Le ver est dans le fruit

Nous reprenons ici avec quelques modifications de détail des extraits d'un article publié par rt.com (Russia Today) le 7 octobre 2019. Depuis cette date, il semble que la tolérance pour l'islamisme de combat continue à inspirer les médias français. Il est curieux de constater que seule rt.com se risque à publier de tels propos.

L'article est signé par Sébastien Boussois, chercheur en sciences politiques associé à l'ULB (Université Libre de Bruxelles) et auteur de «Daech la suite» (éditions de l'Aube, 2019).

L'attentat qui a eu lieu à la préfecture de police de Paris le 3 octobre dernier et qui a vu la mort de quatre dépositaires de l'autorité dans son enceinte remet sur le devant de la scène le risque djihadiste dans notre société. Et ce malgré ce que certains appellent encore la fin de Daesh.

Depuis la chute de Rakka, la bien-pensance politique cherchant à rassurer l'opinion comme elle le peut, n'a eu de cesse de saluer l'effondrement de l'Etat islamique (Daesh), donc la disparition de nos craintes. Bien que les services de renseignements continuent semble-t-il à travailler dans l'ombre à notre sécurité, l'Etat peine encore à soutenir la prévention primaire en matière de radicalisation au sein de nos institutions, jugeant probablement l'effort coûteux pour des résultats plutôt hasardeux sur le moyen et long terme.

Mais que ce soit en Belgique, ou en France, si nous n'y mettons pas les moyens au sein même des écoles, des prisons, des administrations publiques, tout comme dans les entreprises publiques notamment les transports, comment pourrons-nous prétendre un jour que nous avions tout mis en place pour éviter le prochain drame ? Car celui-ci semble inévitable. Ce n'est pas brandir un inutile épouvantail que réaffirmer aujourd'hui qu'après l'attentat à la Préfecture de police de Paris, que l'idéologie djihadiste continue à répandre dans le monde entier son venin, sa haine et ses idées nihilistes.

Ceci plus particulièrement en France dont la loi sur la laïcité, perçue comme islamophobe, est le pays numéro un à abattre.

Mickaël Harpon, converti à l'islam et rapidement radicalisé selon les premières informations obtenues des autorités, a soigneusement préparé son acte en introduisant un couteau indétectable par les portiques de sécurité de la DRPP où il y officiait comme informaticien. Ceci n'est pas pour Daesh un véritable échec échec en soi car revendiqué ou non, cet acte prolonge la main de l'organisation islamiste en agissant contre une cible privilégiée traditionnelle et selon des moyens d'action classiques de l'organisation. L'importation des attaques à l'arme blanche, que l'on a pu retrouver en Israël il y'a quelques années comme en Europe (couteaux, machettes, etc) n'est pas inédite.

Ce que l'acte de Harpon symbolise ici aujourd'hui est fort : le ver est dans le fruit. Fonctionnaire à la Préfecture, Harpon était proche de Daesh, sinon radicalisé par elle. C'est le grand succès de Daech : depuis ses débuts, l'organisation islamiste a majoritairement utilisé et instrumentalisé nos propres citoyens contre nous. Nul besoin de faire appel à des professionnels de la guérilla urbaine venus de zones de combat classiques puisque de simples individus sans formation peuvent devenir des terroristes en puissance grâce à un simple couteaux. Sur 80 000 combattants, «la plus grande entreprise terroriste de l'histoire» est parvenue à capter par son idéologie et ses réseaux de recruteurs planétaires, près de 30 000 combattants étrangers. Parmi eux des milliers d'Européens.

Mais après 2015 et l'appel du « calife Al-Bagdadi » à commettre des attentats sur le sol européen sans même passer par la Syrie, d'autres musulmans d'origine ou convertis, se sont transformés en bombes humaines. Cela en disait déjà long. Mais depuis, la radicalisation ne touche plus uniquement des jeunes Européens d'origine immigrée et désœuvrés. Non, elle touche aussi des français issus de familles de notaires, d'avocats, de médecins, comme ce fut le cas des jeunes de la cellule de Vesoul partis en terre de Cham en 2014 et qui ne sont jamais revenus. Seul Romain Garnier, un de ses leaders et une des voix de Daesh, a été arrêté récemment par les Kurdes sur place.

Faut-il rappeler que l'idéologie survit et se recycle y compris dans les services publics. Il faut citer des militaires comme ce fut le cas de cet ancien soldat radicalisé arrêté en 2017 près de la base d'Evreux et qui avait fait allégeance à l'Etat islamique. Ou encore ces gardiens de prison dans les établissements pénitentiaires de Forest ou de Saint-Gilles en Belgique radicalisés par des détenus, ou encore dans la prison d'Arles en 2016. Et maintenant aujourd'hui, des fonctionnaires travaillant au sein même de la préfecture de police de Paris comme Mickaël Harpon, habilité secret-défense qui a tué froidement 4 de ses collègues. 

Ainsi, la radicalisation des personnes majeures a pris une nouvelle dimension depuis quelque temps puisqu'elle ne concerne plus uniquement les réfractaires à l'autorité de l'État, mais aussi ses propres défenseurs! En cela, il y a de quoi être très inquiet et être poussé à ne surtout pas baisser la garde. Car, dans nos sociétés, la contamination peut-être très rapide et provoquer de gros dégâts. Combien sont-ils également, aujourd'hui, à se radicaliser progressivement dans le cadre de l'entreprise et notamment dans les transports publics ?

Que dire des réseaux parallèles de salafistes découverts sur certaines lignes de bus de la RATP ? Samy Amimour, l'un des terroristes du Bataclan en 2015, était fonctionnaire de la régie et a probablement fréquenté certains de ses collègues radicalisés au dépôt de Pavillon-sous-Bois. Quid encore des sociétés de bagagistes de l'aéroport de Roissy-Charles-de- Gaulle ou de Bruxelles-National dont on a retrouvé des éléments radicalisés et qui travaillent dans un secteur particulièrement sensible ? Quid encore des mosquées salafistes secrètes découvertes dans les aéroports ? Comment oublier même que les médias belges avaient rapporté des signes de joie de la part de certains bagagistes de Bruxelles-National lors des attentats de Paris en 2015 ? Les syndicats de police de l'aéroport avaient évalué le nombre d'employés bagagistes suspectés de radicalisation à près de 50 en mars 2016, après les attentats qui avaient frappé Zaventem. En Suisse, La Tribune de Genève avait rapporté, fin 2015, l'arrestation d'un bagagiste de l'aéroport de Genève fiché S : ce dernier avait accès au saint des saints de l'aéroport de Genève, à la zone ultra protégée des avions. Un bagagiste de Cointrin se trouve aujourd'hui en prison, soupçonné d'avoir participé à une prise d'otages.

Nous sommes en face d'un phénomène social total qui gagne insidieusement toutes les strates de la société. En cela, l'acte commis par Mickaël Harpon doit pousser l'Etat à ne pas uniquement agir sur la plan du sécuritaire mais soutenir la prévention des radicalisations. Et nous disons bien maintenant de toutes, car les prochains actes surviendront à un moment ou à un autre dans un contexte de polarisation. Et ils pourront venir désormais d'éléments d'ultra-droite ou même d'ultra-gauche encouragés par l'exemple.

https://francais.rt.com/opinions/66614-ideologie-djihadiste-ver-dans-fruit-propres-institutions-sebastien-boussois

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