Jean-Michel PINON

Abonné·e de Mediapart

16 Billets

0 Édition

Billet de blog 15 septembre 2010

Jean-Michel PINON

Abonné·e de Mediapart

Surenchère verbale : la faute à Sarkozy

Après les dernières déclarations de Viviane Reding, Commissaire Européenne à la Justice comparant la politique d'Hortefeux-Besson aux épisodes de la Seconde Guerre Mondiale, on est en droit de se demander: pourquoi le journal satirique "Le Berry Ripou" à Bourges (Cher), sera jugé vendredi pour avoir fait ce même parallèle dans le cadre beaucoup moins sérieux d'une caricature ? Extrait n°2 des conclusions de l'avocat du journal satirique, Maître Yann Galut.

Jean-Michel PINON

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Après les dernières déclarations de Viviane Reding, Commissaire Européenne à la Justice comparant la politique d'Hortefeux-Besson aux épisodes de la Seconde Guerre Mondiale, on est en droit de se demander: pourquoi le journal satirique "Le Berry Ripou" à Bourges (Cher), sera jugé vendredi pour avoir fait ce même parallèle dans le cadre beaucoup moins sérieux d'une caricature ? Extrait n°2 des conclusions de l'avocat du journal satirique, Maître Yann Galut.

La France est actuellement dans un climat politique « tendu ». « L'affaire Woerth/ Bettencourt » est symptomatique de ce changement de climat. Après avoir fait des révélations dans cette affaire, Médiapart a été accusé par Xavier Bertrand, d'utiliser des « méthodes fascistes ». Le journal l'Express précise à ce sujet que Médiapart a porté plainte pour diffamation à l'encontre du secrétaire général de l'UMP, Monsieur Xavier Bertrand. Lors d'une émission de France Culture du 03/07/2010, il est indiqué qu'un baromètre réalisé par Figaro Magazine évaluant le climat politique montre un score historique, en effet : "Le score le plus bas qu'ait connu un Président de la République au cours de son premier mandat".
On est en droit de s'interroger sur le fait de savoir si le Président de la République a une part de responsabilité dans la surènchère verbale qu'il y a actuellement en France et en europe à propos de la politique outrancière menée actuellement par la France ?
Ainsi, le site internet agitateur.org, premier site internet de Bourges et de sa Région en terme d'audience devant les sites d'information de proximité traditionnels, fait le constat dans son éditorial de septembre 2010 que le Président de la République ne récolte que ce qu'il a semé :

"Nicolas Sarkozy a été élu en Mai 2007 sur un programme qui cachait volontairement mal des thèses de l'extrême droite française. Qu'il en vienne à adopter certaines de ces thèses ouvertement n'a rien d'étonnant. D'ailleurs, il n'a pas fallu attendre cet été afin que de nombreux Français protestent contre la politique d'expulsion des étrangers, jugée souvent comme inhumaine. Rien qu'à Bourges, en février 2010, l'expulsion d'une famille Russe avait suscité de nombreuses protestations. Dans la mêlée de ces protestations, une caricature du Berry Ripou. Et comme on est dans la France de Sarkozy en 2010, ils devront répondre de cette caricature devant la justice le 17 septembre 2010. Encore un bon test afin de mesurer la liberté d'expression en France et vérifier l'existence réelle du droit à la caricature. Là encore, comment s'étonner de réponses caricaturales face à une politique caricaturale qui cherche à masquer ses échecs flagrants par une surenchère droitière ?"

(...)

Le discours politique s'est encore durci à la suite d'autres événements. Comme le débat sur l'identité nationale à Grenoble le 30 juillet 2010, la politique d'expulsion de Roms. Il y a eu à la suite de ces événements de nombreuses réactions.

En effet, l'ONU et plus précisément le CERD( Comité des Nations Unies pour l'élimination de la discrimination raciale), a dénoncé la répétition des actes « racistes ». C'est le premier rapport de la CERD sur la France depuis 2005. Les experts ont été surpris par plusieurs faits de la France. Notons que le délégué nigérien précise que le carnet de circulation, obligatoire pour toute personne ne disposant pas d'adresse fixe, lui rappelle « l'époque de Pétain ». De plus, les déclarations faite par le président de la république sur l'identité nationale, a fait réagir le représentant turc, Monsieur Gun Kut :

« Je ne comprends pas ce que c'est qu'un Français d'origine étrangère » et « je me demande si cela est compatible avec la constitution »

D'ailleurs en ce qui concerne l'expulsion de ces derniers, notons plusieurs réactions tant en France qu'à l'étranger.

Le député UMP de l'Hérault, Jean-Pierre Grand a dénoncé l'expulsion de Roms à Montreuil du 14 aout 2010 en affirmant que cette politique de démembrement des camps illégaux tournait à l'ignoble.

« Peut-on être un député de la République et laisser faire cela sans réagir quand on découvre que les forces de l'ordre, intervenant très tôt le matin, trient les familles, les hommes d'un côté, les femmes et enfants de l'autre avec menace de séparer les mères et les enfants ? »

Le député, a appelé à la démission du préfet, « tous les républicains ne pourront que condamner ces méthodes qui rappellent les rafles pendant la guerre ».

