Poutine, l'Europe...et l'Amérique.

 

 

 

Même si Vladimir Poutine a été réélu président de la Russie lors d'un scrutin marqué par un certain nombre de fraudes électorales, il reste clair semble-t-il que cette réélection corresponde à un consensus de la majorité non seulement de la population rurale mais des centres de décisions ayant un poids dans la Russie d'aujourd'hui. Ce ne sont pas les déclarations d'artistes et d'intellectuels fortement orchestrées par les média occidentaux qui masqueront cette réalité. Il est dommage que l'opinion européenne, que les gouvernements et que les institutions de l'Union ne puissent l'admettre.

 

La réélection de Poutine correspond en grande partie à un refus russe qui devrait aussi être le nôtre: le refus d'une influence militaire et diplomatique américaine qui n'a jamais renoncé à modeler au service de ses intérêts non seulement la Russie post-soviétique mais aussi l'Union européenne. Les sommes considérables investies par les services américains dans la suite de la manipulations des opinions publiques en faveur des révolutions dites orange, n'ont pas cessé de couler. L'Amérique ne se limite pas à la désinformation. Elle continue, malgré tous les avertissements russes, relayés par les quelques stratèges européens de bon sens, à soutenir la mise en place d'un Réseau d'anti-missiles en Europe (BMDE) qui ne correspond à aucun besoin réel de cette même Europe, face à une prétendue menace iranienne. Il s'agit en fait de bâtir un mur de protection (américain) contre des missiles russes, malgré le caractère hautement improbable de ceux-ci. Dans le même temps, des avions de l'Otan continuent à patrouiller aux frontières de l'espace russe, sans aucun besoin que d'alimenter les tensions. Enfin, dans la perspective d'une éventuelle attaque israélienne ou de l'Otan contre l'Iran, voire contre la Syrie, la présente de l'US Navy dans la zone ne cesse de se renforcer.

 

Il n'est pas étonnant dans ces conditions de voir Poutine et le lobby militaire russe manifester à nouveau une volonté de puissance, qui ne pourra que rendre plus difficile la réalisation du nécessaire rapprochement stratégique entre la Russie et l'Europe, pourtant souhaité des deux cotés des frontières européennes par ceux échappant à la propagande américaine. Rapprochement en ce cas ne signifierait pas soumission de l'Europe à la Russie, dans le cadre d'une douteuse « union eurasienne » telle que recommandée par Igor Panarine (http://rt.com/politics/president-elections-russia-panarin-675/) mais d'une plus difficile coopération de puissance à puissance.

 

 


On doit regretter le manque de vision géostratégique des candidats à l'élection présidentielle française qui, lorsqu'ils ne se font pas purement et simplement les porte-parole des Etats-Unis, passent totalement sous silence cet enjeu important.

 

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