La crainte de policiers musulmans face au risque d'une chasse aux sorcières

Nous recevons ce texte que nous reprenons en partie ici, car il signale un vrai problème se posant dans la police comme dans l'armée. Mais n'est-ce pas l'ambition des islamistes de mettre en difficulté, ne fut-ce que par quelques attentats isolés, la communauté musulmane toute entière.

 

Après la tuerie de la préfecture de police, des policiers musulmans redoutent d'être victimes d'erreurs et d'amalgames au sein d'une institution traumatisée qui cherche, dans l'urgence, à détecter d'autres agents radicalisés en son sein. 

"Pendant onze mois, je fais mon travail, mais pendant un mois je fais le ramadan, est-ce que ça va faire de moi quelqu'un de radicalisé ?", s'interroge un officier de police, qui a requis l'anonymat.

L'appel d'Emmanuel Macron à bâtir "une société de vigilance", lors de l'hommage aux quatre fonctionnaires tués lors de l'attaque, a laissé "songeur" ce policier expérimenté. "Vu les extrémismes qui montent en puissance dans le pays, c'est dangereux", estime celui dont la pratique religieuse "n'a jamais posé problème" au travail.

Quatre jours après le périple meurtrier de Mickael Harpon, présenté par les autorités comme proche de la mouvance "islamiste salafiste", le préfet de police Didier Lallement a invité dans une note chaque agent à "signaler immédiatement et directement à sa hiérarchie" tous les signes d'une "possible radicalisation". 

Des sanctions commencent à tomber: deux policiers de la région parisienne ont été désarmés en raison de soupçons de radicalisation, a indiqué la préfecture de police.

Sans se prononcer sur ces cas, les syndicats ont mis en garde contre le risque d'une "chasse aux sorcières" qui pourrait gagner les rangs policiers, au détriment des fonctionnaires musulmans, ou supposés de confession musulmane.

"Il n'y a pas de psychose, mais on sait qu'il y a eu plusieurs signalements depuis l'attaque et des collègues ont été interpellés par leur hiérarchie pour dire s'ils avaient des doutes sur untel ou untel", affirme Linda Kebbab, déléguée nationale du syndicat Unité-SGP-FO.

"Un policier dont la femme est marocaine se demande s'il va avoir des soucis. On en est là", s'inquiète de son côté Noam Anouar, délégué syndical chez Vigi-Police.

"Il faut dépassionner le débat" et "ne pas confondre dénonciation et délation", selon Rachid Azizi, commandant de police. Cet ancien référent discrimination de la police nationale estime qu'il faut trouver "un juste équilibre" entre "protéger celui qui dénonce et protéger la personne dénoncée des risques d'abus".
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Les syndicats notent surtout le manque de formation des policiers pour détecter les signes d'une radicalisation.

"Tout le monde ne peut pas s'improviser du jour au lendemain expert en matière de radicalisation et de détection préalable d'un acte terroriste. C'est un métier et même après plusieurs années d'exercice aux renseignements, on peut se planter", souligne Noam Anouar, passé par la Direction du renseignement de la préfecture de police (DRPP), où travaillait Mickael Harpon.  

Les fonctionnaires visés par les suspicions vont "soit adopter une attitude plus policière que les policiers, ce qui est déjà le coût de l'intégration dans les commissariats pour les personnes issues de l'immigration, soit se marginaliser car l'ostracisation est trop forte", explique Christian Mouhanna, directeur du centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales (Cesdip).

 

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