Le Cher assume ses tirs à l'uranium appauvri

BOURGES (18). Interpellé par le groupe « Alerte Uranium » du Collectif 18 contre la Guerre au sujet d’essais de munitions contenant de l’uranium appauvri sur le polygone de Bourges, le Président du Conseil Général du Cher, M. Alain Rafesthain a botté en touche. Pendant ce temps, le « mur du secret et du silence » se fissure très lentement dans la campagne berrichonne.

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BOURGES (18). Interpellé par le groupe « Alerte Uranium » du Collectif 18 contre la Guerre au sujet d’essais de munitions contenant de l’uranium appauvri sur le polygone de Bourges, le Président du Conseil Général du Cher, M. Alain Rafesthain a botté en touche. Pendant ce temps, le « mur du secret et du silence » se fissure très lentement dans la campagne berrichonne.

« Ce n’est pas de mon ressort ». Telle est en substance la réponse formulée avant l’été par le Président du Conseil Général du Cher Alain Rafesthain au groupe « Alerte Uranium » du Collectif 18 contre la guerre. Dans un courrier, l’association berruyère s’inquiétait des essais de tirs à l’uranium appauvri de l’ETBS (Etablissement Technique de Bourges) effectués sur le polygone de Bourges. Un terrain de trente kilomètres de long sur quatre à cinq kilomètres de large pour une surface de 10.000 hectares.

Ne reconnaissant pas la dangerosité des tirs à l’uranium appauvri, la France continue de procéder à des essais et refuse d’appliquer les résolutions du Parlement Européen portant sur la réalisation d’enquêtes épidémiologiques.

Dans son courrier, le Collectif 18 contre la guerre, demandait au Président du Conseil Général du Cher, M. Alain Rafesthain, le financement pour permettre des études d’impact par un laboratoire indépendant en procédant à des prélèvements de sols sur le cours d’eau de Craon et Airain ainsi que des marais de l’Yèvre.

S’il n’y est pas défavorable, Alain Rafesthain a poliment décliné toute initiative du Conseil Général allant en ce sens, mais a promis de suivre l’Etat si celui-ci décidait à lancer une telle étude.

Cette réaction attentiste n’est pas nouvelle. Les collectivités communiquent le moins possible sur ce qui se passe au polygone de Bourges afin de ne pas inquiéter « inutilement » une population qui ne se soucie absolument pas de ces questions.

Le groupe « Alerte Uranium » du Collectif 18 contre la guerre évoque ainsi des demandes de rencontre adressées en janvier 2011 à la Préfecture du Cher et auprès de la Direction de l’ETBS qui sont restées sans réponse.

Un sujet qui ne fait pas débat

La question des tirs à l’uranium appauvri est relativement source=web&cd=2&sqi=2&ved=0CCQQFjAB&url=http%3A%2F%2Fwww.sfer.asso.fr%2Fcontent%2Fdownload%2F2821%2F26627%2Ffile%2FC3%2520-%2520ROSSIGNOL.pdf&rct=j&q=Karen%20Rossignol&ei=MCt_TonZD82q8QPp3qmcAQ&usg=AFQjCNHjprHAR8XAUauBcP4723ioAXOGxw&cad=rja">« Les essais d’obus à l’uranium appauvri dans la campagne berrichonne : cécité passagère ou confiance des riverains? »

En effet, selon la sociologue, même au plus fort de la « polémique » dans les années 1999-2001, sur les conséquences des tirs à l’uranium appauvri durant la Guerre du Golfe et la Guerre et celle du Kosovo (1), le silence des médias et élus berruyers a été assourdissant (2). Quant à l’indifférence des habitants, Karen Rossignol montre qu’elle a été particulièrement remarquable.

Au terme d’un long travail de recherche, Karen Rossignol a pu établir que cette singularité berrichonne reposait sur deux grand axes.

D’abord, l’habitude. C’est à partir de Napoléon III, que la commune de Bourges a tiré son dynamisme économique de sa mono-industrie de l’armement. Depuis plus de 150 ans, les bruits d’explosions rythment la vie de la cité. Les habitants y sont habitués. Beaucoup d’entre-eux sont d’ailleurs militaires ou travaillent dans des usines d’armement. Ils vivent de ces tirs et ne conçoivent pas qu’ils puissent aussi en mourir.

