Attaque de pétroliers en mer d'Oman. A qui profiterait le crime ?

On sait que le jeudi 13 juin, deux tankers, norvégien et japonais, ont été la cible d'une attaque d'origine indéterminée en mer d'Oman, à l'entrée du Golfe Persique. Comme au soir du 14 juin, nul ne s'était revendiqué comme les auteurs de ces attaques, les hypothèses et accusations sans preuves se sont multipliées.

 Nous pourrions attendre prudemment que l'affaire s'éclaircisse pour en dire un mot sur ce site. Pourtant, il est difficile d'ignorer l'événement. Disons seulement qu'il nous paraît difficile que se soit la 2e flotte américaine patrouillant à faible distance, qui aurait été responsable de l'attaque. On fait valoir que Washington pourrait en prendre prétexte pour lancer une offensive américaine contre l'Iran, comme vient d'en évoquer la possibilité le secrétaire d'Etat Mike Pompeo.

Mais en ce cas, l'Iran serait immédiatement soutenue par la Russie, son alliée au Moyen-Orient. Ceci signifierait que le conflit deviendrait rapidement américano-russe, avec les risques de dérives nucléaires sous-jacentes. Les bellicistes irresponsables de l'Etat profond américain ne cessent d'affirmer qu'ils souhaitent une telle guerre, Mike Pompeo en premier lieu, mais il ne semble pas que Donald Trump veuille à ce jour en courir le risque, n'étant pas persuadé que cette guerre puisse tourner à l'avantage des Etats-Unis.

De même, on ne voit pas que les forces armées iraniennes aient pu avoir eu intérêt à susciter ce que l'on continue pudiquement d'appeler un « incident . Le gouvernement a dès le début refusé toute responsabilité. Lesaccusations américaines sont sans fondement a répondu répond Téhéran, qui rejette la faute sur Washington. « Que les Etats-Unis aient immédiatement saisi l'occasion pour lancer des allégations contre l'Iran sans le début d'une preuve fondée ou circonstancielle fait apparaître en pleine lumière le fait que Washington et ses alliés arabes sont passés au plan B : celui du sabotage diplomatique faisant suite à son terrorisme économique » a fait connaître le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammed Java Tarif.

Quel intérêt trouverait Téhéran dans une agression qui lui serait nécessairement imputée ? Heurter de front ce que l'on nomme la communauté internationale n'est pas dans son intérêt, au moment où elle affirme non sans raisons continuer à respecter ses engagements de non-nucléarisation, notamment dans le cadre de l'accord  ditJCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action). Bombarder les tankers serait une étrange façon de respecter cet accord. Certes on fait valoir que ce pourrait être le corps des Gardiens de la révolution islamique dit aussi Pasdaran, mécontent de la politique prudente du gouvernement en ce domaine, qui chercherait à envenimer les choses. Mais les Pasdaran n'ont jamais jusqu'à ce jour poussé à une guerre de l'Iran contre le reste du monde, sachant sans doute que l'Iran dans une telle guerre serait immédiatement détruite.

On ne voit guère évoquer par contre l'hypothèse que ce seraient les « rebelles Houthis » du Yemen qui auraient provoqué les incendies sur les tankers, soit par missiles, soit par une mine dérivante de faible puissance. La coalition saoudienne menant, sans succès d'ailleurs, une guerre au Yémen contre ces Houthis vient en effet d'indiquer que 26 civils de nationalités différentes ont été blessés dans une explosion survenue tôt le 12 juin à l'aéroport d'Abha, dans le sud-ouest de l'Arabie saoudite. Celle-ci a attribué l'attaque aux rebelles yéménites, qui ont tiré un «projectile» sur l'aéroport. Les rebelles Houthis avaient annoncé plus tôt avoir attaqué cet aéroport à l'aide d'un missile de croisière.

Certes ces rebelles sont politiquement, et semble-t-il en termes de fourniture d'armements, soutenus par l'Iran. Ils auraient pu cependant décider seuls, notamment sans l'accord de Téhéran, ce bombardement des pétroliers. L'Arabie saoudite ne peut qu'en souffrir puisque compromettre les exportations de pétrole transitant par le Golfe persique compromettrait gravement ses intérêts.

On pourrait en déduire que le responsable sous-jacent de cette attaque de pétroliers, ou d'autres pouvant survenir, serait le Prince Mohammed ben Salman d'Arabie Saoudite, enfant chéri des Occidentaux, qui mène la guerre au Yémen pour des intérêts personnels. 

Ceci étant, nous reviendrons sur cette conclusion dans un article ultérieur, si des raisons fondées pouvaient le justifier. .

 Note au 14/06 20 h.

L'armée américaine a diffusé le 14 juin une vidéo montrant selon elle une patrouille des gardiens de la révolution iranienne retirant une mine ventouse qui n'avait pas explosé sur une paroi de l'un des deux tankers attaqués. Les images sont peu claires et pourraient tout aussi bien résulter d'un montage facile à réaliser. De plus l'un des tankers avait été attaqué par un objet volant, a déclaré Yutaka Katada, le président de l'opérateur japonais Kokuka Sangyo, contredisant ainsi une partie de l'accusation américaine. Par ailleurs, pourquoi une mine ventouse sur la coque, susceptible d'entraîner le déversement en mer de milliers de tonnes d'éthanol susceptible de provoquer un incendie de grande ampleur dont l'Iran voisine aurait été inévitablement victime ?

On a su en effet que les 2 pétroliers "touchés" ce matin en mer d'Oman étaient chargés d'éthanol. Ils ont pris feu, au moins sur une petite partie du pont ce matin. Mais aucun éthanol ne semble avoir été déversé. Wikipédia indique que les mélanges eau-éthanol contenant plus de 50 % d'éthanol sont inflammables à température ambiante. De plus, chauffé un mélange contenant moins de 50 % d'éthanol peut s'enflammer. On voit mal les Iraniens courir ce risque, bien plus grand que celui résultant de l'explosion d'un pétrolier en charge.

 

 

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