Alep Est. Qui est responsable?

Les chroniqueurs de la presse radio-diffusion française, toujours bien intentionnés, s'étonnent ce matin 14 décembre de l'indifférence, disent-ils, « des Français devant le génocide en cours à Alep Est ». Ceci au moment où les représentants du gouvernement de Damas pensent pouvoir annoncer la prise totale par les troupes loyalistes des derniers bastions de résistance provenant des djihadistes.

 

Les médias feraient mieux de se réjouir de cet événement. Il ne marquera pas un coup d'arrêt définitif au terrorisme islamique international, mais il lui enlèvera la disposition d'un de ses bastions les plus importants. Il était donc irresponsable de demander, comme l'a fait pour sa part François Hollande les jours précédents, de d' »exiger » l'arrêt des combats et l'évacuation des blessés, alors qu'il ne faut pas être grand expert pour comprendre que les rebelles en auraient profité pour se regrouper et revenir en force dans la région. Heureusement, Bashar al Assad et ses alliés les Russes n'ont tenu aucun compte de ces objurgations. Aujourd'hui le même François Hollande réclame la mise en place de couloirs humanitaires, sans préciser évidement à qui profiteraient finalement ces mêmes couloirs, et où iraient les populations fuyant Damas-Est.

Plutôt que traiter les Russes de génocidaires, les « Occidentaux » comme l'on dit feraient mieux de se demander qui a été à l'origine du terrorisme en Syrie. Comme nul ne devrait l'ignorer et comme nous l'avons répété plusieurs fois, ce furent les Etats-Unis, avec la CIA et la complicité à l'époque de la Turquie, qui ont abondamment approvisionné en armes et en argent des mouvements violents divers, dont certains avaient ouvertement pris la suite d'Al Qaida. L'objectif était d'obtenir grâce à eux la chute de Bashar al Assad et l'éviction des Russes, notamment de leur base navale de Tartous. La CIA l'a fait jusqu'à ces derniers jours, puisque l'on rapporte que les terroristes d'Alep-Est ont utilisé des lance-fusées américains fraichement livrés pour bombarder les populations loyalistes de Alep Ouest.

Un peu de réalisme

Personne n'a voulu admettre à Washington que si Bashar al Assad tombait, Damas deviendrait immédiatement un camp retranché de djihadistes, comme le sont encore Mossul et Raqqa. Mais dans la folie anti-russe des stratèges américains, cela n'aurait pas été sans doute très grave. L'Europe comme la Russie en auraient supporté seules les conséquences.

Il faut aussi se demander pourquoi plusieurs centaines de milliers d'Alépois se sont laissés terroriser depuis des mois par quelques quinze mille djihadistes? Certes ceux-ci sont lourdement armés et n'hésitent pas à massacrer les opposants. Mais on peut penser qu'ils ont bénéficié de la part des Syriens musulmans d'une complicité des populations voyant en eux, au moins au début, des « combattants de la foi » avec qui fallait s'unir pour tuer les « mécréants ». Ils en payent le prix aujourd'hui. Ce ne fut pas les cas de ce qui reste de représentants à Damas d'autres religions – sans mentionner les Kurdes. Ils n'ont pas hésité à prendre les armes pour se défendre.

Aujourd'hui, le président-élu américain Donald Trump a annoncé qu'il voulait se rapprocher de Vladimir Poutine pour obtenir l'anéantissement de l'Etat-Islamique. La première chose à faire, s'il peut l'imposer au lobby militaro-industriel sera de cesser d'armer les djihadistes et de commencer à aider les loyalistes et leurs alliés russes à détruire les terroristes.

La première chose à faire par ailleurs pour les gouvernements européens, et notamment pour la France, serait de mettre un terme à leurs jérémiades et de cesser de présenter Donald Trump comme un fou dangereux, créature de Poutine. Mais heureusement beaucoup de citoyens français, et sans doute aussi ceux d'autres pays, refusent dorénavant d'entrer dans  ce jeu.

 

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