Jean-Paul Baquiast
Editeur du site Europesolidaire.eu et co-éditeur du site Automates Intelligents.com
Abonné·e de Mediapart

2901 Billets

0 Édition

Billet de blog 12 avr. 2014

Jean-Paul Baquiast
Editeur du site Europesolidaire.eu et co-éditeur du site Automates Intelligents.com
Abonné·e de Mediapart

Du vide cosmologique aux mythes sur l'éternité

Jean-Paul Baquiast
Editeur du site Europesolidaire.eu et co-éditeur du site Automates Intelligents.com
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Sans reprendre directement les supputations New Age des premiers physiciens quantiques selon lesquelles cette nouvelle forme de physique pouvait justifier les croyances religieuses des religions asiatiques (Cf le Tao de la physique par Fritjof Capra et ses multiples suites), nous pensons que les expérimentations récentes de la cosmologie obligeront à poser à nouveau la question de l'origine des mythes concernant l'infini et l'éternité.

De plus en plus de cosmologistes sont convaincus – sans preuves évidemment à ce jour– de la pertinence scientifique du concept de multivers 1). Celui-ci peut prendre deux formes intéressant notre propos: soit un multivers mathématique soit un multivers issu du vide cosmologique, lequel vide serait une version étendue du vide quantique. Dans cette dernière hypothèse, des bulles d'univers naîtraient en permanence de ce que l'on nomme sans toujours préciser ce dont on parle des fluctuations du vide. Il s'agirait de l'émergence continue et aléatoire de paires de particules et antiparticules s'annihilant très vite, à l'exception de celles qui donneraient naissance à des atomes, briques de base de la physique macroscopique. Un tel phénomène semble pouvoir être observé en laboratoire, par exemple concernant les photons dans l'effet Casimir 2).

Or dorénavant, à l'échelle cosmologique, il paraît de plus en plus nécessaire de postuler l'existence, à un niveau de ce que l'on pourrait qualifier faute de mieux d'infra-quantique, de phénomènes de fluctuations donnant naissance à des couples de particules dotées d'un immense énergie, ceci en résultat de l'énergie sans doute illimitée propre au vide quantique. De ces fluctuations, non liées au temps et à l'espace tels que nous les définissons, naitraient des bulles d'univers.

Certaines d'entre elles, à la suite d'un phénomène qualifié d'inflation, atteindraient en des temps très courts la taille d'un univers tel que le nôtre. Dans la théorie du multivers, il n'y aurait aucune raison de supposer qu'un tel phénomène ne puisse se produire plusieurs fois, en donnant naissance à des univers tels que le nôtre, ou à des univers différents. Ceux-ci pourraient selon les cas générer des temps et des espaces qui ne seraient pas exactement similaires à notre espace-temps einsténien.

Encore faudrait-il montrer que notre univers serait né, à la suite d'un accident qualifié faute de mieux de Big bang, d'un tel processus. Or la presse s'est faite récemment l'écho de l'observation supposée d'ondes gravitationnelles primordiales qui seraient l'écho lointain d'une inflation originale ayant suivi l'émergence d'une telle bulle d'univers 3). Cette observation a été faite par le radiotélescope dit BICEP2 (Background Imaging of Cosmic Extragalactic Polarization) situé dans l'Antarctique. A supposer qu'elle soit confirmée, elle apporterait un fort argument en faveur de l'hypothèse de l'inflation, et de façon rétrospective, à celle d'un Big bang provenant d'une fluctuation du vide cosmologique. En extrapolant, les physiciens soutenant la thèse des multivers évoquée ci-dessus verront là le début d'une preuve expérimentale intéressant un processus de génération d'univers multiples encore fortement controversé.

Des « réalités sous-jacentes »

Mais l'opinion publique ne manquera pas, sans de bonnes raisons, de tirer de tout ce que nous venons d'évoquer, quelques arguments pour formuler à nouveau certaines des hypothèses de Fritjof Capra et de ses homologues s'interrogeant sur les origines possibles des croyances en l'infini et en l'éternité.

Celles-ci sont présentes dès l'origine des civilisations humaines – peut-être aussi perçues par les animaux. Est-ce que, d'une certaine façon, nos cerveaux ne seraient-ils pas intuitivement conscients de « réalités sous jacentes » propres au vide quantique ou au vide cosmologique, lequel est considéré aujourd'hui comme une autre forme du vide quantique ? On admet aujourd'hui que ce vide ne connait ni le temps ni l'espace. Par conséquent les concepts d'éternité ou d'infini seraient tout à fait qualifiés pour désigner un tel vide, lui-même étant considéré comme un état primordial dont tout ce qui existe proviendrait. Les hypothèses développées par la physique quantique (à supposer qu'elles soient confirmées), relatives à l'indétermination, à la superposition d'états, à l'intrication, pourraient en apporter des preuves expérimentales .

Certes, dès après le Big bang, l'inflation évoquée plus haut aurait créé les cadres temporels et spatiaux que nous connaissons. Les atomes puis ultérieurement, les organismes vivants terrestres, se sont inscrits dans ces cadres. Ils demeurent cependant d'une certaine façon liés au monde quantique, les particules dont ils sont composés pouvant dans certains conditions se comporter comme des particules quantiques ou qu.bits pour lesquelles s'imposent l'intemporel et l'infini.