Autre député UMP, Monsieur François Goulard, critique aussi la politique d'expulsion des camps de Roms menée par le gouvernement. Selon lui la politique menée est « choquante », et « des femmes et des enfants qui ne sont pas traités de manière décente ».

Monsieur Patrick Braouezec, député de gauche, considère « qu'on est au seuil de quelque chose qui remet en cause des valeurs républicaines », cette « tradition républicaine française qui est en train d'être bafouée » «On est dans une escapade de propos et d'actes qui relèvent plus, presque, de la guerre civile, en tout cas de l'incitation à être dans l'hostilité vis-à-vis de certaines populations ».

Monsieur Michel Rocard, ancien Premier Ministre a fait part très sérieusement, dans le magazine Marianne 2, de son indignation en des termes allant bien plus loin que Le Berry Ripou qui s'inscrit pourtant dans une démarche satirique et pamphlétaire :

« On ne va pas étaler une ligne de barbelés le long des frontières. On ne va pas dresser les chiens policiers à flairer les sans-papiers. (...) On ne peut pas expulser à tour de bras n'importe qui (...) Quand on va chercher l'électorat du Front national, voilà sur quels scandales on débouche. La loi sur les mineurs délinquants passe de la responsabilité pénale individuelle à la responsabilité collective. On n'avait pas vu ça depuis Vichy, on n'avait pas vu ça depuis les nazis. Mettre la priorité sur la répression, c'est une politique de guerre civile »

A l'étranger notons, que le New York Times, The Australian, le Times, le Sega (journal bulgare) et d'autres ont réagi et condamné la France pour ces actes d'expulsions employant des expressions comme « déportation », « réactions xénophobes » mais aussi « souvenirs de la Gestapo ».

De plus, dernièrement, l'église catholique réagit aussi par l'intermédiaire d'un responsable du Vatican, Monsieur Agostino Marchetto.

Plus localement, Monsieur Philippe Gitton, maire-adjoint à la Culture (Bourges UMP) a réagi dans Le Berry Républicain (27 août 2010) à la politique sécuritaire d'un gouvernement :

« Pour montrer sa détermination, le Président de la République a décidé de s'en prendre aux Roms (...) cela, outre que ça remémore quelques vieux souvenirs pas très reluisants de la politique française, nous met au banc de l'Europe, de l'Eglise et de l'ONU ».

Ainsi, on peut voir que la caricature publiée par Le Berry Ripou s'inscrit dans le climat politique actuel qui s'amplifie depuis des mois.

Dans ce contexte, le citoyen éclairé ne pourra que s'étonner et s'offusquer de voir un modeste journal satirique local être l'illustration d'une fable de Jean de La Fontaine, « Les animaux malades de la Peste », chef d'oeuvre de la littérature Française, dont la morale se termine ainsi :

« Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »

Ainsi déjà, la différence d'appréciation selon son émetteur sur des propos se rejoignant a été fort pertinemment soulignée sur un site internet berrichon, Giblog :

« La comparaison qui est innocente si elle est faite par un député UMP, est jugée offensante lorsqu'elle est publiée dans le modeste journal de Jean-Michel Pinon. Matthieu Bourrette aurait-il osé la même chose si le dessin avait été publié par Le Canard Enchainé ? »

La question est pertinente car au lendemain de l'expulsion indigne de notre République de cette famille Russe, qui a motivé la caricature du Berry Ripou, le quotidien Le Berry Républicain se faisait le relais de propos de M. Jean-Luc Julien (opposition municipale), prononcés évidemment sur le coup de l'émotion, sans que ceux-ci ne provoquent de polémique ou de plaintes à l'égard du journal du puissant groupe de presse Centre France. Il évoque :

« une violence d'Etat qui fait penser à l'application des lois anti-juives sous Vichy ».

Pour sa part, le philosophe Laurent Cachard, évoquant la plainte dont est l'objet Le Berry Ripou a écrit :

« Une histoire parmi tant d'autres, vous disais-je. Sans doute contre-productive. Pour autant: à mépriser toute forme de liberté, on fabrique des insurgés ».

Car s'il est interdit de penser ou d'affirmer de façon sérieuse ou de façon humoristique ou encore caricaturale que la politique menée par l'actuel gouvernement « au nom de la République » nous rappelle par certains aspects « les heures les plus sombres de notre Histoire », quelle sera la prochaine étape ?

Interdira-t-on les manifestations contre « la xénophobie d'Etat » qui se sont déroulées dans toute la France au début de ce mois de septembre ?

Empêchera-t-on des centaines de citoyens de se réunir, comme à Bourges dernièrement, devant le monument de la Résistance pour entendre un discours très touchant de M. Pierre Ferdonnet, ancien résistant et ancien déporté, rappelant à quels drames humains avaient conduits « l'application de la loi » durant la « France de Vichy » ?

Est-ce cela, la prochaine étape ?

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.