Frappes « occidentales sur la Syrie: succès ou échec?

Le 14 avril, l'état-major américain, relayé par Donald Trump lui-même, estimait que les frappes « occidentales » c'est-à-dire essentiellement américaines, contre des objectifs syriens supposés fabriquer des armes chimiques, avaient été un succès complet: Precise, overwhelming and effective

 

 

Cependant aucune information précise n'est fournie concernant le nombre de missiles utilisés ou les destructions en ayant résulté. Faut-il croire ces informations officielles, provenant d'une source unique, évidemment américaine, ou se tourner pour préciser le diagnostic vers des évaluations fournies par les observateurs militaires russes, qui n'ont pas manqué de suivre avec attention cette opération, indirectement conduite contre la présence russe en Syrie.

Or ces sources russes présentent un bilan désastreux pour l'armée américaine 1). 71 des missiles sur 103 avaient été interceptés et abattus, aucun objectif d'importance n'avait été atteint, y compris ceux supposés produire des armes chimiques. Les immeubles détruits étaient vides.

Ces frappes représentent indirectement un succès pour la Russie. Elles accéléreront la fourniture à la Syrie d'anti-missiles de dernière génération, S-300s et de préférence Pantsirs, beaucoup plus souples d'emploi. Plus généralement, la présence militaire russe considérée comme protectrice sera renforcée.

Ceci pose une question à laquelle il est difficile ce jour d'apporter une réponse. Pourquoi les Etats-Unis se sont-ils engagés dans une telle opération? La réponse pourrait se trouver à Washington. Les généraux l'auraient décidée pour protéger Trump des multiples ennemis qui veulent l'abattre, en lui reprochant son inaction. Ces généraux le considèrent moins dangereux que les fous-de-guerre qui gravitent désormais autour de lui.

Une réponse tout-à-fait différente consiste à dire que le but de l'opération était de concrétiser sur le terrain l'alliance militaire avec les Européens. Malheureusement, là encore, elle aurait échoué. Seul les Français se sont laissés compromettre, mais non les Allemands, les Italiens et les Espagnols qui au contraire ont clairement marqué leur prise de distance.

Mais une explication beaucoup plus simple serait peut-être la bonne. Le complexe militaro-industriel se voit désormais assuré de commandes prometteuses, permettant à l'armée américaine de s'équiper de façon moderne. La Bourse de New-York d'ailleurs semble l'avoir compris. Les actions industrielles américaines ont bénéficié d'une hausse sensible.

Il reste que, quelles qu'aient été les raisons de l'opération américaine, elle crée un dangereux précédent. D'autres plus efficaces pourraient suivre. Emmanuel Macron, obligé de participer par ses « amis » américains, porterait lui-aussi la responsabilité de cette montée au pire.

1) Voir entre autres
http://tass.com/defense/999777
http://www.whatdoesitmean.com/index2536.htm

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