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Billet de blog 31 mars 2015

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Conférence de Paris : un curieux leadership !

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En vue de la Conférence de Paris sur le climat de décembre prochain, les participants doivent remettre dès maintenant leurs contributions aux Nations Unies. Sans perdre de temps, l’Union européenne vient de remettre la sienne. Dans un entretien au Monde daté du 31 mars 2015, le commissaire européen au climat et à l’énergie, Miguel Canete, se félicite que l’Union européenne affirme ainsi son leadership. Il confirme que dans ce document l'Union européenne s'engage à réduire d’au moins 40% ses gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à 1990. Comme des objectifs, aussi nobles soient-ils, n’ont qu’une valeur limitée s’ils ne sont pas immédiatement accompagnés de la définition des moyens, Miguel Canete précise que cet objectif pourra être atteint de deux manières : grâce à des «  actions fortes de décarbonisation » et grâce au « développement des énergies renouvelables ».

A la question plus précise « Pourquoi l’Europe s’est-elle orientée vers un marché du carbone et non vers une taxe carbone ? », le commissaire européen répond : « Nous avons mis en place un marché du carbone pour lancer un signal aux entreprises. S’il est puissant, il sera plus facile d’avancer vers la décarbonisation. Des pays comme la Chine ou les Etats-Unis ont aussi leur marché carbone, mais notre modèle est le plus organisé au monde, avec son mécanisme de droits d’émission diminuant année après année ».

En lisant cette déclaration, l’ancien régulateur des marchés financiers signataire de cette tribune, s’étrangle ! Le marché européen des droits à polluer, un modèle pour le monde ? Un instrument efficace pour contribuer à la décarbonisation ?

Le 18 décembre dernier, le site Toute l’Europe avait donné la parole à la responsable du pôle Marché du carbone et des énergies à la CDC Climat, filiale de la Caisse des Dépôts. Analysant les facteurs de réduction des émissions de carbone pour les 12000 sites industriels concernés par le marché des droits de carbone, Emilie Alberola avait déclaré que les travaux d’analyse effectués permettaient de conclure que la réduction des émissions depuis 2005 est attribuable à 50% au développement des énergies renouvelables, à 30% aux conséquences de la crise économique, à 10-20% à l’efficacité énergétique induite par des politiques spécifiques et seulement à 0-10% à l’effet du prix du carbone lui-même ». Une aimable précision qui évite de dire zéro…

Dans mon livre sur la crise financière, dans les pages consacrées à la description de « la photo hallucinante des innovations financières », je dénonce avec vigueur une  marchéisation sans limite qui est parfaitement illustrée par ce marché des droits à polluer. Il aurait été tellement plus efficace et plus simple de mettre en place une taxe carbone européenne !

On a un peu oublié que cette innovation destinée à maîtriser les émissions à effet de serre a été décidée à la fin des années quatre-vingt-dix. Des dirigeants politiques comme Dominique Strauss Kahn, alors ministre des Finances, et des économistes comme Jean Tirole plaidaient avec vigueur en faveur d’un tel marché qui a été décidé en 1997-1998 lors de la signature du Protocole de Kyoto. Nous étions il est vrai en pleine dérégulation. C’est au cours de ces mêmes années que les conseillers de Clinton se sont  vigoureusement opposés à toute régulation des produits dérivés…

Le marché des droits de carbone qui consiste à échanger des droits à polluer - les plus pollueurs pouvant acheter des droits pour pouvoir polluer davantage et les moins pollueurs pouvant en vendre s’ils polluent peu - a commencé à fonctionner en 2005, pour le plus grand plaisir des banques et de quelques spéculateurs, et même de quelques fraudeurs ! Le marché a très vite tourné au fiasco. Depuis deux ans, le prix est au plancher, aux alentours de 5 euros la tonne, alors qu’il devrait être au minimum de 30 euros pour être efficace, voire disent certains observateurs, autour de 40 ou 50 euros. Les dirigeants européens ont sous leurs yeux ce désastre d’un marché qui ne sert plus à rien et ils ne font rien pour autant, s’accrochant à un calendrier initial qui prévoyait de ne rien changer d’ici 2020 ! Comment peuvent-ils envisager de plaider sérieusement la cause du climat à la fin de cette année en présentant une pareille vitrine ?

Si les dirigeants européens veulent avoir une chance d’être écoutés lors de la Conférence sur le climat, affirmer leur leadership, il est urgent qu’ils décident une réduction du surplus des droits de carbone, avec une application immédiate, afin de faire remonter le prix de marché. C’est le seul moyen d’éviter un décalage fort entre les paroles et les actes. Même si, devant le défi du dérèglement climatique, on était en droit d’attendre beaucoup mieux avec la création d’une taxe carbone européenne. Une taxe qui aurait été un signal important envoyé aux pays en cours d’industrialisation. Et, cette fois, personne n’aurait douté de l’engagement européen !

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