivement déconcertante. Elle crée pour le moins, des effets inattendus. Comment expliquer que pendant les 12 jours de grève des chauffeurs routiers, aucun homme politique n'a pris la parole pour décortiquer les vrais problèmes de cette profession: transport sous-payé, déréglementation, concurrence sauvage, problèmes européens...
On a entendu seulement quelques patrons nous expliquer le dictât des chargeurs:
ces grandes surfaces et entrepôts, forts discrets, s'approvisionnaient à l'abri de tout regard, la nuit entre 2 et 4 heures du matin pour garder leurs pouvoirs et briser cette grève ennuyeuse pour leurs intérêts.
Il est vrai que de nos jours l'expression politique est difficile. Pour se faire entendre, on doit dire des obscénités comme certains extrémistes ou lancer un scoop pour faire passer son message. Les italiens sont même obligés de se mettre nu sur une estrade de théâtre pour se faire entendre. Devra-t-on décréter par exemple que la terre tournera dans le sens contraire à partir du 1er janvier 97 pour prendre de vitesse les flux financiers spéculatifs qui nous étranglent?
Ah! Audimat quand tu nous tiens!
Sitôt la fin de l'orage social calmé, les escargots ressortent, les partis politiques reprennent leurs esprits et les socialistes font une proposition courageuse sur le quota de femme aux prochaines législatives. Ils ont tellement travaillé qu'ils en ont oublié de suivre les informations sociales et de donner leur opinion.
Quelle déconnexion !
Je voudrais que ces socialistes fassent une pause en prenant l'air vivifiant de la rue.
Je leur ai envoyé le gentil texte ci-joint. Ils n'ont pas daigné me répondre.
Sûrement trop de travail sur leurs futures propositions!
Cordialement.
Jean Mézières le 30 novembre 1996
Copie au Parti Socialiste.
------------------------------------------
Jean Claude Petit
LA VIE
CE VENIN QUI EMPOISONNE LA VIE. Pendant mes vacances, je suis tombé sur votre éditorial à propos du F.N. "Ce venin qui, peu à peu empoisonne la France". Je souscris à vos propos, malheureusement il y a des non-dits qui sont gênants et qui empêchent de croire vos propositions.
Il est vrai qu'il est temps d’entrer en résistance (quelle résistance?), de plaider sans crainte pour quelques valeurs fortes (celles de la république?), de militer sur le terrain en proposant des projets locaux et nationaux.
Le problème, c'est qu'une société ressemble à un pétrolier ayant une inertie de plusieurs dizaines d'années. Une bonne action ou une absence d'action sur la barre donne des résultats bien plus tard.
Prenons, comme exemple, l'éducation de nos bambins et la pensée unique de nos économies occidentales.
Je suis responsable, vous êtes responsable, nous sommes tous responsables d'avoir laissé pendant les années de vaches grasses, par insouciance, par irresponsabilité, un mal qui met l'humanité toute entière en péril. En effet, l'intégrisme religieux, les génocides ethniques sont des réactions de peuples en désespoir qui sont tombés dans la folie. La démographie exponentielle est un signe de souffrance, de survie . A qui la faute?
De même, ce venin, ce nationalisme, ce fascisme, ce racisme, sont les réactions d'un peuple désespéré, laissé pour compte devant la pensée unique, devant le discrédit de tous les pouvoirs. Les gens heureux ne sont ni suicidaires ni extrémistes.
Comme Georges Sorros, fin financier, Jean Paul II vient tout juste de s'apercevoir de son erreur d'appréciation : le capitalisme que l'on a cru généreux et solidaire (plan Marshall après la guerre) est devenu fou et sauvage (les années vaches folles). Il est navrant de constater que Mgr Lustiger, par naïveté sûrement, n'a pas encore fait cette démarche.
Quand on veut reconstruire des projets, n'oubliez pas les projets internationaux. Votre religion s'arrête-t-elle aux frontières de la France ? Le message du Christ n'est il pas valable pour tous les hommes sur terre ?
On ne peut construire quelque chose de grand sans fondations solides reconnues de tous, sans de vraies valeurs irréprochables admirées de tous. Des valeurs que les premiers chrétiens avaient, me semble-t-il.
Monsieur Petit, si nous voulons parler vrai, nous devons avouer nos erreurs. Comment parler de morale quand on ne veut pas remettre en cause notre politique étrangère qui a conduit au génocide du Rwanda ? Comment parler de morale quand on a fermé les yeux sur les agissements des serbes qui ont massacré les musulmans de Srebrenica; la honte et la faillite de l'occident ?
Quand est-ce que vous allez, comme le Christ, renverser les étals des milieux financiers internationaux ; véritable venin qui, peu à peu empoisonne l'humanité avec une vraie fausse mondialisation souhaitée, qui peu à peu empoisonne le message du Christ (le vrai Amour de son prochain quel que soit ses origines).
Le système colonialiste a disparu officiellement, mais sa mentalité est restée. On s'est donc retrouvé avec un racisme sous-jacent qui a longtemps été endigué par nos morales, nos valeurs, notre épanouissement et notre redistribution limitée. Malheureusement les digues ont sauté. Ce ne sont plus les extrémistes qu'il faut combattre maintenant, mais les causes qui les ont fait émerger. Se tromper d’objectif engendre la suspicion.
En réalité, derrière les mots "étrangers clandestins" se cache cette jeunesse désœuvrée des beurs que les gens haïssent. Le ministre Raoult a laissé échapper une phrase de trop; phrase qu'une certaine droite réprouve officiellement et que le F.N. n'hésite pas à prononcer ("souillure de la France" à New York par Mégret).
Il est grand temps de s'activer, n'en déplaise à François Ernenwein qui prône la modération, avant de voir des tueries avec assentiment (comme en 1961, 200 algériens jetés dans la Seine).
Il y a urgence. L'heure n'est plus à la leçon de morale sur la diversité des origines françaises. C'est trop tard. La folie de la haine est là. Si on veut redresser le cap du pétrolier France, il faut qu'entre nous, nous soyons honnêtes, francs et courageux. Tirons la barre ensemble. AMICALEMENT.
Jean Mézières le 19 février 1997