La mafiacratie oligarchique ne plaisante pas. La peur, les menaces, les représailles et les otages pour l'exemple, en calmeront plus d'un.
Il faut sauver le gendarme Matelly (Radié de la gendarmerie après une tribune publiée sur Rue89). Car en le sauvant, vous vous sauvez vous-même, vous sauvez ce qu'il nous reste de nos valeurs républicaines, de nos libertés.
(poème de Martin Niemöller)
( ma suite ....)
Lorsqu'ils sont venu chercher un soutien des sans-papiers
Je me suis tu, dans mon grand confort, je n'étais pas concerné.
Lorsqu'ils sont venus délocaliser et filialiser un proche
Je me suis tu, je gardais mon emploi, sans reproches.
Lorsqu'ils sont venus chercher un libre-penseur opposant
Je me suis tu, je n'étais pas de son bord sympathisant.
Ils sont venus chercher de force mon ami journaliste
Je me suis tu, je n'étais qu'un opportuniste.
Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait plus personne pour protester.
Raymond Aubrac sur le plateau des Glières le 17 mai 2009, «Résister, c’est reconnaître une injustice et décider de ne pas en rester là. D’agir contre cette injustice. C’est plus ou moins dangereux selon les gestes, les époques, mais c’est tout à fait comparable.»
Radié de la gendarmerie après une tribune publiée sur Rue89
· Par Chloé Leprince sur Rue89
C'est la première fois qu'un contributeur de Rue89 perd son emploi après avoir publié une tribune. Cette nuit, à minuit pile, Jean-Hughes Matelly, officier de gendarmerie, sera pourtant radié de l'armée. Il a reçu ce jeudi 25 mars, des mains de son supérieur, la notification d'un décret signé le 12 mars par le chef de l'Etat. Verdict : interdiction d'exercer ses fonctions jusqu'à nouvel ordre.
Jean-Hughes Matelly a mené des recherches pour le Cesdip, laboratoire auquel participent plusieurs chercheurs que Rue89 publie régulièrement. Ce qui est ici en jeu, c'est la publication de ses travaux - notamment sur Rue89.
Sur le papier, l'armée autorise ses ouailles à effectuer des travaux de recherche d'ordre universitaire depuis 1972. La tendance est plutôt à encourager de telles initiatives. Pourtant, dans les faits, Jean-Hughes Matelly a été plusieurs rappelé à l'ordre malgré sa qualité de chercheur associé au CNRS.
Intitulée « La gendarmerie enterrée dans l'indifférence générale », la tribune de Rue89 (publiée le 20 décembre 2008) que sa hiérarchie supérieure lui a reprochée était en fait la version grand public et concise d'un travail plus vaste, publié dans la revue universitaire « Pouvoirs locaux » sur le rapprochement gendarmerie/police. Deux autres noms y étaient associés : ceux de Christian Mouhanna et de Laurent Mucchielli, tous deux CNRS.
Une précision de taille aux yeux de Jean-Hughes Matelly :
« J'avais publié, par le passé, des textes signés en tant que militaire. Cette fois, nous avions pris toutes les précautions pour que, justement, je ne sois pas exposé. Il était très clair que je m'exprimais en tant que chercheur. »
Une procédure a été déclenchée après la publication de la tribune en janvier 2009. En octobre 2009, Matelly est passé devant le conseil d'enquête de l'armée. Une audition qu'il avait préférée sans avocat « pour qu'on soit entre nous, entre militaires ».
« Une certaine idée de la démocratie »
L'officier de gendarmerie croyait alors que le Président ne suivrait pas l'avis du Conseil d'enquête, qui préconisait la radiation des cadres (c'est à dire le renvoi de l'armée).
Quelques heures après avoir appris la sanction, Jean-Hughes Matelly nous a dit « ne rien regretter » :
« Je suis officier de défense et de gendarmerie, c'est justement pour défendre une certaine idée de la démocratie. »
Comme pour tout acte administratif, des possibilités de recours existent contre le décret signé par Nicolas Sarkozy.
Le futur ex-gendarme a dores et déjà prévu de déposer un recours. L'exemple de Philippe Pichon, policier mis à la retraite d'office sur la base de ses prises de position, peut lui donner matière à un certain optimisme : la justice administrative a donné raison à ce dernier en 2009.
Toutefois, rien ne dit que le Conseil d'Etat décidera de contrer Nicolas Sarkozy dans ce dossier. L'étape suivante sera alors celle de la Cour européenne des droits de l'homme. Autant dire une procédure qui devrait s'étendre sur plusieurs années.