Sans-papiers et Vichy : une comparaison légitime?

Oui, répond l'anthropologue Emmanuel Terray, qui donnait ce moi-ci une conférence à Bourges sur le thème de la politique "indigne" de la France en matière d'immigration. Ce serait même une vérité historique.
Sans-papiers : comparaison est parfois raison, par Emmanuel Terray © BerryRipouTV
Sans-papiers : comparaison est parfois raison, par Emmanuel Terray © BerryRipouTV
Oui, répond l'anthropologue Emmanuel Terray, qui donnait ce moi-ci une conférence à Bourges sur le thème de la politique "indigne" de la France en matière d'immigration. Ce serait même une vérité historique.

La justice Tourangelle s’apprête à rendre le 26 mai, une décision très attendue dans l’affaire des « 4 de Tours » accusés de diffamation pour avoir comparé les méthodes de lutte contre les sans-papiers à celles de l’administration de Vichy.

Cité comme témoin dans cette affaire, l’anthropologue Emmanuel Terray, était présent à Bourges (Cher) le 9 mai pour y donner une conférence sur le thème de la politique « indigne » de la France en matière d’immigration.

Selon lui, la comparaison taboue des « 4 de Tours » relève bien d’une vérité historique.

Dans un article refusé par Le Monde en 2007 mais considéré aujourd’hui comme un texte de référence, Emmanuel Terray avait déjà exprimé ce point de vue (« 1942-2006, réflexions sur un parallèle contesté »).

« Assurément il existe entre les deux épisodes des différences considérables », reconnaît d’abord Emmanuel Terray qui est par ailleurs directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et membre de la Ligue des Droits de l’Homme. « Mais celles-ci tiennent presque exclusivement au rôle de l’occupant Allemand (…) En revanche, si l’on considère le comportement des autorités Françaises, les similitudes sont manifestes ».

A Bourges, Emmanuel Terray s’est indigné que le caractère essentiel du « devoir de mémoire » soit reconnu, mais que sa mise en pratique soit considérée comme taboue et diffamatoire : « Ce doit être un devoir de mémoire utile. Utile pour comprendre le passé. Utile aussi pour comprendre le présent. Il y a une contradiction entre d’un côté cultiver le devoir de mémoire et de l’autre côté interdire à nos concitoyens de s’en servir pour analyser les événements actuels ».

Aux fonctionnaires de Préfecture et de Police qui invoquent la simple application des ordres, Emmanuel Terray a rappelé qu’ils disposaient d’un droit de retrait en refusant d’appliquer des mesures qui leurs paraissent illégitimes, illégales, inconstitutionnelles ou comme violant les Droits de l’Homme.

S’appuyant sur l’exemple de « l’affaire Papon», Emmannuel Terray a d’ailleurs insisté sur le fait que pour la justice « l’ordre reçu et l’exécution d’une consigne n’exonèrent jamais le fonctionnaire de sa responsabilité ».

 

Repères :

- Nouveau report du procès des « 4 de Tours »

- Les « 4 de Tours » satisfaits de leur procès

- « Face aux abus de mémoire », Emmanuel Terray – 2006, éditions Actes Suds

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