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Billet de blog 18 janv. 2017

La politique de nos dirigeants, terreau du populisme

Les dirigeants des grands partis, de droite comme de gauche, ne cessent de dénoncer la montée des populismes et, de manière stupéfiante, ils déclarent dans le même temps : « Nous ne changerons pas de cap ! Il n’y a pas d’autre politique possible ! ». Cette attitude est absolument irresponsable.

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Face à  un puissant mouvement de protestation populaire, face à la colère de nos concitoyens, comment nos dirigeants peuvent-ils rester sourds, ne pas infléchir leur ligne politique ? En maintenant le cap, ils ne font  qu’alimenter les mouvements populistes. Dénoncer les populismes donne bonne conscience mais ne rien changer à la politique suivie nous envoie avec certitude dans le mur.

C’est pourquoi dans mon nouveau livre[1], je ne dénonce pas les populismes mais ceux qui en sont la cause, ces dirigeants qui depuis trente ans, de droite ou de gauche, nous imposent une marche vers le tout-libéral, notamment dans le domaine financier, et vers le fédéralisme. Sur le plan financier, les résultats de la déréglementation ont été spectaculaires : des crises dévastatrices qui se sont traduites par un bond colossal de la dette publique et des souffrances pour nos concitoyens !

Or, la situation financière ne cesse de se dégrader. Les banques centrales créent des liquidités sans commune mesure avec la croissance de l’économie : toutes ces liquidités s’investissent dans la spéculation et dans les actifs financiers à risque. Le déséquilibre entre la finance et l’économie n’a jamais été aussi important. En toile de fond, la croissance mondiale ralentit et la dette mondiale atteint un niveau historique. Tout cela ne peut que très mal se terminer.

En zone euro, une énorme bulle financière a été créée par la Banque centrale européenne qui a acheté massivement de la dette publique pour éviter l’éclatement de l’euro. Cela ne fait que différer la crise. Aucune des promesses faites lors de la création de l’euro n’a été tenue : prospérité, croissance, plein emploi, union politique… ! La dévaluation monétaire qui agissait sur les importations et les exportations a été remplacée par un système sinistre, la dévaluation interne, qui consiste à agir directement sur les coûts salariaux. En matière budgétaire, des textes extrêmement contraignants, permettant une intrusion permanente des experts de Bruxelles dans la politique des Etats, ont été adoptés ces dernières années. Tout cela multiplie les occasions de conflit, accentue les divisions et au final fait reculer l’idée européenne.

Le constat est clair : la France n’a plus la maîtrise de sa politique monétaire et elle a perdu une grande partie de la maîtrise de sa politique budgétaire au profit d’experts non élus. Or, ces experts ne sont en principe là que pour proposer et exécuter, non pour décider. La perte de crédibilité de nos dirigeants politiques ne s’explique pas autrement.

Face à cet engrenage dangereux pour l’économie, pour l’Europe et pour la démocratie, la seule manière de s’en sortir, c’est de restaurer la primauté du politique. Il faut restaurer l’autorité du politique sur la finance qui déstabilise l’économie. Cela s’appelle la gouvernance internationale. Il faut restaurer la primauté du politique sur les experts à  Bruxelles et à Francfort. Cela s’appelle la souveraineté nationale. Il est urgent de réintroduire de la flexibilité dans nos politiques budgétaires et monétaires, de laisser davantage de liberté aux Etats. Refuser de réformer ce système, pratiquer la fuite en avant, c’est aller à la catastrophe.

Dans la campagne présidentielle actuelle, ces thèmes sont peu abordés. On n’évoque également que très peu le problème du réchauffement climatique, le sujet le plus grave. Les dirigeants européens ont créé voici dix ans un grand marché financier des quotas de carbone qui était censé maîtriser la moitié des émissions de dioxyde de carbone en Europe. Or, ce marché ne sert à rien ! Si nous n’agissions pas immédiatement, il sera trop tard. Le climat est le seul domaine dans lequel l’évolution peut devenir irréversible.

Demain, si le pire arrive, nos dirigeants politiques seront tenus pour responsables : ils savaient et ils n’auront rien fait ! La colère des peuples ne sera que le miroir de leur obstination et de leur aveuglement.

Eviter l'effondrement © Jean-Michel Naulot
France Info L'interview Eco © franceinfo

[1] « Éviter l’effondrement », Seuil (19 janvier 2017).

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