Richard Ferrand restera président de l'Assemblée Nationale

A la surprise sinon générale, du moins de beaucoup, le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand, après sa mise en examen pour prise illégale d'intérêts dans l'affaire des Mutuelles de Bretagne, a déclaré le 13 septembre qu'il ne démissionnerait pas

 

: "Un mis en examen n'est coupable de rien, et je ne suis entravé en rien dans la plénitude de l'exercice de mes fonctions". "Je n'entends pas renoncer à démontrer jusqu'au bout mon innocence. Je ne vois pas pourquoi une mise en examen deviendrait une présomption de culpabilité".

Il a expliqué qu'il n'avait pas démissionné de la présidence de l'Assemblée Nationale parce que la règle, qu'il juge d'ailleurs "discutable", selon laquelle une mise en examen implique le retrait du gouvernement "n'a pas à s'appliquer ailleurs" c'est-à-dire à l'Assemblée. 

Rappelons que l''affaire dit des Mutuelles de Bretagne avait conduit l'intéressé à quitter le gouvernement en juin 2017. A peine était-il nommé ministre de la Cohésion des territoires que le Canard enchaîné avait révélé un dossier compromettant. En 2011 les Mutuelles de Bretagne, qu'il dirigeait alors, avaient décidé de louer des locaux commerciaux appartenant à sa compagne. Les locaux commerciaux disponibles ne manquaient pas. Pourquoi faire à l'amie de Richard Ferrand un cadeau qui ne s'imposait en aucune façon ?

Nous ne reviendrons pas ici sur cette affaire, abondamment commentée par des hommes politiques de tous bords et par la presse, en France comme à l'étranger. Ces mêmes commentateurs font valoir que Richard Ferrand, soutien dès la première heure d'Emmanuel Macron, aujourd'hui président de la République, compromet gravement ce dernier. Il est évident qu'Emmanuel Macron aurait du inciter discrètement son ami Ferrand à démissionner, n'ayant pas juridiquement la capacité vu le régime de la séparation des pouvoirs de le démettre lui-même. Pourquoi et en rémunération de quels services inavouables ne l'a-t-il pas fait ?

L'affaire Ferrand a remis en lumière un certain nombre d'autres affaires compromettant ce que l'on nomme aimablement la Macronie, c'est-à dire le président de la République lui-même. Comment ne pas penser que les auteurs des nombreuses pétitions de citoyens demandant aujourd'hui la démission dudit Ferrand seraient très satisfaits de voir Emmanuel Macron démissionner lui-même. Ce qu'il ne fera évidemment pas. Mais la France, dans l'opinion publique, n'en sortira pas grandie.

Nous avons plusieurs fois évoqué ici des dossiers internationaux où Emmanuel Macron a joué un rôle remarquable. Mais il s'est fait en ces occasions de nombreux ennemis, notamment au Moyen-Orient ou aux Etats-Unis. Ces ennemis ne manqueront pas, s'ils ne l'ont déjà fait, d'évoquer l'affaire Ferrand. Elle jette une ombre, non seulement sur l'Elysée, mais sur la France elle-même, déjà souvent décrite comme une quasi-république bananière. Ces considérations ne pousseront évidemment pas Richard Ferrant à la démission. Mais Emmanuel Macron devrait lui faire comprendre que cette démission, sans attendre l'issu du procès, s'imposerait dans l'intérêt général.


 

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