Il ne serait donc pas absolument aberrant de considérer que, dans des conditions à préciser, les organismes vivants et plus particulièrement, en ce qui concerne les humains, leurs cerveaux, pourraient ressentir intuitivement l'intemporel et l'infini dans lesquels ils baigneraient, bien qu'eux-mêmes étant globalement temporels et finis. Autrement dit, nos organismes ne seraient-ils pas restés intuitivement conscients de la « réalité » d'un monde hors du temps et de l'espace?

Chez les humains dotés de la capacité langagière, ce ressenti pourrait s'exprimer par la perception non rationalisable mais communicable à travers les mythes de ce que l'on pourrait appeler la « réalité » du concept d'infini, si difficile à admettre par la seule raison. Les croyances primordiales, qu'elles soient liées à la contemplation de certains aspects du monde matériel, tel que le ciel nocturne, ou bien qu'elles servent de fondement à des imaginaires religieux détachés du monde matériel, pourraient être considérées comme inspirés par cette perception inconsciente.

Ceci ne justifierait en aucun cas de se laisser convaincre par les mythologies ou les religions lorsqu'elles affirment l'existence de déités intemporelles ou infiniment savantes interférant en permanence dans nos vies. Il serait par contre opportun de considérer ces mythes et religions comme les traces d'un infra-univers fondamental que la science pourrait désormais nous apprendre à mieux connaître. Mais il faudrait sans doute pour cela que nos cerveaux se transforment suffisamment, dans leurs organisations neuronales  ou à travers des ajouts artificiels, pour « visualiser » l'infini et l'éternité de la même façon que nous « visualisons » les nombres ou le temps mesuré par une horloge 4).

Notes

1) Cf. un interview récent de Max Tegmark http://intelligence.org/2014/03/19/max-tegmark/. Nous avions précédemment présenté et commenté son livre Our Mathematical Universe: My Quest for the Ultimate Nature of Reality

2) Les fluctuations quantiques du vide sont présentes dans toute théorie quantique des champs. L'effet Casimir est dû aux fluctuations du champ électromagnétique, décrit par la théorie de l'électrodynamique quantique.

3) Voir notre article http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2014/144/bicep.htm.

4) Ajoutons que le terme de fluctuations de l'énergie du vide cosmologique, pouvant expliquer l'apparition de bulles d'univers, n'aurait pas de sens dans un milieu supposé intemporel, c'est-à-dire ne comportant pas de phénomènes pouvant jouer un rôle causal qui s'inscriraient nécessairement dans le temps. Pour se représenter clairement le phénomène, il faudrait un cerveau transformé tel que celui évoqué ici en conclusion.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Politique
À La France insoumise, le flou de la réorganisation suscite des inquiétudes
Si des garanties sont données aux militants insoumis en vue d’améliorer l’implantation locale du mouvement, la composition de la nouvelle direction, restée jusque-là à la discrétion d’une poignée de cadres, fait craindre de mauvaises surprises.
par Mathieu Dejean et Pauline Graulle
Journal — Éducation et enseignement supérieur
Une école plus si obligatoire
Pour faire face à la menace de coupures d’électricité cet hiver, le gouvernement a brandi une possible fermeture des écoles le matin, au coup par coup. Cette politique repose, trois ans après l’épidémie de Covid, la question de l’obligation d’instruction des enfants, un principe sans cesse attaqué.
par Mathilde Goanec
Journal — Énergies
EDF face aux coupures d’électricité : la débâcle énergétique
Jamais EDF ne s’était trouvée en situation de ne pas pouvoir fournir de l’électricité sur le territoire. Les « éventuels délestages » confirmés par le gouvernement attestent la casse de ce service public essentiel. Pour répondre à l’urgence, le pouvoir choisit la même méthode qu’au moment du Covid : verticale, autoritaire et bureaucratique.
par Martine Orange
Journal
Les gueules noires du Maroc, oubliées de l’histoire de France
Dans les années 1960 et 1970, la France a recruté 80 000 Marocains pour travailler à bas coût dans les mines du Nord et de la Lorraine. La sociologue Mariame Tighanimine, fille d’un de ces mineurs, et la journaliste Ariane Chemin braquent les projecteurs sur cette histoire absente des manuels scolaires. 
par Rachida El Azzouzi

La sélection du Club

Billet de blog
Récit d'une mort réussie
Elle avait décidé de ne plus souffrir. En 2002, La loi sur l'euthanasie venant d'être votée aux Pays-Bas elle demanda à être délivrée de ses souffrances.
par françois champelovier
Billet de blog
Mourir en démocratie — La fin de vie, une nouvelle loi ? (le texte)
Les soins palliatifs, et donc la sédation, ont désormais des alliés ne jurant que par eux pour justifier l’inutilité d’une nouvelle loi. Mais les soins palliatifs, nécessaires, ne sont pas une réponse à tous les problèmes. Si c'est l'humanité que l'on a pour principe, alors l'interdit actuel le contredit en s'interdisant de juger relativement à des situations qui sont particulières.
par Simon Perrier
Billet de blog
Fin de vie : faites vivre le débat sur Mediapart
En septembre dernier, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a rendu un avis qui rebat les cartes en France sur l'aide active à mourir, en ouvrant la voie à une évolution législative. Conscient que le débat autour de la fin de vie divise la société, le président de la République lance un débat national. Nous vous proposons de le faire vivre ici.
par Le Club Mediapart
Billet de blog
Fin de vie, vite
Le Comité Consultatif National d’Éthique considère « qu’il existe une voie pour une application éthique d’une aide active à mourir, à certaines conditions strictes, avec lesquelles il apparait inacceptable de transiger ». Transigeons un peu quand même ! Question d’éthique.
par Thierry Nutchey