La journée internationale des femmes. Lutter contre les conservatismes

Partout dans le monde, des femmes subissent les conservatismes des sociétés dans lesquelles elles vivent. Au nom de la tradition, des coutumes, des croyances et des identités, elles souffrent psychologiquement et physiquement des violences qui leur sont faites. Une prise de conscience de ces conservatismes inégalitaires, agressifs et parfois mortifères permet de mieux lutter contre eux.

Le 8 mars, la journée internationale des femmes devrait être la journée internationale des luttes contre les conservatismes qui les aliènent. Partout dans le monde, des conservatismes agissent puissamment et violemment contre leur liberté et leur intégrité.

Du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest, de l’Orient à l'Occident, chaque jour, des femmes subissent des violences physiques et psychologiques. Dans certaines régions du monde, elles ne peuvent montrer leur visage, des parties de leur corps, se maquiller, danser, chanter, faire du sport, côtoyer un homme, choisir celui qu’elle aime, aller à l'école, conduire une voiture, aller voter, s'écarter de Dieu. Elles sont encore mariées de force. Elles sont excisées. Elles sont lapidées. Elles sont vitriolées. Elles sont bastonnées. Elles sont tuées, parfois.

Ces interdit, ces insultes, ces humiliations, ces agressions, ces coups, ces blessures, ces meurtres sont perpétrés au nom de ce qu'il faut conserver. Des voix sévères leur disent qu'il faut conserver les traditions, les coutumes, les origines du lieu où elles sont. Il faut conserver la virginité de la jeune fille, la pudeur de la femme, la modestie féminine. Il faut conserver les usages de la famille, les coutumes du clan, les lois des croyances, l'identité de la culture.

Ces conservatismes qui partout existent s'expriment souvent au nom d'un choc fondamental des civilisations - à la Huntington - qui existerait entre le Nord et le Sud, entre l’Est et l’Ouest, entre L’Orient et l'Occident. Ces conservatismes brutaux, agressifs et destructeurs se réclament d'une identité qui serait particulière, d'un territoire qui serait infranchissable, d’une communauté qui serait indivisible, d’une religion qui serait intangible, d'une Nation qui serait au-dessus de tout.

Pourtant, malgré ces proclamations identitaires, rien ne ressemble plus à un conservateur d’Orient qu'un conservateur d'Occident ; ou l'inverse. Que les femmes n’aient pas les mêmes droits que les hommes, n’est pas le propre d'une civilisation contre une autre. Qu’elles ne puissent pas aller à l'école, voter, conduire une voiture, montrer leur visage, des parties de leur corps, aimer celui qu'elles veulent, n'est pas le propre de l’Orient contre l'Occident. C’est celui d'un universel des suprématies contre elles. C’est le propre de tous les conservatismes historiques et géographiques qui se sont dressés contre les femmes, dans toutes les parties du monde.  

En définitive, que conservent les conservatismes contre les femmes ?  Les pudeurs ? Les dignités ? L’honneur ? Les coutumes ? Les traditions ? Les croyances ? Non ! Ils conservent les inégalités, les insultes, les humiliations, les ségrégations, les injustices, les autoritarismes, les dogmatismes, les mutilations, les violences contre elles. 

Au regard de l’histoire de l’émancipation féminine mondiale, on peut affirmer que les conservatismes perdent toujours leurs combats. Cela peut être long. Cela peut prendre des années, des décennies, des siècles. Cela peut varier d’une région du monde à une autre. Mais à la fin, ce sont les égalités entre les femmes et les hommes qui gagnent.

C’est pour cela que la lutte contre ces conservatismes mérite toujours d’être menée.

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