Ukraine. Formol contre charbon

​​​​​​​Rappelons que Kiev, sous la pression américaine, avait décidé, à défaut d'une intervention militaire, de frapper la Russie de « sanctions » au prétexte du fait non avéré qu'elle était intervenue en soutien des provinces russophones dans la guerre du Donbass.

 

Or, comme nous l'avions écrit dans plusieurs articles, Kiev avait cherché essentiellement à provoquer une intervention militaire russe sur le territoire même du Donbass. L'opinion internationale, notamment en Europe, aurait pu justifier une contre-intervention militaire ukrainienne, soutenue par l'armée américaine. Une guerre internationale de grande ampleur en aurait résulté, dont les Etats-Unis avaient espéré que Moscou ne sortirait pas gagnant.

Mais ceci, du fait de la prudence plusieurs fois affichée par Vladimir Poutine, n'avait pas eu lieu. L'armée russe est restée à l'intérieur des frontières de la Russie. Aussi le président ukrainien Petro Porochenko a-t-il voulu réagir par des sanctions économiques dirigées contre les importations russes.

Le 10 avril, il a fait imposer un embargo sur le formol, le concentré de carbamide-formaldéhyde, les ressorts pour les wagons de marchandises, le matériel électrique pour les appareils d'automatisation et de communication ferroviaires et les conducteurs électriques pour les tensions supérieures à 1 000 V. En outre, les importations d'emballages en verre, y compris les pots, les bouteilles pour aliments et boissons, et les conteneurs (qui représentaient un marché de 8 millions de dollars en 2018) ont aussi été soumis à des sanctions.

Moscou vient de réagir par des contre-sanctions dont le poids économique pour l'Ukraine sera d'une toute autre ampleur. Ainsi, le gouvernement russe a interdit l'importation de vêtements, de chaussures, de papier, de carton multicouches, de tubes en acier, de vaisselle et outils de cuisine en acier émaillé, de poseurs de conduites d'une capacité de levage inférieure à 90 tonnes, de bulldozers chenillés et de pelleteuses à godet unique. Des marchandises qui ont rapporté près de 250 millions de dollars à l'Ukraine en 2018.

Mais plus gravement pour l'économie ukrainienne, les exportations russes de charbon et de pétrole, ainsi que des produits issus du charbon et du pétrole, ne pourront désormais plus être exportés vers l'Ukraine, à partir de juin 1919, que sous réserve d'une autorisation ministérielle. Pour rappel, en 2018, l'Ukraine a importé de Russie 12,4 millions de tonnes de charbon, soit 10 % de plus qu'en 2017. Ceci représente 40% des importations de charbon. Or l'Ukraine, dont l'économie ne s'est pas modernisée en profondeur, se chauffe encore très largement au charbon, tant au plan industriel que domestique.

Rappelons que le second tour des élections présidentielles ukrainienne, opposant le sortant Petro Porochenko à l' « humoriste » Volodymyr Zelensky, se tiendra le 19 avril prochain. Il est difficile de prévoir qui tirera avantage des contre-sanctions russes.

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