Texte écrit le 12 février 1997
Autant vous le dire tout de suite, devant la faillite de nos systèmes politiques, je suis un pauvre vagabond sans idéologie précise. Malheureusement la situation est grave et le temps nous est compté, je me suis donc décidé à vous écrire.
Nous appartenons à une grande famille qui normalement fait passer l’intérêt commun avant l’intérêt individuel, qui normalement ne peut concevoir son bonheur avant celui des autres ; de tous les autres, de toutes les races. Nous avons la conviction que les hommes doivent trouver un équilibre harmonieux sur notre planète. En laissant de côté leurs défauts, en conjuguant leurs énergies, les Hommes peuvent accomplir des exploits. Encore faut-il le vouloir !
Amis du PS. Ah ! le PS… Rappelez-vous le temps où nous étions sur le terrain, avec les gens, dans les associations. Que de travail effectué ! Quel bénévolat ! Nous avions la joie de vivre, le désir de faire tous ensemble quelque chose de grand. Nous avons tissé des liens amicaux forts, nous nous connaissions tous. Et puis le pouvoir est arrivé comme un raz de marée. Devant l’adversité de la conjoncture, au lieu de renforcer ces liens, vous vous êtes recroquevillés en gardant votre pouvoir. Ce n’est pas tant la conjoncture qui vous a terrassés mais tout simplement votre attitude dans les rapports humains. Dire que parmi vous, il y a des sociologues.
Par l’échec, par l’humiliation, vous avez grandi, vous avez mûri. Rachetez vous rapidement une conduite sociale, une conduite anti-corruption, car le temps presse. Je serais près à vous pardonner si vous admettiez cela et que vous descendiez dans la rue. Remarques pour Jospin qui doit montrer l’exemple : il est plus facile de discuter avec les gens, sans sa meute, dans un TGV que dans un avion privé même si on est pressé.
Amis du PC, je vous sens amers. Je vous sais également très disciplinés. Discipline qui peut être une qualité, mais qui peut être également « non assistance à personne en danger » devant les attaques du libéralisme, devant l’injustice, devant la mégalomanie. N’êtes vous que stratégiques et sans cœur ? Avez-vous des arrière-pensées ?
Amis d’Extrême Gauche, vous qui me laissez admiratif devant votre pugnacité et votre dévouement, n’oubliez pas qu’une révolution violente ou même semi–violente fait toujours des morts et des exclus. Seriez-vous assez cyniques pour admettre que nous devons en passer par-là ? Attendre que cela explose; n’est-ce pas millénariste ou passéiste? L’Homme aura-t-il encore une chance de reconstruire une société plus juste ? N’y a-t-il pas quelque chose à faire avant cela ?
Amis écolo., comme le dit Albert Jacquard dans son livre « Voici le temps du monde fini » ; l’humanité arrive sur des limites finies: surpopulation mondiale explosive, réserves mondiales limitées, interdépendance des activités humaines, etc. Le tout écologie suffirait-il à faire un projet de société ? Quel est votre programme social, votre positionnement par rapport à l'Europe? Quelles seront les phases intermédiaires ?
Amis Libéraux de Gauche, pendant un siècle, nous avons eu notre croissance, mais sur le dos des autres qui se vengent par une démographie exponentielle. Voulez-vous être qualifiés de criminels contre l’Humanité en continuant dans cette voie ? Pensez-vous au moyen et long terme ?
Amis déçus de la Gauche, rien ne sert de se morfondre dans votre coin. N’étant ni des assistés, ni des revanchards, ne vous demandez pas ce que les politiques peuvent vous donner, mais demandez vous ce que vous pouvez faire pour changer la société et surtout les politiques. Soyez rebelles, soyez acteurs du monde. Les parents de l’une des victimes du pédophile meurtrier Marc Dutroux, qui ont appelé à la marche du 2 février 97 à Clabecq, ont dit «protéger la vie des enfants, c’est aussi leur assurer un avenir. Il faut cesser de croire qu’on ne changera pas le monde». Si vous êtes content de vous et que vous avez bonne conscience. Arrêtez de lire ce texte tout de suite. Il est plus facile de s’asseoir dans un fauteuil, de parler de faits divers, de football que de se faire mal en donnant un peu de soi. Ah ! une bonne bière et une bonne dictature qui s’occupe de tout; le rêve pour devenir des esclaves heureux (le meilleur des mondes).
Amis, laissez au vestiaire vos rancœurs, vos règlements de compte, votre sourire de façade et vos extrémismes. Pour convaincre, en toute sincérité et honnêteté, parlez avec votre cœur, avec vos tripes. Pour retrouver la confiance, vous devez faire éclater votre joie, et votre bonne humeur tout en réaffirmant vos convictions. Vous pourrez alors, avec une sincérité et une confiance rétablis, demander beaucoup pour atteindre notre objectif commun.
Dans notre société matérialiste et rationnelle , le mot “Amour”, galvaudé par les religions discréditées et perverties, a-t-il encore un sens ?
Allons-nous, un jour, unir nos énergies ?
Jean Mézières le 12 février 1997