L’esprit Charlie dépend de la fraternité.

C’est pourtant une évidence et personne ne le dit. Les plaisanteries et l’humour passent plus ou moins bien en fonction de l’ambiance.

C’est pourtant une évidence et personne ne le dit. Les plaisanteries et l’humour passent plus ou moins bien en fonction de l’ambiance.

Ce matin, à la pause café dans mon service professionnel, en plus des événements horribles de la semaine dernière, le sujet ‘Fraternité’ est arrivé comme çà, par hasard. Dans un monde tellement rationnel, où tout est Liberté ‘loup dans la bergerie’, Egalité ‘Pièces jaunes’, Fraternité ‘facebook médiatique’, calculs, intérêts, cynisme, machiavélisme, guerre économique, le don et l’entraide désintéressée deviennent des denrées rares. On ne s’aime plus, on s’épie, on cherche le prétexte de contre-attaque. On ferait même chuter son collègue pour arriver en tête pour une vulgaire petite prime ou pour son égo en se faisant bien voir de sa hiérarchie. Notre morale est géométrie variable. Pour se faire du ‘blé’, que pensez-vous des gens qui voudraient acheter le label ‘Je suis Charlie’ ? Que pensez-vous des gens qui achètent en douce le pétrole à Daesh ? Que pensez-vous de nos banques qui ont contourné ‘pétrole contre nourriture’ ?  Sans aller sur les affaires d'état ou - les yeux dans les yeux - les conduites immorales et délictueuses, j’arrête là…

Loin d’être bêtes, les cours de morale doivent faire sourire nos gamins dans les écoles.

Dans une ambiance chaleureuse entre collègues de travail, les vannes à deux balles sur son physique, sur ses idées, sur ses croyances passent sans problèmes car elles sont réciproques. C’est un jeu. On sait quelles ne sont que taquineries ou belles ‘sorties’ remarquées. On se fera l’accolade sincère pour les bonnes années. Pour ma part, mes surnoms ‘Moïse’, ‘mon colonel’ ou ‘Jean le bon dit le jambon’ sont une marque d’amitié. Elles me font sourire.

Il suffit d’aller dans un service voisin, pour que tout change. Le stress, la méfiance, les burn-outs, les pressions managériales, les messes basses, les objectifs intenables cassent cette fameuse ambiance amicale. Alors pour survivre, il y a bien une ambiance mais elle n’est que factice. Elle est fausse, diplomatique ou politesse. Ne vous avisez pas à sortir votre humour, vos vannes, vos plaisanteries !  Elles feraient qu’empirer le malaise, la haine, l’écœurement.

Depuis 40 ans, malgré le déni de nos élites, notre monde hypocrite a perdu la fraternité réelle, le respect réciproque de toutes ses diversités. Alors notre soi-disant meilleur des mondes est à cran.

Les extrêmes et les fanatiques l’ont bien compris. Ils vont attendre que le fruit soit mûr, quitte à mettre du sang et du feu dessus.

Sera-t-on assez fort, assez intelligent, assez solidaire pour inverser rapidement cette pente glissante de déshumanisation et éviter le néant? Comme en 2002, le futur nous dira que penser de notre manifestation du dimanche 11 janvier; baroud d'honneur ou sursaut démocratique? 

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