Référendum danois. Un exemple pour la France

Les Danois ont rejeté par référendum, jeudi 3 décembre, une participation de leur pays aux programmes européens de sécurité. Le non, défendu par l'extrême gauche et le Dansk Folkeparti (Parti du peuple danois), pourtant soutien au Parlement du gouvernement, a obtenu 53,1 % des suffrages, contre 46,9 % pour le oui, selon des résultats définitifs.

 

 

Ce vote marque une prise de position qui aujourd'hui, pourrait être celle des Français, s'ils étaient consultés.

Terrorisme

D'une part, concernant Europol (programmes européens de sécurité ), il faut bien constater la faillite de la coopération entre services européens, que ce soit dans le contrôle anti-terroriste aux frontières de Schengen ou dans la détection des djihadistes, étrangers ou nationaux, déjà installés, souvent depuis longtemps, sur le sol européen. Les Danois considèrent que, dans cette double tâche, leur participation à l'UE et les échanges avec Europol ne font que gêner l'action de leurs propres services. Mieux vaudrait renforcer ceux-ci que compter sur des collaborations européennes dont les bonnes intentions peuvent souvent être mises en doute.

Mais d'autre part, derrière ce problème de police, les Danois (comme la presse danoise le dit clairement) ont voulu exprimer leur refus des migrations venant notamment du Moyen-Orient et d'Afrique. D'une part, à juste titre, ils ne se sentent pas en état d'accueillir les effectifs prévus de tels migrants, sauf à chiffre infinitésimal. D'autre part, ils considèrent que parmi eux se glisseront un nombre croissant de terroristes envoyées par Daesh pour conquérir l'Europe. Plus généralement, à supposer que des migrants veuillent échapper aux crises politiques, économiques et climatiques qui affectent leurs pays, les Danois considèrent que ce serait à ces candidats aux migrations, et sur place, de se battre pour résoudre ces problèmes. Si l'Union européenne estime nécessaire de les aider à cette fin, ce sera en les aidant à rester dans leur pays et non en venant se réfugier en Europe.

Un autre non-dit, concernant les migrations, tient au fait que le Danemark, terre d'une vieille culture chrétienne, ne peut pas se résoudre à accepter les impératifs de l'islam que ces migrants apportent avec eux. Non plus d'ailleurs que leur mépris de la femme, totalement contraire au féminisme de combat dont le Danemark s'était fait le champion dès le début du 20e siècle. Il y a véritablement là un problème civilisationnel que les bonnes intentions des ONG ne pourront jamais faire évacuer.

Plus largement, l'échec de l'Union européenne

Comme le dit clairement Jacques Sapir dans l'article cité en lien, les Danois, qui avaient l'occasion de s'exprimer par ce référendum sur la question européenne, ce qu'aucun autre pays européen n'a pu faire récemment, ont voulu manifester leur refus de ce qu'est devenue l'Union. Loin de correspondre au voeu initial d'une Europe unie, puissante et indépendante, l'Union européenne, de par le fonctionnement anti-démocratique et oligarchique de ses institutions, et notamment de la Commission et de l'euro-groupe, devenus de véritables monstres, ne peut plus répondre à aucun des idéaux initiaux. Mieux vaut alors retourner à un statut de confédération d'Etats-Nations, ou formule analogue, permettant à la fois de respecter l'indépendance d'Etats très différents et leur possibilité de s'unir, par des accords spécifiques, sur des points vitaux.

Bien plus, comme le montrent les revues d'une presse européenne plus indépendante que ne l'est la presse en France, les Danois ont voulu montrer leur refus d'une prise en mains renforcée du peuple danois par les intérêts américains: intérêts économiques avec la menace d'un TAFTA qui sera imposé, lui, sans aucun référendum, intérêts géostratégiques avec l'embrigadement de l'Europe dans un Otan américain dont l'objectif essentiel a été et reste de combattre la Russie, malgré les efforts remarquables que fait celle-ci pour se rapprocher de l'Europe.

Aujourd'hui s'ajoute la question du terrorisme évoquée plus haut, vu sous l'angle du soutien qu'a toujours apporté l'Amérique, Barack Obama en premier lieu, à Daesh et aux alliés que le mouvement trouve en Europe, notamment en Turquie. Les dernières révélations de l'armée russe en ont apporté de nouvelles preuves. Or là encore, si Obama soutient en sous-mains Daesh, c'est pour en faire un allié de plus dans le combat semi-séculaire de l'Amérique contre Moscou. Mais le serpent commence à se retourner contre la main qui l'a nourrie, selon la vieille formule. A preuve l'attentat de San Bernardino, dont Obama est bien obligé d'attribuer la responsabilité à Daesh, malgré ses efforts. .

Un front uni des deux ailes

Le référendum danois met également en évidence que ce sont les électeurs d'un parti souverainiste et d'une aille d'extrême gauche qui ont uni leur vote pour condamner l'adhérence européiste de leur gouvernement. Ceci ne pourra que donner à réfléchir aux électeurs français. Si comme il est prévisible, les prochaines élections régionales marquent une forte montée du Front national, les mouvements d'extrême gauche en France devront réfléchir aux raisons qu'ils auraient de ne pas s'allier à celui-ci lors des prochaines élections, notamment celle du futur Président.

Sur les questions essentielles, alliance avec la Russie et le Brics, lutte contre l'emprise de la finance internationale indépendance dans le domaine diplomatique et militaire, sortie progressive de l'euro et de l'Union, rien de définitif ne les sépare. Les uns comme les autres considèrent par ailleurs que les différentes catastrophes prédites par les partis et forces européistes au pays qui reprendrait son indépendance, ne se produiraient pas. Il suffirait qu'un gouvernement de salut public et d'union nationale accède au pouvoir pour que des solutions originales soient trouvées.

Sur les questions philosophiques et culturelles, des oppositions demeureraient entre ces deux ailes une fois qu'elles auraient accédé au pouvoir. Mais on peut espérer que le sens démocratique des Français restera tel qu'elles se traduiront en dialogues constructifs, dans des domaines jusqu'ici figés par les bien-pensances.

* Référendum danois: le silence des journaux. Jacques Sapir 04/12/2015
http://russeurope.hypotheses.org/4530


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