Nucléaire français: retrouver l'esprit de service public

Sans qu'il soit évidemment possible à ce jour (14/03) de tirer d'enseignements sérieux concernant l'utilisation de l'énergie nucléaire en France, au regard de ce qui se passe au Japon, il nous paraît indispensable de rappeler ce qui nous semble être des évidences:

Sans qu'il soit évidemment possible à ce jour (14/03) de tirer d'enseignements sérieux concernant l'utilisation de l'énergie nucléaire en France, au regard de ce qui se passe au Japon, il nous paraît indispensable de rappeler ce qui nous semble être des évidences:

  • les ingénieurs français du nucléaire civil sont reconnus dans le monde entier comme les meilleurs du domaine. Cela n'empêche pas les erreurs mais diminue leurs probabilités de survenance.

  • Ils ont été formés dès les origines dans l'esprit du service public à la française: viser le long terme et non le court terme, privilégier l'intérêt général aux dépends des intérêts particuliers, opérer dans le cadre d'un financement public faisant passer les meilleurs solutions techniques avant le souci de réaliser des économies d'exploitation, refuser au maximum de se laisser instrumentaliser par des intérêts d'entreprises ou des idéologies politiques.

  • Aujourd'hui, dans toute l'Europe mais aussi en France, sous l'influence des milieux d'affaires et des gouvernements à leur service, un vaste mouvement de libéralisation et de privatisation s'est attaqué aux services publics à la française, y compris dans le secteur sensible du nucléaire. Il en résulte que les titulaires d'emplois stables qui sont aussi les plus expérimentés sont progressivement remplacés par des personnels vacataires, fournis par des sociétés sans compétences particulières.

  • Les témoignages abondent selon lesquels les tâches de maintenance sont progressivement négligées, pour le bénéfice des actionnaires. De même, à plus long terme, les normes de sécurité pour la modernisation des équipements ou la conception de nouveaux équipements sont systématiquement abaissées.

  • L'argument fourni est qu'il faut bien que le pris du kw pour l'utilisateur final ne s'élève pas. Mais il cache un argument inavouable: maximiser les profits pour les opérateurs privés ou en voie de privatisation. Si le consommateur final était consulté, il préfèrerait certainement payer l'électricité un peu plus cher que courir le risque d'une catastrophe à Fessenheim uu ailleurs.

La conclusion de ce qui précède est que si l'on jugeait, en France ou dans les pays européens faisant ce choix, nécessaire de conserver un parc nucléaire, il faudrait le réintégrer dans un ensemble de services publics sur l'ancien modèle français - duquel le Japon regrette aujourd'hui de ne s'être pas assez inspiré. Mais pour cela il faudrait sûrement aussi changer de système politique, c'est-à-dire abandonner le néolibéralisme et faire partir les gouvernants qui le représentent.

 

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