Le pluralisme pour réenchanter le monde

La notion de bonheur selon Aristote, est assimilée à une forme abondante de satisfaction de plaisir, donc superflue. D'après lui, nous confondons plaisir et besoin. Le besoin étant la recherche du nécessaire. Ce philosophe perçoit le bonheur, comme un équilibre. Le capitalisme instrumentalise ce bonheur à des fins mercantilistes, en s'appuyant sur la capacité des individus à rechercher le maximum de satisfaction de plaisirs, comme seule forme de « prestige social ». Faisant écho au courant hédoniste, qui érige le plaisir comme unique but de l'existence. Schopenhauer, lui, nous alerte sur le fait que l'homme est esclave de la tyrannie du désir 1. Ce penseur allemand, nous indique que l'individu est paradoxal, du fait qu'il est enclin à un « vouloir vivre » 2. Or, il cherche à tuer le temps qu'il a à vivre par un consumérisme.

 

« Le bonheur ne consiste pas à acquérir et à jouir, mais à ne rien désirer, car il consiste à être libre. » Epictète 3

 

Faisant écho au « vouloir vivre » de Schopenhauer, le « vouloir être » manifesté par les minorités en général, et les peuples autochtones en particulier, réclament un droit à la différence 4 . Cette revendication ne fait que souligner notre responsabilité, d'avoir entaché par l'acuité de nos désirs, l'existence des indigènes. Nous sommes coupables 5, d'avoir aveuglément saboter leurs « libertés impérissables »  (libre du souci matériel), au profit de notre « liberté éphémère » (enclin au souci matériel). Cette reconnaissance des peuples autochtones, nous amènerait à acquérir de la sagesse, du fait de l'altérité qu'elle induit. C'est à dire l'exercice de la raison, comme moyen de rajuster le monde de son essence plurielle, qui souffre jusqu'alors d'une interprétation unilatérale. Le pluralisme favorise la construction de l'esprit, en étant un espace de transmission de savoirs, qui fonde notre humanité. Tandis que le capitalisme est le lieu de la spécialisation, de l'adaptation au monde moderne. Quand bien même ce dernier travesti la liberté, afin de maquiller son hégémonie. Ceux en quoi, le pluralisme, est l'apprentissage de la liberté, voire la condition même de la liberté. Comme leçon universelle d'ériger le particularisme en allégorie, permettant d'embrasser ainsi la totalité. D'autant plus que dans l'imaginaire collectif, le « sauvage » évolue dans un écosystème, tel un pays de cocagne, dénué d'artifices. Suggérant de fait, une dialectique qui viendrait ternir la modernité de créer de l'abondance, puisque pour Marshall Sahlins celle-ci crée davantage de la rareté. Au terme de quoi, le pluralisme s'inscrit dans le fondement des sociétés humaines, en cherchant actuellement une autre raison à l'œuvre, que l'utilitarisme occidental. Il faudrait alors se délivrer d'une vision aliénante, car ô combien réductrice, d'un matérialisme historique comme seul critère performatif, de nos sociétés.

 

« Ce n'est pas par la satisfaction du désir que s'obtient la liberté, mais par la destruction du désir. » Epictète 6

 

Tout bien considéré le réenchantement du monde ne peut s'opérer, qu'à travers le primat du lien, de la relation, par rapport à l'individu. Cherchant ainsi à susciter la magie de la diversité qui constitue autant d'interprétations plausibles du monde commun, comme seule richesse nécessaire. Après tout, nous existons qu'à travers les autres, aussi ce n'est qu'à travers eux que nous nous révélons.

 

 

1 Il cherche à se divertir pour ne pas subir l'ennui, l'ennui étant le tourment des classes sociales aisé, pour Schopenhauer. Pour Malbranche «  s'ennuyer c'est voir le temps ».

2 Qu'il cherche à vivre le plus longtemps possible.

3 Philosophie ( 50 - 125)

4 Loin de la post-modernité qui se dote d'un pluralisme de façade, vouant un culte du présent, du à une vision apologétique du progrès, qui a été mis a mal.

5 Via notre consommation ici qui a des impacts las bas.

6 Philosophe (50 – 125).

 

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