De plus, s’interroger sur les dangers de ces tirs reviendrait probablement pour eux à vouloir « scier la branche sur laquelle ils sont assis ».

Ensuite, Karen Rossignol explique le silence des berrichons par « la confiance » qui s’est construite non pas sur la communication relative aux risques (celle-ci a été inexistante jusqu’à très récemment) mais sur un rapport social établit de longue date.

L’ETBS entretient en effet de « bonnes relations de voisinage » et participe à la vie locale en organisant des manifestations ou en rendant des services aux communes voisines. Son image est positive dans la ville et dans le département. L’ETBS est donc parfaitement intégré.

En outre (ou en conséquence), Karen Rossignol a pu établir que l’ETBS jouissait d’une image de compétence et d’expertise qui ne souffre d’aucune suspicion sur la dangerosité de ses activités.

Quelques timides frémissements

Avec le déclins de l’industrie de l’armement à Bouges qui coïncide avec celui d’un Parti Communiste jusque-là très puissant localement (3), de légères brèches sont apparues dans ce mur du silence.

Ainsi, En novembre 2010, le Conseil Général du Cher avait accordé au groupe « Alerte Uranium » du Collectif 18 contre la guerre (4), la grande salle des délibérations pour y organiser une réunion d’information sur les essais d’armes à uranium appauvri dans le Cher. Un événement impensable l’échelle de la ville de Bourges… qui a fait salle comble (5).

Tour à tour, Alain Acariès (Avigolfe), Patrice Bouveret (CDRPC), Abraham Béhar (AMFPGN), Ria Verjauw (ICBUW) avaient détaillé des résultats d’études menées partout sauf à Bourges, et avaient apporté des éléments concrets sur la santé des personnes qui avaient été exposées à des essais de tirs similaires à ceux de Bourges.

Mais le chemin vers davantage de transparence dépend largement d’une volonté commune des habitants et de leur représentants. Une volonté qui reste peu perceptible.

Comme le souligne le groupe « Alerte Uranium », un rapport de la Préfecture du Cher fait à M. le Député Louis Cosyns (UMP) en décembre 2008, n’a toujours pas été porté à la connaissance de la population de Bourges et son département.

Dans les préoccupations environnementales locales, les tirs d’obus à l’uranium appauvri demeurent donc encore loin derrière le développement des pistes cyclables et la promotion du vélo ou « l’embellissement » de la ville.

Cela pourrait prêter à sourire. Et pourtant…

 

__________

(1) Radiotoxicité pouvant entraîner des leucémies et des conséquences durables sur l’environnement.
(2) Karen Rossignol écrit d’ailleurs qu’au cours de son enquête, elle s’est heurtée à un refus catégorique d’interroger le maire de Bourges, M. Serge Lepeltier (UMP) « qui n’était autre que le Ministre de l’Ecologie et du Développement Durable de mars 2004 à juin 2005) » ou l’un des adjoints au maire.
(3) Le PCF local défend ardemment l’industrie de l’armement en raison de son électorat ouvrier qui œuvre à la fabrication d’armes, d’obus et d’engins militaires. Le député Jean-Claude Sandrier (PCF) participe au « lobbying militariste » à l’Assemblée Nationale et se dispute les mérites de la sauvegarde de l’industrie de l’armement dans le Cher avec son collègue M. Yves Fromion (UMP).
(4) Dont les fondateurs Annie et Joël Frison sont très proches du Parti Communiste, ce qui constitur un certain paradoxe avec la note précédente (3).

(5) Vidéos de la conférence de presse qui s’est déroulée préalablement disponibles sur Youtube : 1ère partie, 2ème partie. Vidéo de la journée itinérante de sensibilisation aux essais de tirs à l’uranium appauvri dans le Cher : 3ème partie (reportages « Le Berry Ripou », éditions Le Berry des Pendus qui propulse centrOscope sur la toile).

Cette contribution a été préalablement publiée sur: centroscope.org

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