Non, les citoyens ne dilapident pas les fonds publics! L'Europe fait fausse route.

Lorsque la crise de l’euro a éclaté, au printemps 2010, il y a eu un véritable déni que la monnaie unique puisse connaître une crise. Les dirigeants européens ont aussitôt déclaré que la zone euro était en face d’une crise de la dette publique. Il était trop douloureux pour les pères fondateurs de l’euro de reconnaître qu’ils avaient donné naissance à un enfant plutôt diabolique.

Lorsque la crise de l’euro a éclaté, au printemps 2010, il y a eu un véritable déni que la monnaie unique puisse connaître une crise. Les dirigeants européens ont aussitôt déclaré que la zone euro était en face d’une crise de la dette publique. Il était trop douloureux pour les pères fondateurs de l’euro de reconnaître qu’ils avaient donné naissance à un enfant plutôt diabolique. Dans tous les pays en difficulté, puis dans l’ensemble de la zone, des plans d’austérité ont été mis en place. Or, dans tous les pays de la zone euro, à l’exception de la Grèce qui avait falsifié ses comptes, la crise venait d’un excès de dette privée, lui-même consécutif à une politique de taux mal adaptée tout au long des années 2000. Pour le Président de la BCE, la tâche était en effet impossible. Comment avoir en effet les mêmes taux dans un pays comme l’Espagne où l’inflation était forte et dans un pays comme l’Allemagne où il fallait financer la réunification ? Résultat, l’Espagne a laissé se développer une énorme bulle immobilière. Aujourd’hui, c’est l’inverse : l’Allemagne voudrait que la BCE augmente ses taux car elle craint une bulle immobilière mais la BCE ne le peut pas puisque l’inflation est nulle en Espagne, voire négative.

A peu près personne ne conteste que sur le long terme les finances publiques doivent être gérées avec rigueur. Mais le sérieux budgétaire ne signifie pas la brutalité, surtout quand la croissance est faible. L’inverse de ce qui est recherché risque en effet d’être obtenu. Lorsque la croissance n’est plus là, l’impôt ne rentre plus et les déficits se creusent. Keynes l’avait écrit, le FMI l’avait rappelé sous forme d’avertissement à l’Europe en janvier 2013 et l’évolution de la dette française le démontre depuis vingt ans. De la fin de l’année 1990 à 1996, période où la France subit un ralentissement de la conjoncture mondiale et la politique dite du « franc fort », la dette publique passe de 35% à 58% du PIB. Puis de 2002 à 2003, suite à la crise financière (krach boursier internet), la dette passe de 59% à 63% du PIB (la progression est également de 4% du PIB en Allemagne). Enfin, de 2007 à aujourd’hui, période au cours de laquelle la croissance est nulle en raison de la crise financière et de la crise de l’euro, la dette passe de 64% à 93% du PIB.

Politique du franc fort, krach boursier de 2001-2002, krach de 2008-2009 et crise de l’euro, ces crises financières suffisent à expliquer la quasi-totalité de la progression de la dette publique en un peu plus de vingt ans, de 35% à 93%. Les citoyens ont-ils trop dépensé ? Ou bien les dirigeants occidentaux, gouvernements et banques centrales, ont-ils conduit une politique monétaire inadaptée, ont-ils insuffisamment régulé la finance internationale ? La réponse va de soi.

Le bond en avant de la dette publique à l’occasion de la dernière crise a été constaté dans tous les pays occidentaux. Au Royaume Uni par exemple, la dette publique est passée de 43% en 2007 à 95% actuellement. Et le gouvernement britannique pratique pourtant lui aussi une politique d’austérité destinée à contenir les déficits.

Pourquoi ne met-on pas plutôt en garde les pays que l’on dit vertueux, au sens des critères de Maastricht, ceux qui ont un taux d’endettement public modéré mais qui ont en revanche une dette privée considérable ? Les Pays-Bas, le Danemark, le Royaume Uni et la Suède (ces trois derniers hors zone euro) ont des niveaux de dette des ménages qui représentent deux à trois fois la dette des ménages français. Or, les crises éclatent plus souvent en raison d’un excès de dette privée que d’un excès de dette publique, comme en 1929, comme en 2007, comme récemment en zone euro.

Enfin, pourquoi ne dit-on jamais qu’avec une dette publique de 93% par rapport au PIB, certes trop élevée, la zone euro reste beaucoup plus raisonnable que les Etats-Unis ? Lorsque l’on ajoute aux 108% de dette fédérale américaine la dette des collectivités locales et la dette des Etats afin de faire des comparaisons homogènes avec l’Europe, les Etats-Unis affichent 128% de dette publique par rapport au PIB.

L’Europe fait fausse route. Le meilleur moyen de maîtriser la dette publique, ce n’est pas de s’installer dans l’austérité et la déflation mais de sauvegarder la croissance, de tenter de convaincre l’Allemagne que si tous les pays de la zone euro pratiquent l’austérité, si la troïka continue ses opérations commandos en Grèce, la zone euro va droit dans le mur.

Et le meilleur moyen de maîtriser la dette publique c’est aussi d’éviter une nouvelle crise financière en respectant la feuille de route fixée par les G20 de 2008-2009 pour encadrer la finance. Pour le moment, cela n’est malheureusement pas le cas.

Sur l’euro voir vidéo : 

 

 

 

Voir aussi l’article publié par la Fondation Res Publica : http://www.fondation-res-publica.org/Crise-de-l-euro-regarder-les-realites-en-face_a795.html

Sur la gestion de la crise grecque voir article dans l’Obs : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1155880-jean-claude-juncker-tete-de-liste-de-la-droite-aux-europeennes-le-choix-de-l-austerite.html

Sur les liens entre dette privée et dette publique voir la vidéo des Echos : http://videos.lesechos.fr/news/graphiques-vittori/dette-publique-c-est-la-faute-du-prive-les-graphiques-de-vittori-48-3568944469001.html

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