Les «4 de Tours» feront appel

TOURS (37). Une relaxe et trois amendes avec sursis. Loin d'estimer la décision du Tribunal Correctionnel de Tours clémente, les militants tourangeaux, poursuivis par Brice Hortefeux pour avoir comparé la politique à l'égard des sans papiers aux méthodes administratives de la France de Vichy ont annoncé leur intention de faire appel.

TOURS (37). Une relaxe et trois amendes avec sursis. Loin d'estimer la décision du Tribunal Correctionnel de Tours clémente, les militants tourangeaux, poursuivis par Brice Hortefeux pour avoir comparé la politique à l'égard des sans papiers aux méthodes administratives de la France de Vichy ont annoncé leur intention de faire appel.

« Nous assumons, nous revendiquons le droit de faire part de nos soupçons, de faire des comparaisons historiques, de dénoncer la politique raciste de l'Etat (…) nous irons devant la cour de cassation et la cour européenne des droits de l'homme si besoin, car nous n'accepterons aucune condamnation». Plus d'un an après les faits et après plusieurs reports d'audience, l'affaire des « 4 de Tours » semble ne pas être prêt de connaître son épilogue. En avril 2010, le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux poursuivait en diffamation publique d'administrations publiques, deux militants Tourangeaux de Soif d'Utopie et de RESF 18 pour avoir comparé la politique à l'égard des sans papiers aux méthodes administratives de la France de Vichy. Le 26 mai dernier, le Tribunal Correctionnel de Tours a condamné trois des quatre militants cha­cun à 500 euros d'amende avec sur­sis, 300 euros de dom­mages et inté­rêts à ver­ser à l'Etat ainsi que le règlement solidaire de 3000 euros de frais de procédure. Une quatrième militante a été relaxée. Redoutant une peine avec sursis les condamnant à « cinq ans d'auto-censure », les deux militants de Soif d'Utopie ont vivement réagis dans un communiqué de presse pour déplorer ce jugement : « la justice dit que nous n'avons pas le droit de faire part de soupçons sur d'éventuelles dérives et exactions de l'administration, de la police et de la gendarmerie. Elle interdit toute comparaison historique avec la période de Vichy. Elle entérine donc la censure d'Etat. Elle justifie le traitement discriminatoire de l'Etat suivant qu'on soit manant ou notable. Elle condamne toute personne qui dénonce, se mobilise contre la politique raciste et xénophobe de l'Etat ». Durant le mois d'août 2010, de nombreuses voix d'intellectuels et d'hommes politiques s'étaient élevées pour s'indigner des discours sécuritaires et du sort fait aux « Roms » en les comparant aux agissements de la France de Vichy. Ceux-ci n'ont jamais été inquiétés ni poursuivis par la justice. A l'occasion d'une conférence donnée ce mois-ci à Bourges (Cher), l'anthropologue Emmanuel Terray a estimé que ces comparaisons « taboues » étaient historiquement légitimes. Les militants de Soif d'Utopie et de RESF37 étaient soutenus par le Syndicat des avo­cats de France, la Ligue des droits de l'Homme et plus de 140 associations et structures réparties dans toute la France. Pour « Soif d'Utopie », l'indignation ne doit pas être un concept théorique. Elle relèverait de la liberté d'expression et du devoir de mémoire. « Un de nos objectifs est de contribuer à la constitution d'une jurisprudence pour que les camardes poursuivis pour des raisons similaires puissent s'appuyer sur notre relaxe ».

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