Bonne nouvelle. Le Parlement Européen ne sert à rien

C'est ce que nous apprenons le 11 octobre par la voix autorisée d'Amélie de Montchalin, Secrétaire d'État chargée des affaires européennes, s'exprimant dans le 7/9 de France Inter.

Interrogée sur la façon dont le pouvoir devrait interpréter le rejet par l'Assemblée européenne de la candidate française, Sylvie Goulard au poste de Commissaire Européen en charge du marché unique, elle ne trouve rien de mieux comme défense que contester le rôle du parlement européen.

Après divers arguments que nous ne reprendrons pas ici, Amélie de Montchalin a fini par expliquer que ce rejet n'avait guère d'importance, compte tenu du fait que le Parlement européen n'a qu'un rôle secondaire au sein des institutions européennes. Il est probable que si les représentants du Parlement dits « coordinateurs » pour les commissions parlementaires «  avaient accepté avec enthousiasme la candidature de ladite Sylvie Goulard à la fonction de Commissaire européenne, candidature en fait soutenue voire imposée par Emmanuel Macron, Amélie de Montchalin aurait insisté sur le caractère essentiel du Parlement européen au sein des institutions européennes.

Rappelons que les coordinateurs pour les commissions parlementaires représentent les grands groupes politiques participant au fonctionnement des institutions européennes. Ils sont chargés de coordonner le point de vue de leur groupe sur les différents sujets auxquels s'intéresse le Parlement. Ils organiser le travail, en relation avec le président et les vice-présidents du Parlement. Ils avaient envoyé, comme c'était leur devoir, une série de questions écrites. Il s'agissait de lui demander des réponses plus précises, elles-mêmes par écrit, que celles qu'elle avait données verbalement lors de sa première audition mouvementée du 2 octobre.

Ces questions portaient sur tous les volets de l'activité qui seraient supervisées par elle si elle devenait commissaire européen au marché unique, aux côtés de la présidente Ursula von der Leyen. Du marché unique jusqu'à la défense, en passant par la politique industrielle, le numérique, le dieselgate, l'économie circulaire, la politique industrielle, ou encore l'intelligence artificielle, elle avait du s'expliquer sur les innombrables dossiers de son futur portefeuille. Inutile de souligner que la France entend jouer un rôle important au sein de l'Union européenne pour la promotion de ces divers dossiers.

Mais par ailleurs, sous le titre  « Intégrité », des questions avaient portées sur des points sensibles concernant l'intégrité de Sylvie Goulard. Elles concernaient deux grands chapitres  - la question des possibles emplois fictifs du MoDem, qui a donné lieu à l'ouverture en France d'une enquête préliminaire, et qui l'a conduite à démissionner de ses fonctions de ministre des armées en juin 2017, quelques semaines à peine après avoir été nommée au gouvernement - la question de ses relations professionnelles avec le raider américain Nicolas Berggruen, pour lequel elle a travaillé de 2013 à 2015, alors qu'elle était au même moment députée européenne.

Comme l'on pouvait légitimement s'y attendre, ses explications n'ont pas convaincus les enquêteurs. Sylvie Goulard ose affirmer aujourd'hui qu'une enquête préliminaire correspondant à une mise en examen à propos d'un fait supposé délictueux n'est pas la même chose qu'une condamnation. Mais cela ne convainc personne. Que se passerait-il si tous ceux qui se portent candidats à un poste important puisse le faire bien que mis en examen par ailleurs.

Au delà de Sylvie Goulard, c'est Emmanuel Macron qui est mis en difficulté, notamment aux yeux des autres chefs de gouvernement. Certes, beaucoup d'entre eux n'ont pas eu un passé très clair au regard du droit. Mais ils veulent le faire oublier et l'affaire Goulard qui leur permet de se présenter comme des chevaliers du droit leur donne une excellente occasion pour éviter d'éventuelles critiques à leur égard.

On continuera à s'interroger sur les mauvaises raisons qui ont conduit le Président de la république française à privilégier Sylvie Goulard aux dépends de la dizaine de candidats français au poste de Commissaire européen qui étaient bien plus légitimes qu'elle pour postuler à ce poste, sans mentionner deux autres candidats de remplacement présentés par Emmanuel Macron et dont apparemment nul ne parle plus aujourd'hui.

Ce qui cependant est bien plus grave aujourd'hui est la détermination du pouvoir à expliquer le peu d'importance du parlement européen de Strasbourg, au moment où il essaie de mobiliser les électeurs français appelés participer aux élections de mai 2019. Celles-ci visent à élire des députés au sein de ce Parlement.

 

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